Aix-en-Provence, Grand Théâtre de Provence, saison 2025
“DON GIOVANNI”
Dramma Giocoso en 2 actes, Livret de Lorenzo Da Ponte
Musique Wolfgang Amadeus Mozart
Don Giovanni ANDRE SCHUEN
Leporello KRYSZTOF BACZYK
Donna Anna GOLDA SCHULTZ
Donna Elvira MAGDALENA KOZENA
Don Ottavio AMITAI PATI
Il Comendatore CLIVE BAYLEY
Zerlina MADISON NONOA
Masetto PAWEL HORODYSKI
Cascadeur MARC SONNLEITNER
Chœur Estonian Philharmonic Chamber Choir
Orchestre Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks
Direction musicale Sir Simon Rattle
Chef de choeur Aarne Talvik
Mise en scène Robert Icke
Mise en scène Robert Icke
Scénographie Hildegard Bechtler
Costumes Annemarie Woods
Lumière James Farncombe
Vidéo Tal Yarden
Dramaturgie Klaus Bertisch
Aix-en-Provence, le 14 juillet 2025
Pour sa 77ème édition, le Festival d’Art Lyrique d’Aix-en-Provence proposait l’œuvre peut-être la plus emblématique de Mozart Don Giovanni dans sa 8ème production,
après celles conçues par Dmitri Tcherniakov ou Jean-François Sivadier controversées. Considéré comme un génie de la mise en scène de théâtre, l’anglais Robert Icke nous livre ici, et pour son premier opéra, sa version de l’œuvre. Le personnage de Don Giovanni a toujours fasciné auteurs, compositeurs ou réalisateurs. Libertin, jouisseur, psychopathe, chacun y va de sa propre vision. Pourquoi donc ne pas s’en tenir à celle donnée par le compositeur et son librettiste, un homme vivant dans l’instant présent pour son propre plaisir sans se poser de questions ni même penser aux conséquences ? Tout est dit dans le titre. “Il dissoluto punito”. Libertin, dissolu, on l’a vu cent fois mais que peut-on ajouter de plus ? Robert Icke y réfléchit sans doute, une connotation pas encore abordée peut-être… la pédophilie. Peut-on l’évoquer sur scène ? Il
paraîtrait que oui. C’est en effet ce que nous suggère ce visuel avec l’omniprésence d’une fillette tenant une poupée, Don Giovanni allant même jusqu’à lui offrir un cœur en sucre. N’est-ce pas à elle qu’il s’adresse l’ors de sa sérénade ? Que changer encore ? La question que pose d’entrée Leporello à Don Giovanni : “Qui est mort, vous où le vieux ?” donnera au metteur en scène une idée jamais explorée non plus. Le Commandeur et Don Giovanni sont-ils semblables, ne sont-ils qu’un même personnage ? Dès avant l’ouverture, le Vieil homme semble mourir d’une crise cardiaque dans son salon, situé en hauteur, écoutant une version éraillée de l’ouvrage, un verre à la main. Est-il mort ? Il reviendra de temps à autres, telle une apparition. La scénographie signée par Hildegard Bechtler ouvre la scène sur un étage qui sera la chambre d’Elvira, une chambre d’hôpital
où une sorte de coursive permettant l’évolution des chanteurs accueillant même le petit orchestre de la fin de l’acte I. Pour ajouter à la confusion, Don Giovanni, se promène durant l’acte II attaché à une potence médicale de perfusion. Mais qui meurt dans le lit d’hôpital, Don Giovanni, le Commandeur ? Au milieu de cet imbroglio l’on essaie de retrouver nos anciennes émotions. Difficile ! Sir Simon Rattle, à la tête du SDBR, adhère aux propos de Robert Icke et semble adapter les tempi aux aléas de la scène. L’on retrouve les sonorités suaves et pleines de cette phalange dans le souci constant du style mozartien qui se laisse apprécier avec délectation dès l’ouverture. Leporello, dans la voix profonde de la basse polonaise Krysztof Baczyk joue le maître des horloges. Annemarie
