Marseille, Opéra Municipal: “Candide”

Marseille, Opéra Municipal: “Candide”
Marseille, Opéra Municipal, saison 2018 / 2019
“CANDIDE”
Opérette comique en 2 actes, d’après le conte Candide ou l’Optimiste de Voltaire (1759). Lyrics de Richard Wilbur. Lyrics supplémentaires de Stephen Sondheim, John Latouche, Dorothy Parker,
Lillian Hellman et Leonard Bernstein. Version révisée de 1989.En collaboration avec Les Grandes Voix
Musique de Leonard Bernstein
Cunégonde SABINE DEVIEILHE
La Vieille Dame SOPHIE KOCH
Paquette JENNIFER COURCIER
Candide JACK SWANSON
Voltaire / Pangloss / Martin / Cacambo NICOLAS RIVENQ
Le Gouverneur / Ragotski / Vanderdendur / Senor 1 / Le Juge / Le Grand Inquisiteur KEVIN AMIEL
Maximilien / Le Capitaine / Senor 2 / Le Croupier JEAN-GABRIEL SAINT MARTIN
Orchestre et Choeur de l’opéra de Marseille
Direction musicale Robert Tuohy
Chef de Choeur Emmanuel Trenque
Marseille, 14 octobre 2018
Superbe Candide de Leonard Bernstein ! Le 25 août 2018 Leonard Bernstein aurait eu cent ans. L’Opéra de Marseille a tenu a célébrer cet événement avec Candide. Jamais donnée à l’Opéra de Marseille, cette oeuvre a réjoui un public qui a peu l’occasion d’écouter la musique de Leonard Bernstein, ce musicien accompli dont la carrière exemplaire l’a amené à aborder des domaines et des styles différents.  Son intérêt pour la musique le mènera de Bach aux compositeurs contemporains ; mais, c’est sans doute ses compositions de comédies musicales qui le feront connaître du grand public car ses oeuvres vocales, blues-gospel sous forme de messe, musique de chambre et pianistique plus 3 symphonies seront éclipsées par le succès mondial de West side story. Pourquoi Leonard Bernstein choisit-il Voltaire et son Candide ? S’intéressant au Monde et à l’Humanité, il s’insurge contre l’hégémonie des grandes puissances et des courants politiques et, sans doute, voit-il Candide comme un retour aux sources qui incite le lecteur à “cultiver son jardin” au propre comme au figuré. Candide voyage et découvre le monde tel qu’il est. Est-ce un voyage initiatique à contre courant ? Ce jeune homme si bien nommé Candide, élevé dans la philosophie de “l’optimisme” va faire, avec Voltaire, l’apprentissage du monde réel. Mais comment Dieu, si parfait, a-t-il pu engendrer un monde si imparfait, si terrible même ? Désillusion qui conduira Candide à une forme de sagesse. Le personnage de Candide est chanté ici par le jeune ténor américain Jack Swanson. Il réussit fort bien et sans mise en scène à faire vivre son personnage par les inflexions de sa sa voix et l’expressivité de son visage. Partant de Westphalie, il va de Paris à Cadix en passant par Buenos Aires et le Surinam pour enfin se retirer dans une ferme avec Cunégonde, après avoir goûté aux jeux d’argent du Casino de Venise ; progression que l’on suit avec sa voix qui change au fil des étapes. Une voix d’une grande clarté projetée avec force ou nuance ; voix profonde ou sensible au timbre coloré. On sent dans cette interprétation une réelle musicalité, passant des “Cunégonde, Cunégonde” émouvants à un style plus comédie musicale dans son air ” Nothing more than this” au caractère sentimental. De beaux aigus soutenus par les trompettes sont chantés dans un engagement sincère. Avec une voix juste où résonnent les harmoniques, Jack Swanson se fond dans les ensembles a cappella ou interprète avec intelligence les duos pour finir sur un “Make our Garden Grow”, réflexion, introspection, mais sans trop de tristesse. Une interprétation sensible qui ne manque toutefois pas de brillant dans une belle compréhension du rôle et de la musique, servie par une superbe technique. Superbe technique aussi que celle de Sabine Devieilhe qu’elle met au service d’une interprétation sans faute du rôle de Cunégonde, formant un couple charmant de jeunesse et d’enthousiasme avec Candide. Voix légère qui ne manque pas de profondeur et qui séduit ici dans chacune de ses interventions.  