Chorégies d’Orange 2017: “Rigoletto”

Chorégies d’Orange 2017: “Rigoletto”

Orange, Théâtre antique, saison 2017
RIGOLETTO”
Opéra en trois actes, livret de Francesco Maria Piave, d’après Le roi s’amuse de Victor Hugo
Musique   Giuseppe Verdi
Rigoletto LEO NUCCI
Le Duc de Mantoue CELSO ALBELO
Gilda NADINE SIERRA
Sparafucile STEFAN KOCAN
Maddalena MARIE-ANGE TODOROVICH
Giovanna CORNELIA ONCIOIU
Le Comte Monterone  WOJTEK SMILEK
le Chevalier Marullo IGOR GNIDII
Matteo Borsa CHRISTOPHE BERRY
Le Comte Ceprano JEAN-MARIE DELPAS
La Comtesse Ceprano AMELIE ROBINS
Un huissier de cour VINCENZO CRISTOFOLI
Un Page  VIOLETTA POLCHI
Orchestre Philharmonique de Radio France
Choeur de l’Opéra Grand Avignon, de l’Opéra de Monte-Carlo, de l’Opéra de Nice
Direction musicale   Mikko Franck
Chefs de Choeur   Aurore Marchand, Stefano Visconti, Giulio Magnanini
Mise en scène  Charles Roubaud
Scénographie Emmanuelle Favre
Costumes Katia Duflot
Lumières Jacques Rouveyrollis
Vidéos Virgile Koering
Chorégraphie Jean-Charles Gil
Coproduction avec l’Opéra de Marseille
Orange, le 8 juillet 2017
Le Rigoletto des Chorégies d’Orange 2017 était très attendu, tout d’abord parce que cet opéra, peut-être le favori de Giuseppe Verdi lui même, fait toujours recette auprès du grand public, ensuite, parce qu’avec Charles Roubaud, on est sûr d’avoir une mise en scène cohérente, qui respecte les chanteurs et de bon goût et, parce que Leo Nucci allait interpréter le rôle de Rigoletto ; succès assuré ! Habitué à cette immense scène, Charles Roubaud nous présente toujours une mise en scène renouvelée où un élément, symbole du livret, est présent. On se souvient du monumental bateau qui s’imposait sur la scène lors de la représentation du Vaisseau fantôme de Richard Wagner en 2013, impressionnant ! Ici, une longue marotte qui s’étire le long de la scène, tête grimaçante de bouffon, est là pour nous rappeler que si la vie est souvent une énorme farce, elle n’est pas toujours jolie, ni même agréable. Cédant à la mode qui veut que l’on modernise la mise en scène, Charles Roubaud nous transporte de la Renaissance, à une époque plus récente, la “Belle Epoque”, où au sortir de la première guerre mondiale, les populations européennes cherchaient à exorciser leurs peurs dans un excès de plaisirs. Si cette époque nous prive du costume coloré et caractéristique du bouffon, elle ne dérange en rien la compréhension et l’émotion contenue dans ce drame. l’excellente direction des acteurs qui donne animation et rythme à la scène est bien pensée. Le manche de la marotte qui court le long de la scène sert de passerelle où les acteurs évoluent tout en prenant de la hauteur. Des tables mobiles sont dressées pour la fête éclairées par des lampes art déco, et de grosses boules meublent l’espace ; référence aux grelots qui ornent la coiffe d’un bouffon, ou aux bilboquets, jeu à la mode au temps de la Renaissance ? Emmanuelle Favre a donné corps à toutes ces idées avec la justesse et le goût sûr qu’on lui connaît. Jacques Rouveyrollis éclaire avec beaucoup de précision les scènes qui se passent souvent le soir, créant ces atmosphères de mystère et de trahisons et les vidéos de Virgile Koering donnent du relief au feuillage qui entoure la maison de Gilda. Katia Dufflot a signé les costumes, et, si les hommes sont en costumes ou en smokings, c’est dans les robes des dames de la cour du Duc de Mantoue et de Gilda, que l’on reconnaît le savoir faire, la coupe et le choix des tissus qui on fait la renommée de Katia Dufflot à travers les productions qu’elle habille. Robes vaporeuses ou dentelles moulant le corps, robe rose de Gilda, élégante dans sa simplicité, chemise blanche satinée ou même son costume de jeune homme du dernier acte, participent au plaisir visuel. Jean-Charles Gil avait créé une chorégraphie agréable en rapport avec la musique, apportant le côté festif. Nous ne parlerons pas de l’âge de Monsieur Leo Nucci, ce serait faire outrage à son talent, son énergie, son investissement. Qu’il nous suffise de savoir que pour lui, Rigoletto n’est pas une prise de rôle, qu’il a habité ce personnage plus de cinq cents fois et que nous l’avions déjà applaudi à Marseille il y a près de trente cinq ans alors qu’il triissait son air ” Si, vendetta ” aux côtés de Christine Weidinger, la Gilda de cette époque. Si Monsieur Nucci a maintenant quelques cheveux gris, son Rigoletto n’ a pas pris de rides. Un immense bravo pour ses qualités vocales, mais aussi pour la façon dont il a conduit sa carrière. Leo Nucci, a interprété pratiquement tous les grand Verdi , mais c’est sans doute Rigolleto qui marquera le plus sa carrière. Il faut dire qu’il