Aix-en-Provence, Théâtre de l’Archevêché, saison 2025
“LOUISE”
Roman musical en 4 actes et 5 tableaux, livret du compositeur
Musique Gustave Charpentier
Louise ELSA DREISIG
Julien, le Noctambule ADAM SMITH
La Mère, Première d’atelier SOPHIE KOCH
Le Père, le Chiffonnier NICOLA COURJAL
Un Marchand d’habits, le Pape des fous GREGOIRE MOUR
La Balayeuse ANNICK MASSIS
Irma MARIANNE CROUX
Gerttrude CAROL GARCIA
Camille KAROLINA BERGTSSON
Madeleine MARIE-THERESE KELLER
Marguerite, La Laitière JULIE PASTOURAUD
Elise, La petite Chiffonnière MARION VERGEZ-PASCAL
Suzanne, La Glaneuse de charbon MARION LEBEGUE
Blanche, La plieuse de journaux JENNIFER COURCIER
L’Apprentie, Le Gavroche CELESTE PINEL
Le Bricoleur FREDERIC CATON
Gardiens de la paix FILIPP VARIK, ALEXANDER DE JONG
Chœur et Orchestre de l’Opéra de Lyon
Direction musicale Giacomo Sagripanti
Chef de chœur Benedict Kearns
Mise en scène Christof Loy
Scénographie Etienne Pluss
Costumes Robby Duiveman
Lumière Valerio Tiberi
Aix-en-Provence, le 11 juillet 2025
“L’Ennui naquit un jour de l’uniformité” nous disait déjà au XVIII° siècle Houdar de la Motte. C’est ce qui apparaît à la vue de ce décor unique aux couleurs délavées. L’on
aurait pu attendre mieux de cette “Louise” qui entre dans le répertoire de ce festival. Le choix du metteur en scène Christof Loy est-il judicieux ? Nous ne le pensons pas. La scénographie d’Etienne Pluss nous enferme pendant tout le spectacle dans la salle d’attente d’un hôpital psychiatrique peinte dans des teintes verdâtres passées avec des bancs pour tout mobilier, des portes et de hautes fenêtres que l’on ouvre de temps à autres donnant sur la ville de Paris dont on ne voit rien. C’est fort dommage, car Paris tient ici un grand rôle. Cet enfermement c’est aussi celui de Louise emprisonnée dans cette sorte d’hystérie chère au professeur Charcot célèbre pour ses travaux de neurologie à cette époque. Serions-nous à l’Hôpital de la Salpêtrière ? Le propos du metteur en scène ne se conçoit pas immédiatement car tout se passe dans la tête de Louise. On ne le comprendra qu’à la fin, alors que Julien prend l’apparence du médecin. Tout n’était-il donc qu’un rêve avec ces pulsions sexuelles la poussant vers son père dans un inceste imaginé ? L’on sait, d’après le programme de salle, que pour le metteur en scène tout tourne autour de ce père incestueux. C’est déformer l’œuvre originelle qui ne tendait qu’à démontrer la pression et le pouvoir qu’exerçaient les parents sur leurs filles encore au début du XXe
siècle dans l’univers d’Emile Zola qui meurt d’ailleurs l’année de la création de cet ouvrage. Gustave Charpentier en grand amoureux de Paris voulait décrire l’atmosphères de ses rues, avec les cris des petits métiers, dans l’ambiance d’une bohème si bien décrite par Puccini. Les costumes de Robby Duiveman, si ce n’est la robe très courte et peu seyante que porte Louise alors qu’elle est sacrée Muse de Montmartre par ses nouveaux amis, restent dans des couleurs passées qui nous retiennent dans une ambiance misérabiliste. Puisque tout se passe dans la tête de Louise, nous restons dans ce hall d’hôpital qui devient l’atelier où elle travaillait, cousant une robe de mariée qui devient la sienne, et où se déroule aussi la fête, avec les fanions d’un 14 juillet, à moins que ce ne soit le bal de la
mi-carême organisé par la Salpêtrière, évoquée sans doute grâce à la musique qui vient de la rue. Elsa Dreisig a tout à fait le physique, l’attitude et la voix de cette jeune fille introvertie qui passe d’une sorte d’effacement à une extraversion proche de l’hystérie. Gardant cette expression de petite fille la voix reste presque juvénile jusqu’à son air célèbre “Depuis le jour où je me suis donnée…” chanté avec beaucoup de nuances dans un vibrato délicat au timbre velouté qui laisse place à une joie expressive dans son duo avec Julien interprété par Adam Smith. De la force, de la vigueur dans la voix du ténor britannique. Ainsi que dans le rôle de Pinkerton qu’il nous avait proposé en 2024 dans ce même festival, il paraît extérieur à son personnage manquant de sensibilité. Sa voix est généreuse dans une belle diction projetée au souffle soutenu mais on l’aimerait peut-être plus charmeur. Dans la vision de Cristof Loy le Père, interprété par la basse Nicolas Courjal, est plus que toxique. Il n’est pas juste cet homme simple, cet ouvrier dépeint par le compositeur. Sa tenue, ses gestes sont ceux d’un homme submergé par la passion qu’il éprouve pour sa fille rendant l’atmosphère glauque. Certes, la voix