Sabine Devieilhe se glisse dans chaque rôle avec une intelligence musicale confondante. Aussi est-elle une Cunégonde mutine, amoureuse, fragile, manipulatrice où la tristesse passe, fugace, sans altérer sa voix. Feu d’artifice pour “Glitter and be gay”. Voix de colorature, elle s’amuse et nous amuse avec des vocalises impertinentes, un staccato perlé et une grande pureté des aigus. Superbe ! Remplaçant au pied levé Anne Sofie von Otter souffrante, Sophie Koch,  se coule dans le rôle de La Vieille Dame avec bonheur. Sa voix de mezzo-soprano, qu’elle module à souhait, fait ici merveille. Inflexions justes, interprétation intelligente, elle chante dans une voix homogène faisant ressortir humour, lassitude tout en racontant ses mensonges avec naturel. Amusante dans ” La Gavotte de Venise” ou un “Wath’s the use” audacieux, nous retiendrons le Joli duo avec Cunégonde “We are women”. Quelle belle écriture et quelle belle complicité dans ce duo amusant et charmant qui n’exclue pas la beauté des voix. Superbe Vieille Dame à la voix assurée et sonore qui passe avec aisance de l’aigu au grave. Une Sophie Koch que l’on apprécie dans ce rôle où passe l’humour parfois grinçant. Dans une voix de soprano charmante, Jennifer Courcier est une Paquette que l’on a plaisir à écouter, seule ou dans les ensembles. Voix juste et agréable au joli vibrato. Voltaire, Dr Pangloss, Martin ou Carambo, Nicolas Rivenq est un récitant hors pair qui sait nous intéresser dans son récit. Diction impeccable, voix bien placée et modulée selon les personnages. Amusant ou plus grinçant jusque dans le récit de sa pendaison. Mais il est aussi performant dans ses airs où sa voix de baryton résonne dans un style parfait aux intonations justes. Dans cette oeuvre où chaque personnage joue un rôle important, Nicola Rivenq est le pilier autour duquel gravitent les personnages. Un maître de cérémonie en quelque sorte. Superbe ! Autre voix de baryton aux couleurs chaudes, celle de Jean-Gabriel Saint Martin (Maximilien, le Croupier, le Capitaine…) il impose sa voix grave avec style et assurance dans une diction parfaite qui conserve à la voix toute sa beauté. Dans ce quatuor vocal masculin réussi, le ténor Kevin Amiel est ici un Gouverneur percutant ou un Grand Inquisiteur grinçant à la diction parfaite et aux aigus éclatants et puissants. Juste dans chaque interprétation, il s’intègre à ce plateau d’une rare homogénéité de voix et d’intelligence musicale. Partie  prenante dans cette oeuvre : le Choeur, très bien préparé par Emmanuel Trenque. Le Choeur de l’Opéra de Marseille fait preuve de subtilité et de souplesse dans les changements de rythmes. Précision, murmures grinçants, voix haut perchées ou éclat de l’autodafé, mais aussi justesse des passages a cappella pour une sorte de requiem aux illusions perdues. Un beau travail et un grand bravo ! Robert Tuohy est ici à la baguette. Il sait donner à l’orchestre les rythmes, l’éclat, le chaloupé de certains passages, mais surtout il sait faire ressortir les accents en contretemps si chers à Leonard Bernstein. L’orchestre joue encore ici un sans faute pour l’homogénéité des sonorités, l’ensemble parfait du quatuor et la précision de l’harmonie dans un éclat mesuré ds cuivres. L’ouverture est une introduction qui reprend avec fluidité les thèmes opposant les nuances et les tempi. On remarque avec plaisir les solos des divers pupitres dans des sonorités appropriées au récit ou accompagnant les chanteurs avec justesse. Ici aussi, l’intelligence musicale se retrouve au détour de chaque note. Une représentation éclatante qui a réjoui un public enthousiaste. De très longs applaudissements et de nombreux bravi. Photo Christian Dresse
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