Grand Théâtre, Aix-en-Provence, le 16 juillet 2025
Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks
Direction musicale Sir Simon Rattle
György Ligeti: “Atmosphères”; Richard Wagner: “Lohengrin”, Prélude de l’acte I;
Anton Bruckner: Symphonie n°9 en ré mineur.
Aix-en-Provence, le 16 juillet 2025
Sir Simon Rattle et le BRSO au Festival d’Aix-en-Provence le 16 juillet 2025. Le concert à ne pas manquer ! Simon Rattle dirige des musiques de différentes époques aux styles très différents avec toujours la même intensité, le même feu intérieur et le même respect des compositeurs. Loin des modes actuelles il n’est pas à la recherche du show ; il est au service de la musique et des compositeurs, tout simplement, dans une intégrité musicale qui se ressent dans chaque note et chaque intension. Cette recherche du timbre idéal, nous l’avions déjà appréciée à Munich en février 2025, alors qu’il dirigeait des Cantates de Jean-Sébastien Bach à la tête du BRSO dans sa formation Barockensemble. Avec Atmosphères de György Ligeti, le concert du 16 juillet débutait dans une sorte d’enveloppement sonore. Des sons, des bruissements, des nuances, des bruitages harmoniques où des atmosphères inquiétantes et grinçantes semblant s’atténuer dans des murmures étranges et peu apaisants, s’étirent à l’infini pour enfin se diluer dans l’éther. Le son n’existe plus dans sa réalité mais le chef d’orchestre continue sa battue et le laisse revenir de loin dans un lent pianissimo. Lohengrin apparaît alors au son des violons. C’est génial, et l’on enchaîne sans la coupure des applaudissements. Les sons éthérés se succèdent, les archets sont longs, longs et le vibrato est moins intense. La magie opère laissant l’harmonie reprendre les phrases musicales sans rompre le charme. Peu de gestes ; sans doute est-ce l’intensité du regard qui engage cuivres et cymbales dans cet immense crescendo ample et sans dureté. Le souffle large et les respirations sensibles laissent vibrer les sons dont les dernières notes jouées pianissimo s’étirent dans
le calme et la sérénité du violon solo. Cette musique, certainement la plus belle page du XIX° siècle, Richard Wagner l’écrit en prélude de Lohengrin sous forme d’un poème symphonique laissant en quelques lignes entrevoir la portée mystique de tout son opéra. Dans ce Prélude Simon Ratlle, maîtrisant la puissance des sons et l’intensité des sentiments, laisse arriver et repartir le Chevalier du Graal comme dans un songe pieux, une rêverie. C’est une des plus belles interprétations aussi. Le public attend, hésite avant de manifester son enthousiasme. Avec la monumentale Symphonie N°9 d’Anton Bruckner le maestro prend l’orchestre à bras le corps. Inachevée certes, mais monumentale tout de même. Anton Bruckner le mal aimé ? Vilipendé, moqué en son temps à Vienne, il ne sera vraiment reconnu que 12 ans avant sa mort, après l’immense succès de sa 7ème symphonie. Mi-génie, mi-simplet selon Hans von Bülow, traité de naïf provincial et raillé par Brahms, il sombrera dans la dépression. Cette symphonie, entre lyrisme et austérité est dédiée à Dieu (” dem lieben Gott “). Lui laissera-t-il le temps de la terminer ? Il ne sera pas entendu. Très sobre dans sa direction, solidement campé sur ses jambes, Simon Rattle ne bougera que peu mais donnera tous les départs, toutes les inflexions, les nuances et les sentiments exprimés par le compositeur. Dans la luxuriance de cette orchestration qui demande, entre autres, 8 cors, un tuba contrebasse et des tubens wagnériens, le maestro laisse ressortir chaque pupitre. Le premier mouvement, très long, alterne passages bucoliques ou plus romantiques, tels une succession de tableaux qui augmente en puissance sans excès. Les phrases dramatiques laissent la place à un certain lyrisme dans l’homogénéité des sonorités. Les atmosphères changent sans aucune rupture sous une direction qui maîtrise tempi et nuances dans des attaques nettes et la violence des roulements de timbales. Le Scherzo du deuxième mouvement avec les pizzicati et le staccato léger des violons surprend par ses furioso et les archets battuto des contrebasses. Anton Bruckner semble hésiter entre légèreté des nuances subtiles et phrases romantiques dans des tempi soutenus, pour revenir à plus de violence dans les jettato au talon des violons, telle une machine qui s’emballe. Un mouvement aux contrastes multiples d’où une certaine joie n’est pas absente. Malgré cette fin tonitruante l’Adagio, large, aux