aux aigus projetés a gardé la puissance de ses graves mais sa propension à pousser les sons sur chaque syllabe enlève à ses phrases le legato de la musique française. “O mon enfant, ma Louise” demanderait une plus grande délicatesse sans ambigüité tant la musique est élégante dans ce passage, ainsi que dans sa berceuse. Dans ce trio toxique, la Mère interprétée par Sophie Koch est parfois autoritaire, allant jusqu’à gifler à sa fille, moqueuse ou simplement passive, proche d’une spectatrice. Sa voix forte de mezzo-soprano laisse entendre des aigus affirmés dans un duo/duel avec Louise, mais paraît aussi tout à fait soumise au Père. Les rôles secondaires pittoresques sont très nombreux et très bien chantés même dans de courtes interventions ; nous les voyons défiler dans la
salle d’attente. S’il est difficile de tous les citer, chaque chanteur interprétant souvent 2 rôles, nous retrouvons avec plaisir la présence scénique d’Annick Massis aux aigus projetés en Balayeuse, Céleste Pinel dans un Gavroche impertinent ou le Pape des fous réaliste de Grégoire Mour… La Mère étant aussi La Première d’atelier alors que Le Père prête sa voix au Chiffonnier. Avec Benedict Kearns à la tête du Chœur de l’Opéra de Lyon et Samuel Coquard pour la Maîtrise, le Chœur est d’une grande précision. A Giacomo Sagripanti, très investi dans la musique française, de faire passer les émotions contenues dans la composition de Gustave Charpentier ; chose malaisée dans une mise en scène qui met en exergue des sentiments différents. Le maestro s’en tient à la partition très colorée, n’y décèle-t-on pas quelques accords wagnériens ? Le chant étant par moments presque déclamé, les interludes à l’orchestration délicate s’écoutent avec plaisir. L’on retrouve la finesse et l’élégance de ce début du XX° siècle dans des tempi allant, ou plus vifs et joyeux pour cette musique incisive et rythmée aux envolées quelquefois lyriques, dans des sonorités homogènes. L’Orchestre à l’écoute joue avec souplesse, laissant entendre toutes les subtilités de la musique française de cette époque dont le chant est déjà plus près de Pelléas et Mélisande que de Manon. Très vif succès aux saluts. Photo Monika Rittershaus
aurait pu attendre mieux de cette “Louise” qui entre dans le répertoire de ce festival. Le choix du metteur en scène Christof Loy est-il judicieux ? Nous ne le pensons pas. La scénographie d’Etienne Pluss nous enferme pendant tout le spectacle dans la salle d’attente d’un hôpital psychiatrique peinte dans des teintes verdâtres passées avec des bancs pour tout mobilier, des portes et de hautes fenêtres que l’on ouvre de temps à autres donnant sur la ville de Paris dont on ne voit rien. C’est fort dommage, car Paris tient ici un grand rôle. Cet enfermement c’est aussi celui de Louise emprisonnée dans cette sorte d’hystérie chère au professeur Charcot célèbre pour ses travaux de neurologie à cette époque. Serions-nous à l’Hôpital de la Salpêtrière ? Le propos du metteur en scène ne se conçoit pas immédiatement car tout se passe dans la tête de Louise. On ne le comprendra qu’à la fin, alors que Julien prend l’apparence du médecin. Tout n’était-il donc qu’un rêve avec ces pulsions sexuelles la poussant vers son père dans un inceste imaginé ? L’on sait, d’après le programme de salle, que pour le metteur en scène tout tourne autour de ce père incestueux. C’est déformer l’œuvre originelle qui ne tendait qu’à démontrer la pression et le pouvoir qu’exerçaient les parents sur leurs filles encore au début du XXe