Woods, responsable des costumes, imagine un valet de grande classe portant avec dignité un impeccable smoking blanc alors que Don Giovanni, son maître, porte un survêtement blanc à capuche qui se teintera de sang. Cet étrange Leporello paternaliste enlève le côté buffa du personnage, dans ce Dramma giocoso, avec un air du Catalogue un peu guindé. Dans un timbre chaleureux, sa voix projetée aux aigus solides est très appréciée. Le Don Giovanni d’André Schuen est, lui, plus désinvolte. Est-il victime et bourreau de lui-même comme certains le pensent ? Dans un timbre coloré et un phrasé très chantant, le baryton italien charme et Zerlina et le public dans un “là ci darem la mano” expressif, ou plus doux dans la Canzonetta “Deh vieni alla finestra” chanté piano ou un “Fin ch’han dal vino” vif, sonore, projeté avec beaucoup de précision. Un Don Giovanni singulier mais séduisant et musical. Le Masetto de la basse
polonaise Pawel Horodyski conserve au rôle le style Comedia del arte avec ses colères timbrées, ses doutes et ses phrases projetées dans un jeu convaincant et une voix grave et homogène. Le rôle de Don Ottavio est confié au ténor Amitai Pati. L’on apprécie sa musicalité et le timbre velouté de sa voix dans son aria “Della su pace” sans doute un peu faible alors qu’il chante très éloigné et sur les hauteurs. “Il mio tesoro intanto” plus sonore et maîtrisé laissera apprécier de souples vocalises. Clive Bayley, très présent dans son autorité paraît manquer des graves abyssins typiques à la voix du Commandeur. Est-ce voulu ? Très convaincantes sont les trois femmes avec une Donna Elvira à la voix chaude et sonore. Magdalena Kozena est cette femme délaissée mais amoureuse jusque dans
ses contradictions. Dans ce personnage pas très bien traité par le metteur en scène, elle arrive à nous émouvoir par ses accents douloureux, son style très mozartien et une ligne de chant musicale. Plus affirmée est la Donna Anna de Golda Schultz. Voix sonore, précise et projetée jusque dans les récitatifs dont le timbre charnu de la voix s’accorde avec le tempérament du personnage. La Zerlina de Madison Nonoa est un régal de finesse, d’impertinence et de musicalité. La fraîcheur de sa voix et ses doutes, mais doute-t-elle vraiment, apportent gaité et vivacité. Les lumières conçues par James Farncombe ont la blancheur des éclairages aux néons et, mises à part les robes de Donna Anna, vert bronze et celle de Donna Elvira jaune doré, nous sommes plongés dans des images en noir et blanc sans personnalité poétique. Il paraîtrait que le propre d’un festival est l’innovation. Que penser alors de ces anciens Don Giovanni, dans le texte, qui ont fait la gloire de ce festival et dont la première représentation date de 1949 ? Photo © Monika Rittershaus
après celles conçues par Dmitri Tcherniakov ou Jean-François Sivadier controversées. Considéré comme un génie de la mise en scène de théâtre, l’anglais Robert Icke nous livre ici, et pour son premier opéra, sa version de l’œuvre. Le personnage de Don Giovanni a toujours fasciné auteurs, compositeurs ou réalisateurs. Libertin, jouisseur, psychopathe, chacun y va de sa propre vision. Pourquoi donc ne pas s’en tenir à celle donnée par le compositeur et son librettiste, un homme vivant dans l’instant présent pour son propre plaisir sans se poser de questions ni même penser aux conséquences ? Tout est dit dans le titre. “Il dissoluto punito”. Libertin, dissolu, on l’a vu cent fois mais que peut-on ajouter de plus ? Robert Icke y réfléchit sans doute, une connotation pas encore abordée peut-être… la pédophilie. Peut-on l’évoquer sur scène ? Il
paraîtrait que oui. C’est en effet ce que nous suggère ce visuel avec l’omniprésence d’une fillette tenant une poupée, Don Giovanni allant même jusqu’à lui offrir un cœur en sucre. N’est-ce pas à elle qu’il s’adresse l’ors de sa sérénade ? Que changer encore ? La question que pose d’entrée Leporello à Don Giovanni : “Qui est mort, vous où le vieux ?” donnera au metteur en scène une idée jamais explorée non plus. Le Commandeur et Don Giovanni sont-ils semblables, ne sont-ils qu’un même personnage ? Dès avant l’ouverture, le Vieil homme semble mourir d’une crise cardiaque dans son salon, situé en hauteur, écoutant une version éraillée de l’ouvrage, un verre à la main. Est-il mort ? Il reviendra de temps à autres, telle une apparition. La scénographie signée par Hildegard Bechtler ouvre la scène sur un étage qui sera la chambre d’Elvira, une chambre d’hôpital
