Marseille, Opéra Municipal: “Die Entführung aus dem Serail”

Marseille, Opéra municipal, saison 2021/2022
“DIE ENTFÜHRUNG AUS DEM SERAIL” (L’ENLEVEMENT AU SERAIL)
Opéra en 3 actes, livret de Gottlieb Stephanie, d’après une pièce de Bretzner
Musique de Wolfgang Amadeus Mozart
Nouvelle coproduction Opéra de Monte-Carlo / Opéra de Marseille
Constance SERENAD UYAR
Blonde AMELIE ROBINS
Belmonte JULIEN DRAN
Pedrillo LOÏC FELIX
Osmin PATRICK BOLLEIRE
Selim Bassa BERNHARD BETTERMANN
Orchestre et Chœur de l’opéra de Marseille
Direction musicale Paolo Arrivabeni
Mise en scène Dieter Kaegi
Décors / Costumes Francis O’Connor
Lumières Roberto Venturi
Vidéos Gabriel Grinda
Marseille, le 19 avril 2022
Après Werther, présenté le mois dernier, c’est L’Enlèvement au sérail que l’Opéra de Marseille nous proposait en cette soirée du 19 avril dans une coproduction avec l’Opéra de Monte-Carlo. Le metteur en scène Dieter Kaegi, qui n’est pas à son premier enlèvement, signait ici la mise en scène. Si nous ne sommes pas fans des revisites, nous devons avouer que celle-ci est parfaitement réussie. Certes, quelques aménagements étaient nécessaires pour sortir l’ouvrage de son contexte mais dans les temps troublés qui sont les nôtres, ôter le sérail, les attaques barbaresques et le marché aux esclaves, pourquoi pas ? Tout se passe ici dans un train de luxe de la Compagnies Internationale des Wagons-lits et Grands Express Européens, et nous embarquons pour un voyage Marseille / Le Caire avec quelques arrêts : Salzbourg, Budapest, Istamboul… Mais si cela fonctionne aussi bien, c’est grâce à la beauté du décor et à la crédibilité du voyage. Ce singspiel de Mozart, entre conte, aventures et merveilleux, semble se prêter à cette relecture. La direction des acteurs est bien imaginée, Selim Pacha est devenu Selim Bassa et, s’il est toujours empressé auprès de Constance dans ce rôle parlé, il le fait avec ce détachement qui le conduira au final plein de mansuétude. Les Janissaires sont ici de joyeux drilles, jouisseurs, buveurs amis de Selim et l’odieux Osmin, tourné en ridicule, est maintenant le chef du train. Pedrillo sert au bar et Belmonte monte dans ce train pour retrouver sa fiancée Constance et la persuader de son amour. Tout est bien traité avec les mouvements des voyageurs dans les gares où les arrêts se prêtent aux couleurs locales. Un violoniste sur un banc en gare de Budapest, des voyageurs sur le quai d’Istamboul portant caftan gris ou coiffé d’un fès sur une turquerie musicale signée Mozart, mouvements des voyageurs qui prennent des photos, bref, on ne s’ennuie pas à bord de ce train qui voit défiler les paysages grâce aux vidéos imaginées par Gabriel Grinda : de la gare de Marseille avec vue sur Notre Dame de la Garde, aux pyramides de Gizeh, temple de Karnak et obélisques à l’arrivée au Caire, en passant par les forêts du Tyrol, les clochetons de Salzbourg ou les minarets d’Istamboul. Les lumières de Robert Venturi rythment les jours et les nuits, petites lampes dans le train, couchers de soleil ou lumières bleutés d’un ciel étoilé. Mais aussi les très jolis costumes et décors de Francis O’Connor : les gares, l’intérieur luxueux art déco du train avec cuisine, chambres et wagon restaurant, train qui se tourne pour filer dans un tunnel… Mais aussi les costumes belle époque où des chapeaux à plumes agrémentent avec bonheur les robes longues de ces dames dans des couleurs chatoyantes. Kitsch ? Non, un voyage carte postale qui nous présente même un fumeur de narguilé. Paolo Arrivabeni mène l’orchestre sans couvrir les voix tout en respectant style et couleurs dans des nuances et des tempi appropriés. Discrétion dans les piani, musicalité et efficacité dans de belles sonorités. Rien à reprocher non plus au niveau des voix pour ce plateau homogène. Julien Dran, qui très souvent défend la musique française avec bonheur et style, était inattendu dans Mozart. Il est un Belmonte élégant, touchant, crédible dans un jeu à l’aise mais avec aussi une voix qui s’adapte au style mozartien cette fois. Souffle soutenu, legato, voix projetée, forte ou plus légère, dans une belle diction sur des nuances et des vocalises aux aigus assurés. Pari réussi pour cet amoureux obstiné. Obstiné aussi l’Osmin de Patrick Bolleire mais obtus et brutal dans une voix de basse profonde pour des colères qui n’impressionnent personne. Très en place vocalement et scéniquement. Face à lui un Loïc Felix très en forme pour ce Pedrillo vif et amusant dans une voix projetée aux aigus tenus. Belle prestation scénique aussi. Dans le rôle parlé de Selim BassaBernhard Bettermann est tout à fait juste et remarqué. Serenad Uyar est cette Constance qui hésite tout en se refusant. Très applaudie dans le rôle de La Reine de la nuit en 2019, elle a gardé l’élégance des vocalises, des notes piquées et des aigus projetés. Touchante dans son air “Ach ich liebte…” qui laisse ressortir les harmoniques contenues dans sa voix, elle est une Constance tout en nuances aux éclats contrôlés. La Blonde d’Amélie Robins est vive, mutine en tablier blanc de soubrette. Ses vocalises sont lancées avec projection par une voix claire et percutante dans un tempo allant, aux rythmes marqués. Pour animer ce plateau équilibré, le Choeur de l’Opéra de Marseille, toujours très bien préparé par Emmanuel Trenque fait montre d’un bel ensemble dans les attaques et leurs interventions, même si elles sont peu nombreuses. Homogénéité des voix et jeu pertinent. Si cet Enlèvement au sérail, sans sérail, est peu traditionnel, il est très agréable à écouter ainsi qu’à regarder. Embarquement immédiat pour un voyage plein de charme et d’aventures. Une réussite très applaudie, aux nombreux rappels. Photo Christian Dresse

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