Bayreuther Festspiele 2018:” Die Meistersinger von Nürnberg”

Bayreuther Festspiele 2018:” Die Meistersinger von Nürnberg”

Bayreuth, Festspielhaus 2018
“DIE MEISTERSINGER VON NÜRNBERG
Opéra en trois actes, livret de Richard Wagner.ü
Musiquede Richard Wagner
Hans Sachs MICHAEL VOLLE
Veit Pogner GÜNTHER GROISSBÖCK
Kunz Vogelgesang TANSEL AKZEYBEK
Konrad Nachtigall ARMIN KOLARCZYK
Sixtus Beckmesser JOHANNES MARTIN KRÄNZLE
Fritz Kothner, Bäcker DANIEL SCMUTZHARD
Balthasar Zorn PAUL KAUFMANN
Ullrich Eisslinger, Würzkrämer CHRISTOPHER KAPLAN
Augustin Moser SREFAN HEIBACH
Hermann Ortel RAIMUND NOLTE
Hans Schwarz ANDREA HÖRL
Hans Foltz TIMO RIHONEN
Stolzing KLAU FLORIAN VOGT
David DANIEL BEHLE
Eva EMILY MAGEE
Magdalene WIEBKE LEHMKUHL
Ein Nachtwächter TOBIAS KEHRER
Orchestre et Choeur du Festival de Bayreuth
Direction musicale Philippe Jordan
Chef du choeur Eberhard Friedrich
Mise en scène Barrie Kosky
Décors Rebeca Ringst
Costumes Klaus Bruns
Dramaturgie Ulrich Lenz
Lumières Frank Evin
Bayreuth, le 11 août 2018
“Les Maîtres Chanteurs” a toujours été l’Opéra phare du Bayreuther Festspiele. C’est le seul exemple de comédie dans toute l’oeuvre majeure de Richard Wagner. Il s’agissait, selon les dires du compositeur, d’un contrepoint gai et bourgeois au drame aristocratique de Tannhaüser. Une fresque médiévale inspirée par le célèbre cordonnier poète du XVe siècle Hans Sachs qui faisait partie d’une des meilleures associations corporatives de chant de Nuremberg. C’est encore ici l’éternelle querelle des anciens et des modernes, Walther von Stolzing représentant un art nouveau, plus libre, n’appartenant à aucune une école traditionnelle. Au-delà de la comédie, Richard Wagner glisse quelques passages autobiographiques. Le renoncement de Hans Sarchs à son amour pour Eva n’est-il pas le renoncement du compositeur à Mathilde Wesendonck, l’inspiratrice de Tristan et Isolde ? L’oeuvre qui nous occupe, dont la création a lieu au Hoftheater de Munich le 21 juin 1868 avait pris forme dans l’esprit de Wagner très longtemps avant, plus de seize ans sans doute. C’est dire si les éléments autobiographiques ont changé depuis. En Eva il voit Cosima, qu’il épousera plus tard ; d’ailleurs ne signe-t-il pas certaines lettres qu’il lui envoie d’un Hans, voire d’un Sax ? Cela ne l’empêchant pas de se rêver en Stolzing dont la jeunesse et la modernité du chant flattait son ego. Depuis son jeune âge et jusqu’à sa mort le théâtre sera au centre de sa vie, comme une passion quasi obsessionnelle. Mettre en scène, se mettre en scène au travers de ses personnages, voila l’oeuvre de sa vie et, Cosima restée seule, continuera à magnifier l’oeuvre du “Maître” qui deviendra une légende, un mythe, grâce à Bayreuth, Wahnfried et le Festspielhaus, qu’il a fait construire selon ses directives. Nuremberg est pour Richard Wagner “le centre de l’âme allemande”, plus encore alors que se profile l’unification de l’Allemagne. Nuremberg est dans cet opéra un personnage à part entière. On voudrait pouvoir rester sur ces propos pour parler de l’oeuvre que nous avons vue ce soir, mais hélas, il faudra parler de Barrie Kosky, le metteur en scène, et de son point de vue. Richard Wagner, plus que les Maîtres chanteurs, est au centre de cette mise en scène et, disons-le tout de suite, une mise en scène visuellement agréable. Présentée l’année dernière pour la première fois, cette production a depuis fait couler beaucoup d’encre et nous avons eu tout le temps de lire les interviews accordées par le metteur en scène où il s’explique. On le comprend tout de suite, Barrie Kosky a des comptes à régler avec Richard Wagner. L’accent est mis sur son côté égotique et son antisémitisme notoire mais, dans un tel premier degré que cela en est dérangeant. Le metteur en scène – Directeur du Komisch oper de Berlin – est de confession israélite et ne s’en cache pas. C’est avec un plaisir certain qu’il reconnaît être le premier metteur en scène juif, étranger de surcroît (il est australien), a être engagé par le Festival