accents religieux laisse exploser cuivres et timbales, construisant ainsi une voûte sonore. La lumière, aux accents des tubens, apporte calme et introspection sous les impulsions d’un chef d’orchestre habité par sa musique intérieure. Cet adagio joue les sonorités et les changements de sentiments avec la flûte aux sons célestes et les violons romantiques. Les atmosphères changent, la qualité du son reste. Vers la fin de sa vie Anton Bruckner laisse s’exprimer une palette de sentiments colorés, habités par des contrastes, comme une vision testamentaire qui atteint son apothéose dans un tutti monumental où cuivres et timbales semblent vouloir faire trembler l’auditeur malgré les dernières tenues des cors qui s’éloignent. Le succès est, à l’image de la symphonie, monumental. La classe du chef d’orchestre dans sa direction d’une grande sobriété, sa musicalité jusqu’au bout de sa baguette et la somptuosité sonore de son orchestre ont fait dire à de nombreux spectateur : “Quel bonheur !” Photo© Vincent Beaume
le calme et la sérénité du violon solo. Cette musique, certainement la plus belle page du XIX° siècle, Richard Wagner l’écrit en prélude de Lohengrin sous forme d’un poème symphonique laissant en quelques lignes entrevoir la portée mystique de tout son opéra. Dans ce Prélude Simon Ratlle, maîtrisant la puissance des sons et l’intensité des sentiments, laisse arriver et repartir le Chevalier du Graal comme dans un songe pieux, une rêverie. C’est une des plus belles interprétations aussi. Le public attend, hésite avant de manifester son enthousiasme. Avec la monumentale Symphonie N°9 d’Anton Bruckner le maestro prend l’orchestre à bras le corps. Inachevée certes, mais monumentale tout de même. Anton Bruckner le mal aimé ? Vilipendé, moqué en son temps à Vienne, il ne sera vraiment reconnu que 12 ans avant sa mort, après l’immense succès de sa 7ème symphonie. Mi-génie, mi-simplet selon Hans von Bülow, traité de naïf provincial et raillé par Brahms, il sombrera dans la dépression. Cette symphonie, entre lyrisme et austérité est dédiée à Dieu (” dem lieben Gott “). Lui laissera-t-il le temps de la terminer ? Il ne sera pas entendu. Très sobre dans sa direction, solidement campé sur ses jambes, Simon Rattle ne bougera que peu mais donnera tous les départs, toutes les inflexions, les nuances et les sentiments exprimés par le compositeur. Dans la luxuriance de cette orchestration qui demande, entre autres, 8 cors, un tuba contrebasse et des tubens wagnériens, le maestro laisse ressortir chaque pupitre. Le premier mouvement, très long, alterne passages bucoliques ou plus romantiques, tels une succession de tableaux qui augmente en puissance sans excès. Les phrases dramatiques laissent la place à un certain lyrisme dans l’homogénéité des sonorités. Les atmosphères changent sans aucune rupture sous une direction qui maîtrise tempi et nuances dans des attaques nettes et la violence des roulements de timbales. Le Scherzo du deuxième mouvement avec les pizzicati et le staccato léger des violons surprend par ses furioso et les archets battuto des contrebasses. Anton Bruckner semble hésiter entre légèreté des nuances subtiles et phrases romantiques dans des tempi soutenus, pour revenir à plus de violence dans les jettato au talon des violons, telle une machine qui s’emballe. Un mouvement aux contrastes multiples d’où une certaine joie n’est pas absente. Malgré cette fin tonitruante l’Adagio, large, aux accents religieux laisse exploser cuivres et timbales, construisant ainsi une voûte sonore. La lumière, aux accents des tubens, apporte calme et introspection sous les impulsions d’un chef d’orchestre habité par sa musique intérieure. Cet adagio joue les sonorités et les changements de sentiments avec la flûte aux sons célestes et les violons romantiques. Les atmosphères changent, la qualité du son reste. Vers la fin de sa vie Anton Bruckner laisse s’exprimer une palette de sentiments colorés, habités par des contrastes, comme une vision testamentaire qui atteint son apothéose dans un tutti monumental où cuivres et timbales semblent vouloir faire trembler l’auditeur malgré les dernières tenues des cors qui s’éloignent. Le succès est, à l’image de la symphonie, monumental. La classe du chef d’orchestre dans sa direction d’une grande sobriété, sa musicalité jusqu’au bout de sa baguette et la somptuosité sonore de son orchestre ont fait dire à de nombreux spectateur : “Quel bonheur !” Photo© Vincent Beaume