Théâtre Antique, Orange, saison 2025
Orchestre Philharmonique de Marseille
Direction musicale Michele Spotti
Harpe Xavier de Maistre
Edouard Lalo: “Le Roi d’Ys” (Ouverture); Reinhold Glière: Concerto pour harpe et orchestre en mi bémol majeur; Hector Berlioz: “Symphonie Fantastique”
Orange, le 5 juillet 2025
Programme varié très attractif sous les étoiles, en cette soirée du 5 juillet, proposé par l’Orchestre Philharmonique de Marseille sous la baguette inspirée du chef Michele Spotti. L’Ouverture du Roi d’Ys d’Edouard Lalo, donnée tout d’abord en concert avant de s’intégrer à l’opéra en sa totalité, est un véritable poème symphonique où le compositeur, en grand symphoniste, déploie ses talents de coloriste entrouvrant la porte de cette légende bretonne. Prenant son orchestre à bras le corps, le maestro fait ressortir avec
sensibilité les couleurs spécifiques des instruments solistes, le cor au son timbré, le récit hautement musical du violoncelle, les timbales sonores, ou les trompettes attacca sans dureté. Les gestes amples du chef d’orchestre laissent sonner les envolées lyriques sous les archets précis des violons dans une musique qui avance en crescendo vers le dramatique. Les belles sonorités homogènes donnent une interprétation très imagée de cette ouverture. Suivait une superbe découverte, le Concerto pour harpe de Reinhold Glière, instrument que l’on ne s’attendait pas à entendre dans l’immensité de ce théâtre de plein air. Mais les Dieux veillaient et aucun souffle n’est venu disperser les notes perlées de cet instrument inattendu ici. La rencontre du compositeur russe et du soliste Xavier de Maistre fut un grand moment de musique et de virtuosité qui a marqué ce concert. Resté dans la tradition post romantique russe Reinhold Glière traversera les périodes troublées de la révolution et du stalinisme sans les problèmes rencontrés par un Chostakovitch. Ce
concerto, écrit pour mettre à l’honneur l’instrument et faire briller le soliste est un réel moment de plaisir. Dans une technique éblouissante et un classicisme très musical Xavier de Maistre, la musicalité au bout des doigts, nous emporte dans des envolées lyriques. A l’écoute du soliste et dans un tempo allant, aux nuances sensibles, le maestro laisse percer la clarinette en contre chant. La cadence, claire aux notes sonores jusqu’aux graves, est jouée comme un monologue musical dans de beaux contrastes d’intensité. Les thèmes avec variations introduits par les basses laissent la parole au soliste qui répond à l’orchestre dans un dialogue imagé aux séquences contrastées alternant agilité et sensibilité. Dans l’Allegro giocoso le harpiste semble se jouer de ses 47 cordes, les pinçant gaiment de façon incisive, faisant sonner les harmoniques ou maniant avec dextérité arpèges et glissandi, soutenu par un orchestre qui maintient le tempo. Un feu d’artifice de notes dans des mélodies russes et bucoliques.
Paraissant s’amuser, Xavier de Maistre nous a séduits et charmés. Après un tonnerre d’applaudissements, il nous offre en bis “Le Carnaval de Venise, thème et variations”. Elégance et délicatesse où les notes harmoniques se font entendre avec humour dans des pianissimi auxquels l’on tend l’oreille. Composée par Niccolo Paganini sur le thème d’une chanson napolitaine “O mamma mia” cette brillante transcription pour harpe fait redoubler les applaudissements. Un moment de grâce ! La Symphonie fantastique allait terminer ce concert avec éclat. Ce poème symphonique écrit en 1830 dans une écriture novatrice relate l’état d’exaltation amoureuse dans lequel se trouve le compositeur, joie, fureur, passion dépressive tout au long de ces 5 scènes. Très à l’aise, Michele Spotti laisse sonner l’orchestre, relatant les états d’âme du compositeur avec des attaques moelleuses pour une rêverie commencée dans un calme mystérieux aux inflexions du cor. Sans doute les accents qui suivent sont-ils un peu trop appuyés marquant la passion naissante, mais le Bal, au bon tempo, nous emmène dans une fête où les harpes se font entendre avec délicatesse. Dans de joyeux enchaînements les violons et la petite harmonie se répondent sans brutalité allant vers un accelerando de bon aloi. Grâce et homogénéité des sons. Plus nostalgique est la Scène aux champs avec le cor anglais auquel répond le hautbois en coulisses. Le ton est donné avec de belles couleurs ; les travaux des champs se terminent laissant un goût
d’inachevé. Très belles atmosphères où le calme porte à l’introspection sur les longueurs d’archets mais l’orage de fin d’été laisse place à la solitude sur la phrase repise par le cor anglais. La marche au supplice est le reflet de l’amour malheureux où le compositeur assiste à sa propre exécution. Atmosphère pesante des cors bouchés et d’un quatuor qui marque les temps aux sons des bassons qui avancent. Marche inexorable où cuivres, cymbales et grosse caisse ne laissent aucune alternative au déferlement des timbales. Le mystère de la Nuit de sabbat est un songe onirique où les alti grinçants et le col legno des archets font entendre les ossements qui s’entrechoquent jusqu’aux ricanements des sorcières joués par la petite clarinette, les cloches sonnant le glas sur un choral de trombones. Un Dies irae funèbre pour le jour du jugement. L’orchestre, au mieux de sa forme emporté par la fougue de son jeune chef, a su faire ressortir les couleurs, les atmosphères voulues par le compositeur dans une fresque imagée et sonore. Un tonnerre d’applaudissements. Photo Gromelle
