Chorégies d’Orange 2016: “Messa da Requiem” de Verdi

Théâtre antique, Orange, saison 2016
Orchestre National du Capitole de Toulouse
Choeur de l’Orfeon Donostiarra
Direction musicale   Tugan Sokhiev
Chef de choeur  José Antonio Sainz Alfaro
Soprano Erika Grimaldi
Mezzosoprano 
Ekaterina Gubanova
Ténor Joseph Calleja
Basse Vitalij Kowaljow
Mise en images
Philippe Druillet, Dimitri Avramoglou
Réalisation  Cosmo Av
Giuseppe Verdi: “
Messa da Requiem” per soli, coro e orchestra (1874)
Orange, le 16 juillet 2016
La Messe de Requiem que nous écoutions ce soir, composée par Giuseppe Verdi, est jouée pour la première fois en l’église San Marco de Milan le 22 mai 1874, soit un an exactement après la mort de l’écrivain Alessandro Manzoni ;  c’est d’ailleurs en prévision de cet anniversaire que Verdi compose cette oeuvre magistrale. Pas moins de 120 choriste et une centaine de musiciens accompagnaient un quatuor vocal d’exception. On peut sans peine imaginer l’impact sonore qu’une telle puissance pouvait produire. En cette soirée du 16 juillet, deux jours après le terrible attentat de Nice, cette Messe de Requiem prenait, dans le Théâtre antique d’Orange, toute sa dimension. Afin de rendre ce concert encore plus impressionnant, Philippe Druillet avait imaginé une vidéo des plus suggestives, avec dessins gigantesques projetés sur le mur du théâtre où la statue de l’empereur Auguste se dresse depuis près de deux mille ans. Des dessins très graphiques aux couleurs démoniaques – sortes de mangas – venaient frapper visuellement les spectateurs. Si les symboles maçonniques omniprésents, avec un oeil ouvert sur l’avenir ou les consciences, dénotent d’une imagination aux dessins très sûrs, il n’est pas certain qu’ils conservent à cette Messe de Requiem la force d’élévation et d’introspection contenue dans la musique ; mais d’un côté simplement technique et artistique, c’est  très bien fait. Tugan Sokhiev était à la tête de l’Orchestre National du Capitole de Toulouse au grand complet, et du Choeur de l’Orféon Donostiarra, composé d’une centaine de choristes. Impressionnant très certainement. Etonnamment, nous trouvons la direction de Tugan Sokhiev moins énergique qu’à l’accoutumée. Est-ce un effet visuel alors qu’il dirige sans baguette, ou est-ce dû à l’éloignement conséquent avec les chanteurs et le choeur ? Toujours est-il que l’ensemble manque souvent de présence et d’effet sonore immédiat. Le choeur, bien préparé par son chef José Antonio Sainz Alfaro chante avec beaucoup de précision et d’ensemble, mais surtout avec une grande homogénéité des voix. de belles explosions dans les forte, des piani sensibles ou des murmures parlés démontreront la sensibilité qui anime le choeur. La soprano Erika Grimaldi remplaçait Krassimira Stoyanova, souffrante, initialement prévue. Pour sa première prestation aux Chorégies, la jeune soprano devait lutter contre un fort mistral qui fait s’envoler les voix. Mais la bonne projection de sa voix claire aura raison des conditions climatiques. Le timbre homogène au vibrato agréable passe sans aucun problème au-dessus de l’orchestre dans des aigus longs et puissants avec un on soutien du souffle. Seule, ou en duo avec la voix de mezzo-soprano dans l’Agnus Dei, Erika Grimaldi fait montre d’une belle pureté de style et d’un legato empreint de musicalité. Ekaterina Gubanova a déjà chanté aux Chorégies d’Orange, et elle n’en est pas non plus à son premier Requiem. Sa voix au timbre chaleureux équilibre agréablement les ensembles alors qu’elle passe seule avec aisance, donnant à entendre des aigus puissants d’une belle intensité sonore. Le Ricordare est chanté avec beaucoup de sensibilité, mais les graves, au souffle un peu court ont plus de mal à passer. Joli duo féminin aux nuances bien amenées. Joseph Calleja que nous avions apprécié l’an dernier lors d’un concert tient ici la partie de ténor. Comme pour ce dernier concert, la voix prend quelques mesures pour s’affirmer ; comme si elle avait besoin de trouver ses marques contre le vent, marques qu’elle trouvera très vite toutefois. Joseph Calleja est un ténor d’une grande sensibilité dont la voix passe bien, sans forcer, avec des aigus qui ne saturent jamais. C’est dans Ingemisco qu’on apprécie le plus son joli phrasé musical et ses aigus incisifs bien soutenus, avec l’exposition d’Hostias comme moment de grâce. Plus baryton que basse, Vitalij Kowaljow a du mal à s’imposer dans les graves et les Mors stupebit, chantés sans trop de résonances ne font pas trembler la statue d’Auguste sur son piédestal. Par contre, sa technique et sa musicalité ressortent dans Oro Supplex chanté avec clarté dans une tessiture plus haute passant très bien. Un quatuor vocal homogène malgré quelques petites inégalités. L’Orchestre National du Capitole de Toulouse est un orchestre aux grandes qualités qui répond rapidement aux demandes du chef d’orchestre. Les sonorités rondes et harmonieuses des cordes et de la petite harmonie passent sans couvrir les voix, et le grand soli de violoncelles est joué sans précipitation dans un joli phrasé. L’investissement des cuivres aux sonorités contrôlées est à remarquer ainsi que l’intervention des quatre trompettes incisives et rythmées toujours très exposées. Peut-être Tugan Sokhiev manquait-il un peu de punch, jusque dans le Sanctus pourtant enlevé, pour dynamiser chacun des deux cents interprètes qui ont du lutter contre un vent violent. Une soirée forte en émotions très applaudie aussi bien pour les solistes que pour l’ensemble des chanteurs et musiciens. Photo Kris Picart

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