pour monter Les Maîtres chanteurs. Alors il s’en donne à coeur joie. Le Beckmesser prend les traits du chef d’orchestre Hermann Levi qui avait dirigé Parsifal à sa création. Il est ici ridiculisé, non parce qu’il chante mal, non parce qu’il voudrait épouser Eva, mais pour sa judéité. Forcé ici par Richard Wagner (il voulait qu’il se convertisse) à assister à un office religieux, il l’oblige à s’agenouiller, se relever, dans une grande confusion. Au deuxième acte, Beckmesser est roué de coups lors d’un pogrom, un juif caricaturé danse, une énorme tête gonflée portant kippa s’élève vers les cintres pour se dégonfler ensuite. Bref, cette parodie met le spectateur mal à l’aise et l’on peut se demander : quel plaisir le metteur en scène éprouve-t-il a ridiculiser des faits que l’on devrait plutôt prendre au sérieux ? Dans sa production de 2007, Katharina Wagner avait elle aussi réglé ses comptes, est-ce donc devenu une mode ? Le troisième acte nous présente la salle du procès de Nuremberg en 1945, avec les drapeaux des pays vainqueurs de la deuxième guerre mondiale. Est-ce en réalité le procès de Richard Wagner sur un air des Maîtres chanteurs qu’Adolphe Hitler affectionnait tant ? Qu’est-ce que cela apporte à l’oeuvre ? La réponse est évidente : Rien ! Peut-être découvrons-nous ainsi une part du caractère de Barrie Kosky qui fait ressurgir les vieux fantômes dans un besoin psychologique personnel. Le premier acte se passe à Wahnfied, la maison de Richard Wagner. C’est bien connu, le compositeur avait un ego surdimensionné et aimait s’imaginer tel ses héros, aussi, sommes-nous ici en présence de plusieurs Wagner. Hans Sachs est Wagner, Stolzing est Wagner, David est Wagner et si l’on est un peu dérouté au départ, l’on s’y fait ensuite. Eva est Cosima, Pogner est Liszt, même les chiens Terre-neuve de Wagner sont présents. Nous sommes chez Richard et Cosima pour une lecture de son oeuvre, Liszt est au piano. En fait le premier acte est une reconstitution d’un tableau de Georg Patteritz, Wagner dans son salon. Nous devons reconnaître à cette mise en scène une très bonne direction des acteurs qui donne du rythme et évite l’ennui. Très beaux décors de Rebecca Ringst riche de détails ; on peut facilement se croire invités pour le thé chez Richard et Cosima dont les portraits peints trônent en devant de scène. Klaus Bruns a réalisé de superbes costumes du peuple ou des Maîtres, tout droit sortis des tableaux de Gérôme Bosch natif de Nuremberg. Luxueux aussi sont les costumes du XIXe siècles de Wagner et Cosima, d’une grande précision historique, taillés dans de beaux tissus colorés et qui participeront au succès de la représentation. Frank Evin quant à lui réalise de magnifiques lumières qui animent les scènes d’un éclat particulier tout en créant des atmosphères de liesse, d’intimité, ou carrément noires et tragiques. Ceci précisé, c’est certainement les chanteurs et l’orchestre qui feront le succès du spectacle. Car, ne l’oublions pas, nous sommes à l’opéra et les spectateurs sont venus, parfois de très loin, pour la musique et pour les voix. Michael Volle, Qui avait été un Beckmesser apprécié dans la dernière production, est ici un Hans Sachs d’exception. Rôle écrasant que celui du cordonnier poète belle performance aux deuxième et troisième actes. Voix de baryton sonore et équilibrée dont la diction projetée rythme les phrases et sculpte les mots. Si sa voix a une puissance naturelle, Michael Volle est aussi capable de finesse et chante avec une réelle élégance. Voix énergique qui fait ressortit la véracité du propos dans la colère ou la sensibilité. Aussi à l’aise vocalement que scéniquement, le baryton allemand prend ce rôle à bras le corps et l’interprète avec panache et maestria. Quelle maîtrise de la voix ! Autre personnage haut en couleur, Veit Pogner (Franz Liszt). Günther Groissböck est une basse solide qui chante avec musicalité, aisance et beaucoup de naturel. Toujours apprécié au Festspielhaus, le chanteur allemand est lui aussi très