Festival d’Aix-en-Provence 2025: “Les Pêcheurs de perles” 

Grand Théâtre de Provence, Aix-en-Provence saison 2025
“LES PÊCHEURS DE PERLES”
Opéra en trois acteslivret d’Eugène Cormon et Michel Carré 
Leïla  ELISA BENOIT
Nadir  PENE PATI
Zurga  FLORIAN SEMPEY
Nourabad  EDWIN CROSSLEY-MERCER
Orchestre  Les Musiciens de Louvre
Chœur de l’Opéra Grand Avignon
Direction musicale  Marc Minkowski
Chef de chœur Alan Woodbridge
Aix-en-Provence, le 19 juillet 2025
En cette soirée du 19 juillet 2025, Les Pêcheurs de perles entrent au répertoire du Festival d’Art Lyrique d’Aix-en-Provence et ce n’est que justice. Georges Bizet, cet immense compositeur français décédé à 36 ans seulement, dont nous commémorons cette année les 150 ans de sa mort, n’a que 25 ans lorsqu’il compose cet opéra créé sur la scène du Théâtre Lyrique en avril 1863. Avec une critique sévère envers le livret et malgré l’accueil chaleureux du public, cet opéra quittera l’affiche après 18 représentations seulement. Cette œuvre ne sera plus donnée du vivant du compositeur. C’est pourtant un des fleurons du chant français avec ses mélodies qui avaient enthousiasmé Hector Berlioz, lui-même, pourtant jamais très tendre dans ses critiques. Pas de mise en scène en cette soirée qui, après celle récente d’un Don Giovanni qui avait écorché Mozart, nous fera dire : tant mieux ! La superbe distribution était un rendez-vous avec la musique pure. Et, de la pureté dans cette œuvre, il y en a beaucoup ; pureté des mélodies, pureté du chant, des instruments solistes… Une distribution presque totalement française, orchestre, chef, chœur et solistes. Pene Pati fait donc figure d’exception, mais il a su, avec une grande intelligence musicale, adopter les inflexions et le style particulier au chant français, adaptant sa technique pour les prises de notes, la ligne de chant et les aigus délicats sur une belle longueur de souffle. Le ténor samoan a su trouver le sens de la mélodie et l’élégance des phrases musicales avec légèreté sans trop appuyer dans les forte. Une prise de rôle marquée par l’interprétation délicate de la romance de Nadir “Je crois encore entendre…Ô nuits enchanteresses…”, dans un phrasé musical et des aigus doux en demi-teinte au son du cor anglais, qui amènera le tendre duo avec Leïla “Ton cœur avait compris le mien…” chanté dans un même legato, après le duo avec Zurga “Au fond du temple saint…” qui mêle les deux voix avec douceur ou plus de vigueur, accompagnées par la harpe ou la flûte. Ce qui séduit d’emblée dans l’interprétation de Pene Pati est sans doute la sincérité de son chant. Autre prise de rôle réussie, celle d’Elisa Benoit dont la Leïla diaphane concourt à la légèreté et la pureté des chants avec des ornementations projetées en toute liberté. La cavatine “Me voilà seule dans la nuit…” qui laisse exprimer ses peurs, accompagnée par la douce sonorité du cor, s’anime à l’évocation des souvenirs dans des aigus clairs et délicats pour finir par un trille lumineux et la souplesse des vocalises. Plus dramatique est le duo avec Zurga ; sa voix prend de l’épaisseur et ses aigus plus de force dans des suppliques qui s’opposent à sa colère et laisse entendre un aigu désespéré. Le baryton français Florian Sempey est ce Zurga sincère dans son amitié mais submergé par la violence de sa jalousie. La voix est ample, grave et projetée, mais elle sait aussi s’assouplir dans son duo avec Nadir, aux souvenirs lointains, dans l’homogénéité des deux voix. Une voix qui s’adapte aux inflexions de la musique de Bizet. “L’orage s’est calmé…”. Au plus fort de ses doutes et de ses remords dans une belle diction cet amoureux blessé essaie de contenir sa rage dans des éclats ou des phrases intériorisées pour un très beau chant au legato musical et à l’aigu ample et timbré. Sa rédemption au final magnifie ce rôle complexe à la voix généreuse. Edwin Crossley-Mercer, la basse franco-britannique a fait preuve d’une grande autorité dans une profondeur de voix tout à fait adaptée au rôle de Nourabad, ce prêtre terrifiant et intransigeant aux interventions sonores. Le Chœur de l’Opéra Grand Avignon, bien préparé par Alan Woodbridge, fait preuve de souplesse dans des contrastes sonores. Chantant piano aux sons de la harpe ou de la flûte avec les voix claires des femmes, ou plus sonore dans de terribles forte avec cette volonté de vengeance, mais toujours avec des attaques précises et une grande homogénéité des voix. Marc Minkowski à la tête des Musiciens du Louvre dirige avec fougue et précision cette partition qui demande une grande souplesse dans les changements de tempi et une grande attention afin de ne jamais couvrir les voix tout en faisant ressortir les instruments solistes qui donnent relief et atmosphères au récit. Un orchestre aux sonorités homogènes dans des nuances marquées. L’on pourrait avoir quelques doutes quant au bien-fondé de l’emploi des instruments d’époque pour cette musique avec des trombones aux sons assombris. Une représentation très appréciée, très applaudie et aux très nombreux rappels tant cette interprétation a enchanté le public. Photo Vincent Baume