Opéra de Marseille: Nemanja Radulovic & Ensemble Double Sens

Opéra de Marseille: Nemanja Radulovic & Ensemble Double Sens
Opéra de Marseille, saison 2018/2019
Violon Nemanja Radulovic
Ensemble Double Sens
Violons I: Atijana Milosevic, Guillaume Fontanarosa, Mathilde Potier, Nemanja Ljubinkovic
Violons II: Ksenija Milosevic, Kristina Atanasova, Frédéric Dessus, Natasa Grujic
Altos: Boris Brezovac, Aleksandra Kurilic, Emmanuel Gross
Violoncelles: Dragan Djordjevic, Anne Biragnet,
Contrebasse: Nathanaël Malnoury
Clavecin / Piano: Stéphanie Fontanarosa
Johann Sebastian Bach: Concerto en la mineur BWV 1041, Double Concerto pour violon BWV 1043
Antonio Vivaldi: Extraits des “Quatre Saisons”
Piotr Ilitch Tchaïkovski: “Casse-Noisette”, Danse russe
Antonin Dvorak: Chanson que ma mère m’apprenait
Aram Khatchatourian: “Gayaneh”, Danse du sabre
Dmitri Chostakovitch: Le Taon, Romance
Nikolaï Rimski-Korsakov:”Shéhérazade”
Marseille, le 12 février 2019
En cette soirée du 12 février, la salle de l’opéra de Marseille était comble. Il faut dire que la venue en concert du violoniste Nemanja Radulovic est toujours un événement et ses fans, tous âges confondus, n’hésitaient pas à réserver même les strapontins. C’est avec son ensemble Double Sens et ses 15 musiciens que le violoniste serbo-français s’apprêtait à charmer son public dans un programme éclectique mais tout à fait séduisant. Entre Nicolo Paganini et Angel Kennedy et avec son look particulier, le violoniste déchaîne l’enthousiasme dès son entrée en scène. Sans chef, jouant debout, ces jeunes musiciens accordent leurs instruments pour un ensemble parfait de technique, de compréhension des styles et d’esthétique musicale. C’est époustouflant ! De Johann Sebastian Bach à Dmitri Chostakovitch les archets s’envolent, respirent ou s’enfoncent dans les cordes pour produire des sonorités différentes, homogènes, quelquefois différentes de celles que l’on a l’habitude d’entendre, mais toujours en rapport très étroit avec le style et l’idée du compositeur. On ne s’attend pas à une interprétation aussi classique de Johann Sebastian Bach et pourtant…Le Concerto en la mineur, commencé dans un tempo vif aux belles nuances sans oppositions excessives et au jeu perlé se poursuit en un lento tendre et mysterioso  où le bel équilibre des sonorités fait ressortir les basses. Le vibrato maîtrisé de Nemanja Radulovic laisse entendre les sons soutenus, même joués sur un crin de l’archet dans une grande qualité musicale. Vif, énergique, endiablé le troisième mouvement dont la musique coule malgré les accents donnés par l’archet. Bel ensemble et énergie communicative donnent un air de modernité à ce concerto joué dans un style Bach par le violoniste et ses musiciens. Grande complicité avec Tijana Milocevic pour ce Concerto à deux violons, mais aussi superbe entente musicale et technique. Même place des archets, mêmes respirations, même vibrato et même phrasé pour des sons homogènes. Les deux artistes semblent jouer sur un seul violon tant les réponses se font dans la continuité des sons tenus. Netteté, fermeté du troisième mouvement aux attaques précises sans dureté. Grande rigueur et grand rythme intérieur pour ces 15 musiciens qui modulent les sons, contrastant les nuances tout en soutenant l’intensité musicale. Quel travail, quelle technique et quelle compréhension musicale ! Avec les Extraits des quatre saisons d’Antonio Vivaldi, le jeu devient plus imagé, plus enjoué, le violon de Nemanja Radulovic est plus joyeux, lumineux, dans une grande maîtrise d’archet et une interprétation personnelle sans extravagance. Les saisons changent, défilent, plus calme sur pizzicati et continuo dans une belle pureté des sons, ou atmosphère plus pesante où la fluidité de l’archet contraste avec la précision des doigts aux notes distinctes. Mais sons froids, sans vibrato, pour un hiver gelé dans un accompagnement plus immobile, ou archets déchaînés dans une tempête toutefois maîtrisée. Ambiances différentes après l’entracte pour des musiques plus folkloriques, plus populaires. Fougue, mais aussi délicatesse pour le violon de Nemanja Radulovic dans une musique de Tchaïkovski qui nous emmène dans les plaines de la Russie ou dans les rythmes d’une danse entraînante grâce aux notes véloces d’une main gauche efficace. Archet long et vibrato intense sur la corde grave, Nemanja fait sonner son violon langoureux accompagné en contre-chant dans le Chanson de Dvorak. L’Asie Centrale prend ses droits pour un Katchatourian endiablé joué sabre entre les dents dans des jettato au talon joués furioso sur des contre temps frénétiques. Un ensemble parfait et tranchant comme la lame de ce sabre qui virevolte tel l’archet du soliste. les genres se succèdent avec autant de bonheur et le violon devient nostalgique pour cette Romance de Chostakovitch dans une délicatesse de phrasé et une musicalité au bout des doigts repris par l’ensemble des musiciens. Intensité commune et douceur des sons tenus. Schéhérazade et Rimski-Korsakov viennent charmer l’auditoire pour des récits troublants aux sons éthérés du violon solo avec simplicité et évidence ; mais sons graves voilés pour plus de mystère ou de profondeur des accords. Chevauchée en ricoché d’archet, tendresse, douleur, dans des contrastes de sonorités, d’ambiances, de rythmes ou d’intensions musicales. Nemanja Radulovic se joue des difficultés ; langoureux jusqu’au bout des harmoniques, fougueux dans ses bariolages d’archet ou même puissance féroce, toujours accompagné dans une perfection de style et d’ensemble. Cet arrangement original nous surprend par un thème sifflé ou des nuances contrastées. Une joie de jouer ensemble évidente, mais encore plus évidente, cette générosité de chacun mise au bénéfice de la musique avec un talent et une technique qui émeuvent aussi bien qu’ils enthousiasment. Généreux, les musiciens le sont jusque dans le nombre des bis offerts au public enthousiaste après les nombreux rappels.  Au Happy birthday joué en l’honneur du violoncelliste, s’enchaînent les musiques populaires, entraînantes et expressives pour finir sur un air de Czardas. Un concert hors normes, apprécié par toute la salle qui scande les temps, se lève d’enthousiasme pour un violoniste remarquable entouré de musiciens talentueux, prodigues et habités. Une soirée qui donne le sourire tout en élevant les pensées.
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