Bayeruth Festpiele 2015: “Der fliegende holländer”

Bayeruth Festpiele 2015: “Der fliegende holländer”

Bayreuth Festival 2015
“DER FLIEGENDE HOLLÄNDER”
Opéra en trois actes, livret de Richard Wagner
Musique de Richard Wagner
Daland   KWANGCHUL YOUN
Senta    RICARDA MERBETH
Erik  TOMISLAV MUZEK
Mary   CHRISTA MAYER
Der Steuermann   BENJAMIN BRUNS
Der Holländer    SAMUEL YOUN
Orchestre et Choeur du Festival de Bayreuth
Direction musicale  Axel Kober
Mise en scène Jan Philipp Gloger
Décors  Christof Hetzer
Costumes  Karin Jud
Lumières   Urs Schönebaum
Vidéo    Martin Eidenberger
Dramaturgie   Sophie Becker
Chef du Choeur  Eberhard Friedrich
Bayreuth, le 19 août 2015
Pour la quatrième année, le Festival de Bayreuth présentait Le Vaisseau Fantôme dans la mise en scène de Jan Philipp Gloger ; et pour cet opéra tiré d’une légende qui existait déjà au moyen âge parmi les peuples navigateurs des pays du nord de l’Europe, Richard Wagner avait écrit la musique et le livret. C’est dire si sa propre vision de l’oeuvre lui tenait à coeur. Cet opéra éminemment romantique nous fait entrer dans le monde du compositeur habité par les thèmes de l’errance, du sacrifice et de la rédemption par l’amour, thèmes qui seront présents dans tous ses ouvrages d’une manière presque obsessionnelle. C’est aussi le premier opéra que Richard Wagner jugera digne d’être représenté sur la mythique scène du Festspielhaus. Ici, le compositeur s’éloigne des influences de Meyerber et affirme son propre style en introduisant notamment le leitmotiv et certains accords qui n’appartiendront qu’à lui. Cette musique nous transporte dès les premiers notes dans des atmosphères étranges où légende et réalité se mélangent, laissant le spectateur en attente d’un dénouement dramatique. Il est de bon ton actuellement de moderniser les opéras, voire de les dépoussiérer ou de les revisiter, mais ici les mots sont faibles ; c’est tout simplement une tout autre histoire qui nous est racontée. Est-ce une bonne idée, était-ce nécessaire ? De notre point de vue, absolument pas. De l’atmosphère sombre, inquiétante et mystérieuse de Richard Wagner il ne reste absolument rien. Tout avait été si bien conçu, si bien pensé par le compositeur, ce chant génial des marins heureux d’être au port, la chanson du timonier à sa belle, mais dans ce nouveau contexte cela tombe à plat, le relief et la couleur ne sont plus là. Nous sommes dans une usine de ventilateurs, et pourquoi des ventilateurs, y a-t-il un lien entre la tempête qui souffle dans les voiles et l’air propulsé par ces petits moulins à vent électriques ? Ce serait un fil bien ténu alors. Daland est le directeur de cette usine ; est-elle en difficulté pour qu’il accepte de donner sa fille en mariage à ce riche Hollandais ? Dans tout ceci, nous n’avons pas vraiment saisi l’idée du metteur en scène tant elle paraît être éloignée de celle de Richard Wagner. A-t-il voulu faire référence aux bateaux hollandais qui sillonnaient les mers au XVIe siècle avec l’essor boursier des compagnies de navigation, ou alors au krach boursier qui ruina certains hommes d’affaires ? Jan Philipp Gloger ne nous donne ici aucun indice. Le rideau s’ouvre sur ce qui pourrait-être un building avec des lumières qui clignotent et des chiffres qui s’affichent comme pris de folie. Au pied de cette façade le timonier et Daland arrivent dans une barque et s’y endorment ;  le Hollandais apparaitra tel un voyageur de commerce portant une valise à roulettes remplie de billets de banque, puis ce sera l’arrivée de Senta berçant un horrible mannequin. Tout cela nous rappellerait presque….le vaisseau fantôme. Mais ceci n’apportant rien, il faudra se concentrer sur la musique et les chanteurs. Les costumes deKarin Jud sont de coupe moderne, sombres pour Daland et le Hollandais et gris pour les hommes stressés qui travaillent dans cette usine, les ouvrières portant des tabliers bleus. Les décors de Christof Hetzer n’ont rien de particulièrement attractifs, hormis la façade noire du début, un amoncellement de carton meublera la scène par la suite. Les lumières de Urs Schönebaum passeront du sombre avec néons qui clignotent à des éclairages plus crus pour l’intérieur de l’usine. C’est en tous cas les voix qui nous donneront le plus de plaisir. Benjamin Bruns est un timonier plein d’allant, il chante avec une voix puissante et claire avec des aigus assurés. Une grande homogénéité dans chaque registre lui permet d’interpréter avec liberté et musicalité la chanson à sa belle. Kwangchul Youn que nous avions apprécié il y a quelques années dans le rôle du Roi Mark de Tristan et Yseult est ici Daland, un père moins rude sans doute que celui imaginé par Richard Wagner. Sa voix bien placée