fait ressortir tous les sentiments qui habitent ce personnage de bouffon jusqu’à le rendre émouvant dans le rôle de ce père trahi et malheureux. Peut-être le vibrato s’est-il un peu élargi, mais le soutien du souffle, la longueur des aigus tenus sans faiblesse, le legato des phrases musicales, l’émotion, la musicalité, en un mot l’interprétation, font que son Rigoletto est toujours intense et émouvant. Des duos sensibles et une immense générosité vocale soulèvent l’enthousiasme du public qui applaudi à tout rompre, sûr d’obtenir le bis incontournable. A côté de ce monument du lyrique, la jeune soprano américaine Nadine Sierra nous livre une Gilda très émouvante, vocalement aussi bien que scéniquement. Sa voix pure, solide, colorée, au timbre chaud fait merveille dans un jeu un peu modernisé mais empreint de naturel. Son air ” Caro nome ” est interprété dans une belle ligne de chant avec des aigus staccato clairs. Seule ou dans des duos équilibrés, sa voix projeté garde une grande homogénéité de couleur. Ayant chanté ce rôle avec Leo Nucci à La Scala de Milan, leurs respirations ainsi que leurs déplacements semblent découler d’un naturel évident. L’air de La Vendetta bissé, renforce cette sensation d’entente et de simplicité qui fait que ce couple père/fille, nous procure des moments d’émotion intense. Avec ses aigus sûrs et ronds, Nadine Sierra a conquis le public des Chorégies. Il fallait un ténor aux moyens vocaux certains pour interpréter le Duc de Mantoue sur ce plateau, et le ténor espagnol Celso Albelo, qui a chanté avec les grands chefs du moment, tient ici ses promesses avec une voix puissante et assurée qui passe dans l’immensité de ce théâtre ouvert. Peut-être lui manque-t-il un peu de brillant et ce côté insolent et désinvolte du personnage, on pourrait presque le croire sincère par moments, un comble ! Il chante avec des rythmes percutants, de la musicalité et des aigus assurés. Sans être un modèle du genre, son air “La donna e mobile ” est sonore, projeté, dans un style qui le fait applaudir. Il forme avec Gilda et Rigoletto, un trio vocal équilibré, chacun respectant la musicalité de l’autre, procurant ainsi une homogénéité au plateau. La basse Stefan Kocan est un Sparafucile d’une belle autorité vocale qui donne une grande dimension au personnage. De l’allure, de l’aisance sur scène, et une voix grave et profonde qui rend l’homme inquiétant dans un jeu approprié. Bon duo avec Marie-Ange Todorovich qui campe une Maddalena juste et bien dans son rôle. Une grande habitude de la scène (elle chantait Senta dans Le Vaisseau fantôme en 2013), lui permet un jeu à l’aise et une belle expression vocale. Cornelia Oncioiu que nous avions appréciée il y a peu dans le rôle de Susuki (Madama Butterfly) à l’Opéra de Marseille, est ici une Giovanna en place et sonore dans ce rôle très court. Bien aussi le Comte Monterone de Wojtek Smilek. Basse affirmée dans Don Carlo (Grand Inquisiteur) à Marseille au mois de juin, il impose ici sa voix grave, donnant une présence à ce personnage. On peut citer aussi les rôles plus courts qui restent dans l’esthétique de ce plateau, tels Le Comte Ceprano Jean-Marie Delpas, La Comtesse Ceprano Amélie Robins, Le Chevalier Marullo Igor Gnidii ou Mateo Borsa Christophe Berry. Les Choeurs de l’Opéra Grand Avignon, de l’Opéra de Monte-Carlo et de l’Opéra de Nice font ici une prestation remarquable d’impact sonore et d’investissement dans des attaques précises et une homogénéité de voix. Par contre, la direction de Mikko Franck à la tête de l’Orchestre Philharmonique de Radio France nous a beaucoup moins convaincus. Certains petits décalages avec le plateau sans grand soutien des chanteurs nous font penser qu’être un chef de lyrique ne s’invente pas et qu’il faut une grande connaissance de l’opéra et des chanteurs pour arriver à coordonner et imposer à tout un plateau sa vision de l’oeuvre ; surtout lorsque les chanteurs doivent parcourir une telle longueur de scène. L’Orchestre Philharmonique de Radio France est pourtant l’une de nos meilleures phalanges, mais il ne faut jamais perdre de vue que c’est le chef d’orchestre qui fait l’orchestre. Ce Rigoletto, sans doute le dernier que Leo Nucci chantera au Théâtre Antique, restera dans les mémoires comme un des meilleurs moments de l’été. Ne venons-nous pas de vivre un Carmen plus que discutable  au Festival d’Aix-en-Provence ? mais ne revenons pas sur le passé, puisque ce soir, aux Chorégies d’Orange, Rigoletto a obtenu un immense succès. Merci aussi à Monsieur Raymond Duffaut dont c’était la dernière programmation. Photo Philippe Gromelle

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