siècle dans l’univers d’Emile Zola qui meurt d’ailleurs l’année de la création de cet ouvrage. Gustave Charpentier en grand amoureux de Paris voulait décrire l’atmosphères de ses rues, avec les cris des petits métiers, dans l’ambiance d’une bohème si bien décrite par Puccini. Les costumes de Robby Duiveman, si ce n’est la robe très courte et peu seyante que porte Louise alors qu’elle est sacrée Muse de Montmartre par ses nouveaux amis, restent dans des couleurs passées qui nous retiennent dans une ambiance misérabiliste. Puisque tout se passe dans la tête de Louise, nous restons dans ce hall d’hôpital qui devient l’atelier où elle travaillait, cousant une robe de mariée qui devient la sienne, et où se déroule aussi la fête, avec les fanions d’un 14 juillet, à moins que ce ne soit le bal de la
mi-carême organisé par la Salpêtrière, évoquée sans doute grâce à la musique qui vient de la rue. Elsa Dreisig a tout à fait le physique, l’attitude et la voix de cette jeune fille introvertie qui passe d’une sorte d’effacement à une extraversion proche de l’hystérie. Gardant cette expression de petite fille la voix reste presque juvénile jusqu’à son air célèbre “Depuis le jour où je me suis donnée…” chanté avec beaucoup de nuances dans un vibrato délicat au timbre velouté qui laisse place à une joie expressive dans son duo avec Julien interprété par Adam Smith. De la force, de la vigueur dans la voix du ténor britannique. Ainsi que dans le rôle de Pinkerton qu’il nous avait proposé en 2024 dans ce même festival, il paraît extérieur à son personnage manquant de sensibilité. Sa voix est généreuse dans une belle diction projetée au souffle soutenu mais on l’aimerait peut-être plus charmeur. Dans la vision de Cristof Loy le Père, interprété par la basse Nicolas Courjal, est plus que toxique. Il n’est pas juste cet homme simple, cet ouvrier dépeint par le compositeur. Sa tenue, ses gestes sont ceux d’un homme submergé par la passion qu’il éprouve pour sa fille rendant l’atmosphère glauque. Certes, la voix
aux aigus projetés a gardé la puissance de ses graves mais sa propension à pousser les sons sur chaque syllabe enlève à ses phrases le legato de la musique française. “O mon enfant, ma Louise” demanderait une plus grande délicatesse sans ambigüité tant la musique est élégante dans ce passage, ainsi que dans sa berceuse. Dans ce trio toxique, la Mère interprétée par Sophie Koch est parfois autoritaire, allant jusqu’à gifler à sa fille, moqueuse ou simplement passive, proche d’une spectatrice. Sa voix forte de mezzo-soprano laisse entendre des aigus affirmés dans un duo/duel avec Louise, mais paraît aussi tout à fait soumise au Père. Les rôles secondaires pittoresques sont très nombreux et très bien chantés même dans de courtes interventions ; nous les voyons défiler dans la
salle d’attente. S’il est difficile de tous les citer, chaque chanteur interprétant souvent 2 rôles, nous retrouvons avec plaisir la présence scénique d’Annick Massis aux aigus projetés en Balayeuse, Céleste Pinel dans un Gavroche impertinent ou le Pape des fous réaliste de Grégoire Mour… La Mère étant aussi La Première d’atelier alors que Le Père prête sa voix au Chiffonnier. Avec Benedict Kearns à la tête du Chœur de l’Opéra de Lyon et Samuel Coquard pour la Maîtrise, le Chœur est d’une grande précision. A Giacomo Sagripanti, très investi dans la musique française, de faire passer les émotions contenues dans la composition de Gustave Charpentier ; chose malaisée dans une mise en scène qui met en exergue des sentiments différents. Le maestro s’en tient à la partition très colorée, n’y décèle-t-on pas quelques accords wagnériens ? Le chant étant par moments presque déclamé, les interludes à l’orchestration délicate s’écoutent avec plaisir. L’on retrouve la finesse et l’élégance de ce début du XX° siècle dans des tempi allant, ou plus vifs et joyeux pour cette musique incisive et rythmée aux envolées quelquefois lyriques, dans des sonorités homogènes. L’Orchestre à l’écoute joue avec souplesse, laissant entendre toutes les subtilités de la musique française de cette époque dont le chant est déjà plus près de Pelléas et Mélisande que de Manon. Très vif succès aux saluts. Photo Monika Rittershaus