sensibilité les couleurs spécifiques des instruments solistes, le cor au son timbré, le récit hautement musical du violoncelle, les timbales sonores, ou les trompettes attacca sans dureté. Les gestes amples du chef d’orchestre laissent sonner les envolées lyriques sous les archets précis des violons dans une musique qui avance en crescendo vers le dramatique. Les belles sonorités homogènes donnent une interprétation très imagée de cette ouverture. Suivait une superbe découverte, le Concerto pour harpe de Reinhold Glière, instrument que l’on ne s’attendait pas à entendre dans l’immensité de ce théâtre de plein air. Mais les Dieux veillaient et aucun souffle n’est venu disperser les notes perlées de cet instrument inattendu ici. La rencontre du compositeur russe et du soliste Xavier de Maistre fut un grand moment de musique et de virtuosité qui a marqué ce concert. Resté dans la tradition post romantique russe Reinhold Glière traversera les périodes troublées de la révolution et du stalinisme sans les problèmes rencontrés par un Chostakovitch. Ce
concerto, écrit pour mettre à l’honneur l’instrument et faire briller le soliste est un réel moment de plaisir. Dans une technique éblouissante et un classicisme très musical Xavier de Maistre, la musicalité au bout des doigts, nous emporte dans des envolées lyriques. A l’écoute du soliste et dans un tempo allant, aux nuances sensibles, le maestro laisse percer la clarinette en contre chant. La cadence, claire aux notes sonores jusqu’aux graves, est jouée comme un monologue musical dans de beaux contrastes d’intensité. Les thèmes avec variations introduits par les basses laissent la parole au soliste qui répond à l’orchestre dans un dialogue imagé aux séquences contrastées alternant agilité et sensibilité. Dans l’Allegro giocoso le harpiste semble se jouer de ses 47 cordes, les pinçant gaiment de façon incisive, faisant sonner les harmoniques ou maniant avec dextérité arpèges et glissandi, soutenu par un orchestre qui maintient le tempo. Un feu d’artifice de notes dans des mélodies russes et bucoliques.
Paraissant s’amuser, Xavier de Maistre nous a séduits et charmés. Après un tonnerre d’applaudissements, il nous offre en bis “Le Carnaval de Venise, thème et variations”. Elégance et délicatesse où les notes harmoniques se font entendre avec humour dans des pianissimi auxquels l’on tend l’oreille. Composée par Niccolo Paganini sur le thème d’une chanson napolitaine “O mamma mia” cette brillante transcription pour harpe fait redoubler les applaudissements. Un moment de grâce ! La Symphonie fantastique allait terminer ce concert avec éclat. Ce poème symphonique écrit en 1830 dans une écriture novatrice relate l’état d’exaltation amoureuse dans lequel se trouve le compositeur, joie, fureur, passion dépressive tout au long de ces 5 scènes. Très à l’aise, Michele Spotti laisse sonner l’orchestre, relatant les états d’âme du compositeur avec des attaques moelleuses pour une rêverie commencée dans un calme mystérieux aux inflexions du cor. Sans doute les accents qui suivent sont-ils un peu trop appuyés marquant la passion naissante, mais le Bal, au bon tempo, nous emmène dans une fête où les harpes se font entendre avec délicatesse. Dans de joyeux enchaînements les violons et la petite harmonie se répondent sans brutalité allant vers un accelerando de bon aloi. Grâce et homogénéité des sons. Plus nostalgique est la Scène aux champs avec le cor anglais auquel répond le hautbois en coulisses. Le ton est donné avec de belles couleurs ; les travaux des champs se terminent laissant un goût
d’inachevé. Très belles atmosphères où le calme porte à l’introspection sur les longueurs d’archets mais l’orage de fin d’été laisse place à la solitude sur la phrase repise par le cor anglais. La marche au supplice est le reflet de l’amour malheureux où le compositeur assiste à sa propre exécution. Atmosphère pesante des cors bouchés et d’un quatuor qui marque les temps aux sons des bassons qui avancent. Marche inexorable où cuivres, cymbales et grosse caisse ne laissent aucune alternative au déferlement des timbales. Le mystère de la Nuit de sabbat est un songe onirique où les alti grinçants et le col legno des archets font entendre les ossements qui s’entrechoquent jusqu’aux ricanements des sorcières joués par la petite clarinette, les cloches sonnant le glas sur un choral de trombones. Un Dies irae funèbre pour le jour du jugement. L’orchestre, au mieux de sa forme emporté par la fougue de son jeune chef, a su faire ressortir les couleurs, les atmosphères voulues par le compositeur dans une fresque imagée et sonore. Un tonnerre d’applaudissements. Photo Gromelle