applaudi pour la qualité de sa voix et son interprétation. Depuis plus de dix ans, Klaus Florian Vogt fait résonner sa voix claire et lumineuse dans le rôle de Stolzing. L’allure et la voix sont restées juvéniles, ce qui donne une grande crédibilité au personnage. Une voix percutante qui passe dans les ensembles avec une belle homogénéité. Si Klaus Florian Vogt est un superbe Lohengrin, il est aussi un magnifique Stolzing. Diction, musicalité, sens du phrasé. Les bonnes respirations donnent du relief à son chant romantique interprété avec délicatesse. Johannes Martin Kränzle est un Beckmesser théâtral et émouvant plus que ridicule. Il dose avec beaucoup de science ce rôle, sachant le rendre intéressant sans exagération. Sa voix de baryton bien placée sonne juste, sans excès et il la maîtrise pour lui donner plus de force ou de sensibilité dans des nuance contrôlées. Une performance théâtrale mais aussi musicale dans une compréhension fine et juste du personnage. Daniel Behle est un David percutant et dynamique. Il chante ce rôle pour la deuxième année avec subtilité et une belle science du chant. Dans un jeu amusant ou plus grave, sa voix de ténor passe avec force dans une chanson interprétée avec justesse et musicalité. Bien que chantant en coulisses, Tobiaz Kehrer est un Nachwächter sonore dont la voix se fait entendre malgré l’éloignement. Des Maîtres chanteurs dont la présence scénique est à remarquer, on retiendra les voix de basse et la présence du boulanger Daniel Schmutzhard (Fritz Kotnher), du savonnier Raimund Nolte (Hermann Ortel) basse toujours, du ferblantier Armin Kolarczyk (Konrad Nachtigall) basse et du ténor Tanzel Akzeybek (Kunz Vogelgesang) pelletier. Selon le souhait de Barrie Kosky, Eva devait ressembler à Cosima. Certes Cosima n’a plus 18 ans dans cette version et la voix d’Emily Magee, choisie pour ce rôle est plus mature. Trop sans doute pour la jeune Eva. Mais la voix est agréable avec de belles prises de notes. Quittant le costume XIXe de Cosima pour un dirndl traditionnel, la voix paraît plus jeune, plus claire avec une expression plus adaptée au rôle dans de jolis phrasés. Beau duo avec  Niebke Lehmkuhl dont la voix de mezzo-soprano appropriée au rôle de Magdalene, plus suivante que gouvernante. Une voix grave, équilibrée. Dans un jeu amusant, sa voix forte se fait aussi entendre dans un quintette juste et homogène. Belles interventions du Choeur manquant un peu d’espace pour ses évolutions au milieu de la salle du tribunal. Toujours très apprécié pour son travail de précision, Eberhard Friedrich prépare bien son choeur qui chante avec intelligence, rythme et homogénéité des voix, dans chacune de ses interventions. Un réel moment de plaisir. Nous avions déjà fortement apprécié Philippe Jordan pour sa direction de Parsifal en 2012, mais il est tout aussi excellent et efficace dans ce registre différent. Brillant dans une ouverture rythmée au tempo allant, il laisse ressortir les couleurs et les diverses atmosphères exposées avec subtilité. Efficace mais sensible, il donne du relief en faisant ressortir les accords sans brutalité, suivant ainsi la partition avec une grande intelligence musicale. Philippe Jordan sert le plateau, semblant jouer avec la mise en scène tout en soutenant les chanteurs dans leurs phrases musicales. Une direction adaptée aux récits ou à l’action et qui fait ressortir chaque intension du compositeur. Le maestro utilise au mieux toutes les possibilités d’un orchestre fabuleux, ne laissant rien au hasard mais toujours dans un souci d’équilibre avec les chanteurs. Sculpter les sons, faire ressortir les sonorités de chaque pupitre semble être le maître mot de Philippe Jordan à la tête de cet orchestre mais aussi en grand organisateur musical de l’oeuvre. Mise en scène à grand spectacle avec un orchestre et un choeur sur scène avec… Richard Wagner (Sachs) à la baguette pour une fin magistrale. Une équipe musicale d’exception !ü Photo Enrico Nawrath

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