Festival de Pâques d’Aix-en-Provence 2018: Concert pour Gérard Poulet

Festival de Pâques d’Aix-en-Provence 2018: Concert pour Gérard Poulet

Conservatoire Darius Milhaud, Aix-en-Provence, saison 2018
Violon Gérard Poulet
Violon et direction Yaïr Benaïm
Violons Guillaume Barli, Renaud Capuçon, Amanda Favier, Anne Gravoin, Liza Kerob, Tamiko Kobayashi, Deborah Nemtanu, Guillaume Sutre
Altos Gérard Caussé, Tess Joly
Violoncelles Jean-Batiste Maizières, Petr Skalka
Contrebasse Laurène Durantel
Piano Jean-Claude Vanden Eyden
Clavecin Céline Frisch
Dmitri Chostakovitch: Cinq pièces pour deux violons et piano
Sergueï Prokofiev: Sonate pour deux violons en ut majeur, op. 56
Johannes Brahms: Sonate pour violon et piano No3, op. 108
Johann Sebastian Bach: Concerto en ré mineur pour deux violons, BWV 1043
Antonio Vivaldi: Concerto pour quatre violons en si mineur, RV 580
Aix-en-Provence, le 27 mars 2018
Renaud Capuçon aime partager, mettre à l’honneur les artistes qu’il admire dans une fraternité musicale à un niveau d’excellence. Retrouver, faire découvrir des talents est le propre de ce festival et le public le sait qui vient à chaque concert partager un moment d’émotions. Avant le concert du soir au Grand Théâtre d’Aix -en-Provence, nous étions  conviés à 18h au Conservatoire Darius Milhaud pour fêter les 80 ans d’un remarquable violoniste, concertiste et éminent pédagogue. Enseignant le violon au Conservatoire Supérieur de Musique et de Danse de Paris, il  formera de nombreux violonistes dont beaucoup feront une belle carrière. Renaud Capuçon se souvient, ce n’est pas si lointain malgré le chemin parcouru, et il tient à rendre un hommage à ce professeur qui l’a pris dans sa classe alors qu’il avait 14 ans. Un hommage ? Pas seulement, car Gérard Poulet, c’est de lui qu’il s’agit, va participer, jouer avec chacun, chacune de ses élèves présents, toutes générations confondues. Au-delà d’un moment de musique exceptionnel, ce sera un moment de grande émotion. Une question s’impose à nous, après tant d’années passées à travailler sans relâche, comment conserver encore cette envie de continuer, de se dépasser, comment conserver cette envie de partage et de communion dans la musique ? Mais n’est-ce pas justement cela la magie de la musique, cette musique qui apporte tant de joies, mais aussi tant de force à l’âge où beaucoup ont baissé les bras et depuis longtemps ? Gérard Poulet arrive, dit quelques mots en toute simplicité, heureux, ne sommes-nous pas ici pour lui, pour fêter son anniversaire et rendre hommage à son talent et à sa longue carrière ? Fils de Gaston Poulet, chef d’orchestre et grand violoniste, qui avait eu le privilège de créer la sonate pour violon et piano de Claude Debussy le 5 mai 1917 à la Salle Gaveau avec le compositeur au piano. C’est dire si Gérard poulet a derrière lui une longue fréquentation de la musique. Tout jeune il apprendra le violon avec son père et se perfectionnera auprès de Zino Francescatti ou de Nathan Milstein, mais c’est Henryk Szerying, auprès de qui il étudiera 10 ans, qu’il considèrera comme son père spirituel. Ses longues années d’étude resteront encrées en lui, et aujourd’hui encore, à l’âge de 80 ans, il est impossible de prendre en défaut cet éternel jeune homme sur une fausse note, une phrase de mauvais goût, ou une conduite peu sûre de l’archet. L’on reste ébahi devant cette prestation. Dmitri Chostakovitch, Serge Prokofiev, Johannes Brahma, Johann Sebastian Bach et Antonio Vivaldi seront au programme. Différents styles, mais tous interprétés avec une grande justesse d’expression dans des sonorités qui s’accordent. Jouant la partie de second violon dans les pièces de Chostakovitch, Gérard Poulet prend la parole dans la sonate No3 de Brahms avec piano, échange à 2 violons dans le concerto en ré mineur de Johann Sebastian Bach ou change de partenaire dans chaque mouvement de la sonate en ut majeur de Serge Prokofiev. Difficile en ce cas de garder une unité de son et d’interprétation ? Non, pari réussi. On équilibre le vibrato, on ajuste les archets dans des dialogues musclés ou des échanges d’idées. Quatre mouvements de musique soutenue pour la sonate No3 pour piano et violon de Johannes Brahms ; Gérard Poulet prend la parole, fait ressortir de belles nuances, sonner les phrases romantiques sur une belle longueur d’archet et dans un vibrato mesuré. Ses piani sont veloutés tout en gardant une intensité maîtrisée et sait se faire plus discret dans un contre-chant alors que le piano égraine ses notes. Vélocité de main gauche, vitesse d’archet, tout y est dans une technique parfaite qui laisse ressortir la musicalité. Brahms est à l’honneur dans ce dialogue avec le pianiste Jean-Claude Vanden Eynden, bien que dans cette petite salle le piano sonne un peu trop fort dans une présence un peu trop appuyée. Avec le talent pour transition nous sautons un siècle de musique. Il n’y a plus de maître et d’élève, il y a deux artistes, Gérard Poulet et Renaud Capuçon qui vont tous deux d’un archet nerveux et dans un même engagement musical nous plonger dans la musique de  Johann Sebastian Bach. Trois mouvements d’un dialogue intense ou plus sensible, mais millimétré, où chacun reprend le son de l’autre dans une plénitude harmonique et une même esthétique musicale. Yaïr Benaïm, après avoir fait sonner son violon dans la sonate de Serge Prokofiev dirige l’orchestre dans une continuité de sonorités toujours adaptées à cette musique et à l’interprétation des deux solistes. Une musique qui coule sous leurs doigts dans des vibrations à l’unisson. Tous les interprètes se retrouvent dans le concerto pour quatre violons d’Antonio Vivaldi, qui en soliste, qui dans l’orchestre. Quatre violonistes qui vont sonner comme un seul violon, sans baisse de tension, dans des tempi justes et une même longueur d’archet. Vigueur, même investissement personnel, dans une harmonie de générations. Une soirée magnifique qui va laisser son empreinte non seulement pour la musique entendue et le talent des interprètes, mais pour l’aura de Gérard Poulet, son talent, et l’amour qu’il a partagé pendant toutes ces années et toutes celles à venir. Le dernier mouvement bissé, pour un au revoir musical. Superbe ! Photo Caroline Doutre

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