où une sorte de coursive permettant l’évolution des chanteurs accueillant même le petit orchestre de la fin de l’acte I. Pour ajouter à la confusion, Don Giovanni, se promène durant l’acte II attaché à une potence médicale de perfusion. Mais qui meurt dans le lit d’hôpital, Don Giovanni, le Commandeur ? Au milieu de cet imbroglio l’on essaie de retrouver nos anciennes émotions. Difficile ! Sir Simon Rattle, à la tête du SDBR, adhère aux propos de Robert Icke et semble adapter les tempi aux aléas de la scène. L’on retrouve les sonorités suaves et pleines de cette phalange dans le souci constant du style mozartien qui se laisse apprécier avec délectation dès l’ouverture. Leporello, dans la voix profonde de la basse polonaise Krysztof Baczyk joue le maître des horloges. Annemarie
Woods, responsable des costumes, imagine un valet de grande classe portant avec dignité un impeccable smoking blanc alors que Don Giovanni, son maître, porte un survêtement blanc à capuche qui se teintera de sang. Cet étrange Leporello paternaliste enlève le côté buffa du personnage, dans ce Dramma giocoso, avec un air du Catalogue un peu guindé. Dans un timbre chaleureux, sa voix projetée aux aigus solides est très appréciée. Le Don Giovanni d’André Schuen est, lui, plus désinvolte. Est-il victime et bourreau de lui-même comme certains le pensent ? Dans un timbre coloré et un phrasé très chantant, le baryton italien charme et Zerlina et le public dans un “là ci darem la mano” expressif, ou plus doux dans la Canzonetta “Deh vieni alla finestra” chanté piano ou un “Fin ch’han dal vino” vif, sonore, projeté avec beaucoup de précision. Un Don Giovanni singulier mais séduisant et musical. Le Masetto de la basse
polonaise Pawel Horodyski conserve au rôle le style Comedia del arte avec ses colères timbrées, ses doutes et ses phrases projetées dans un jeu convaincant et une voix grave et homogène. Le rôle de Don Ottavio est confié au ténor Amitai Pati. L’on apprécie sa musicalité et le timbre velouté de sa voix dans son aria “Della su pace” sans doute un peu faible alors qu’il chante très éloigné et sur les hauteurs. “Il mio tesoro intanto” plus sonore et maîtrisé laissera apprécier de souples vocalises. Clive Bayley, très présent dans son autorité paraît manquer des graves abyssins typiques à la voix du Commandeur. Est-ce voulu ? Très convaincantes sont les trois femmes avec une Donna Elvira à la voix chaude et sonore. Magdalena Kozena est cette femme délaissée mais amoureuse jusque dans
ses contradictions. Dans ce personnage pas très bien traité par le metteur en scène, elle arrive à nous émouvoir par ses accents douloureux, son style très mozartien et une ligne de chant musicale. Plus affirmée est la Donna Anna de Golda Schultz. Voix sonore, précise et projetée jusque dans les récitatifs dont le timbre charnu de la voix s’accorde avec le tempérament du personnage. La Zerlina de Madison Nonoa est un régal de finesse, d’impertinence et de musicalité. La fraîcheur de sa voix et ses doutes, mais doute-t-elle vraiment, apportent gaité et vivacité. Les lumières conçues par James Farncombe ont la blancheur des éclairages aux néons et, mises à part les robes de Donna Anna, vert bronze et celle de Donna Elvira jaune doré, nous sommes plongés dans des images en noir et blanc sans personnalité poétique. Il paraîtrait que le propre d’un festival est l’innovation. Que penser alors de ces anciens Don Giovanni, dans le texte, qui ont fait la gloire de ce festival et dont la première représentation date de 1949 ? Photo © Monika Rittershaus