aux graves sonores est toujours aussi belle. Ce n’est plus un marin qui a affronté les tempêtes, mais un homme d’affaires qui suit la météo boursière. Avec une belle ligne de chant, des rythmes qui laissent la voix s’exprimer et des aigus faciles, il nous donne à entendre de beaux solos récitatifs chantés avec le Hollandais. Deux voix qui s’accordent avec souplesse dans une même musicalité. Samuel Youn que nous avions entendu à Marseille il y a tout juste quelques mois dans ce même rôle, garde sur cette immense scène une grande présence. Le personnage qu’il interprète ici n’a pas la prestance de ce marin dont la légende a atteint Senta au coeur, et il ne faut ici compter que sur sa voix pour insuffler au public cette dimension. Mais pari réussi, on oublie les tatouages dont on l’a affublé pour se laisser porter par le timbre chaleureux qu’on lui connaît et la musicalité avec laquelle il chante toutes choses. On sent chez Samuel Youn une volonté de donner une certaine allure à ce personnage si déconcertant pour un public s’attendant à se trouver face à un tout autre Hollandais. Sa voix garde le velouté des graves dans chaque tessiture jusque dans les aigus qu’il projette avec facilité. Ce baryton-basse que l’on ne sent jamais au bout de ses possibilités a une voix qui laisse vibrer les harmoniques avec une belle longueur de souffle, en pleine santé vocale. Tomislav Muzek était aussi à Marseille aux côtés de Samuel Youn et de Ricarda Merbeth. Nous le retrouvons ici chantant Erik. Son rôle moins marqué scéniquement ici permet de se laisser charmer par sa musicalité qu’il exprime dans sa cavatine avec un timbre émouvant et une grande sensibilité. Avec de beaux aigus éclatants, sa voix claire et puissante passe sans forcer. Tomislav Muzek est un Erik de tout premier plan qui nous fait entendre un duo avec Senta équilibré dans l’interprétation et l’investissement. Nous retrouvons aussi Ricarda Merbeth dans le rôle de Senta, et c’est avec un immense plaisir que nous écoutons sa voix aux aigus somptueux. Si elle a laissé la jeune fille rêveuse sur les bords de la Méditerranée, elle est ici une femme plus exaltée ; elle se voit en ange salvateur et se poignarde pour mourir en même temps que cet homme avec qui elle a décidé d’aller au bout de sa destinée. La voix est assurée, projetée avec une volonté saisissante ; elle donne à cette interprétation de Senta une énergie dramatique que l’on perçoit dans le son de sa voix. Chantés avec une puissance extraordinaire, ses aigus gardent leur timbre chaleureux sur toute la longueur du souffle et les jolies inflexions de sa voix jouent avec la musique dans un phrasé d’une grande musicalité. Ricarda Merbeth réussit avec cette nouvelle Senta à nous faire découvrir une autre facette de son talent d’actrice. Tout comme son caractère résolu, sa voix sans faille ira avec justesse et clarté jusqu’au bout de cette union mortelle. Une immense voix. Christa Mayer est ici Mary. Nous l’avions appréciée il y quelques jours dans le rôle de Brangäne de tristan et Yseult, mais elle semble ici un peu en retrait, sa voix claire au staccato précis n’arrive pas à s’imposer, sans doute la tessiture lui convient-elle moins bien, l’orchestre semblant aussi trop fort. Nous préfèrerons nous souvenir de son interprétation de Brangäne. Le Choeur toujours remarquable et bien préparé par Eberhard Freidrich est, malgré une mise en scène peu en rapport avec le texte, très investi avec des voix très homogènes dans un ensemble parfait ; le choeur des fileuses peu servi par la mise en scène est chanté avec précision. C’est à Axel Kobe qu’était confiée la direction d’orchestre. Si le son est toujours aussi extraordinaire, avec ces nuances que l’on ne peut entendre qu’à Bayreuth, des pianissimi aux forte jamais saturés, nous n’avons toutefois pas aimé l’interprétation donnée par le chef d’orchestre. Le tempo très vif du début de l’ouverture avait quelques accents durs et la direction paraissait métrique et un peu raide. Mais c’est surtout dans le soutien des chanteurs que nous avons trouvé la direction d’Axel Kobe assez gênante. Souvent trop fort, l’orchestre prend des accents sautillants dans le choeur des fileuses. Axel Kobe, pourtant un habitué du Festspielhaus, semble être passé à côté de l’émotion et du dramatique contenus dans cette partition où la musique parle d’elle même. L’osmose entre le chef et les chanteurs n’était pas au rendez-vous et l’on regrette les sonorités obtenues lorsque Christian Thielemann est à la baguette. Un Fliegende Holländer qui n’a de raison d’être que par un plateau remarquable où les chanteurs ont défendu avec force et talent leurs personnages.

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