Aix-en-Provence, Festival de Pâques 2019: Rolando Villazon & Camerata Salzburg

Grand Théâtre de Provence, Aix-en-Provence saison 2019
Camerata Salzburg
Violon Renaud Capuçon
Ténor Rolando Villazon
Wolfgang Amadeus Mozart: Symphonie No35 en ré majeur, dite “Haffner” KV 385, I et II; “La sposo deluso” KV 430 “Dove mai trovar quel ciglio”, Aria buffa pour ténor KV 210 ” Con ossequio, con rispetto”; Concerto pour violon No3 en sol majeur KV 216; Sérénade No7 en ré majeur, dite “Sérénade Haffner” KV 250; Aria pour ténor en ut majeur “Va, dai furor portata” KV 21; Symphonie No35 en ré majeur, dite “Haffner” KV 385, III et IV
Aix-en-Provence, le 22 avril 2019
En cette soirée du 20 avril, Mozartwoche de Salzburg oblige, Rolando Villazon est là, au côté de Renaud Capuçon, son homologue du Festival de Pâques d’Aix-en-Provence, dans la salle du Grand Théâtre de Provence. Un concert attendu, qui fait accourir les mélomanes venus de beaucoup plus loin que la région aixoise. Un public qui allait se révéler enthousiaste. Si nous retrouvons la Camerata Salzburg c’est dans sa formation dirigée du violon par son  concert master Benjamin Gilmore. Un orchestre réglé comme une horloge…Suisse, qui allait défendre les sentiments et les couleurs orchestrales de Wolfgang Amadeus Mozart avec fougue, sensibilité et maestria. Quoi de plus engagé que cet orchestre qui joue avec un ensemble à couper le souffle et qui respire avec le coeur dans des émotions communes. L’on nous explique que du temps de Mozart il était courant d’intercaler les oeuvres, plus ou moins longues avec des artistes très différent ; peut-être une façon de briser les codes ou d’empêcher que s’installe la monotonie. Ici, le chant du ténor mexicain laissera la parole au violon de Renaud Capuçon pour la reprendre un peu plus tard après avoir interrompu la Symphonie Haffner à la fin du deuxième mouvement et laisser les deux derniers mouvements de la symphonie terminer le concert. Etrange ? Certes, mais nous sommes à Salzburg et Mozart étant toujours Mozart, la musique suit son cours avec la même intensité et la même élégance. Le premier mouvement de cette symphonie Allegro con spirito est interprété comme indiqué avec esprit, dans un tempo allant avec relief et contrastes de nuances. L’Andante joué sans lenteur permet la légèreté des cordes pour une note d’humour ou un pianissimo extrême d’une grande délicatesse. Le Menuetto viendra plus tard, à sa place, Rolando Villazon interprète “Dove mai trovar quel ciglio avec de belles nuances et des aigus appuyés, soutenu par un orchestre à l’écoute du soliste. Rolando Villazon peut ainsi laisser libre cours à une interprétation qui donne du relief à cet Air. Plus vif est l’Aria buffa Con ossequio, con rispetto” qui enchante le public par une interprétation personnelle et musicale qui fait ressortir les qualités que nous apprécions chez cet artiste connu et reconnu pour ses prestations  dans le domaine de l’opéra et qui restent une référence. Nous le retrouverons plus tard avec le même plaisir dans l’Aria pour ténor en ut majeur “Va, dal furor portata“. Renaud Capuçon vient, avec son violon Guarneri del Gesù terminer cette première partie du concert pour le concerto No3 de Mozart, toujours, interprété avec une rare élégance. Les tempi sont bien choisis et permettent au soliste de faire ressortir le caractère enjoué ou plus sentimental de l’oeuvre. la vitesse d’archet laisse les harmoniques s’envoler et le vibrato maîtrisé donne cette intensité, ce souffle intérieur qui parcourt les longues phrases du deuxième mouvement. Vif et joyeux, le Rondeau met en valeur la musicalité du soliste mais fait aussi ressortir le côté enjoué de son tempérament exprimé par la légèreté de l’archet et la rapidité de main gauche. Accompagné avec style ce concerto nous offre un moment de grâce. Grâce aussi avec la Sérénade en ré majeur dite Haffner dont les trois mouvements, choisis pour ce concert, nous donnent le plaisir d’entendre Benjamin Gilmore, que nous avions remarqué dans son rôle de violon solo pour son investissement et l’aisance de son archet, dans une partie soliste, sorte de concertante avec orchestre. Dans un vibrato peu appuyé et tout mozartien, sa musicalité et l’élégance de son jeu s’apprécient. Tout en entraînant l’orchestre ou en lui insufflant phrasé et respirations, le jeune violoniste impose son style tout en délicatesse exposé jusque dans de mini cadences. Elégance aussi dans l’emploi de son archet qu’il utilise avec humour ou dans une vitesse affirmée qui donne à son détaché un air endiablé, suivi par une orchestre à l’écoute du soliste. Moment de charme et d’allégresse ! La Symphonie Haffner et ses deux derniers mouvements termine ce programme en tous points remarquable. Aux trois temps affirmés du Menuetto, s’oppose un Presto dans un ensemble puissant et précis d’une grande rigueur où la vélocité des cordes répond aux sons plus éclatants des trompettes et des timbales. Les musiciens, très à l’aise, font ici une démonstration époustouflante d’un jeu engagé où la musicalité et le talent de chaque instrumentiste est mis au service de la musique, dans le respect et l’écoute de l’autre. Un concert qui a procuré joies et émotion. Photo Caroline Doutre

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