Festival d’Aix-en-Provence 2025: “The nine jewelled deer”

Aix-en-Provence, Théâtre du Jeu de Paume, saison 2025
“THE NINE JEWELLED DEER”
Opéra de chambre, texte de Ganavya Doraiswamy, d’après le Conte du Grand Cerf Doré
Voix: GANAVYA DORAISWAMY, ARUNA SAIRAM
Violon et Alto Nurit Stark
Violoncelle Sonia Wieder-Atherton
Clarinette Dana Barak 
Saxophone Hayden Chrisholm
Percussion Rajna Swaminathan
Electronique-Ircam Augustin Muller
Direction musicale Sivan Eldar
Mise en scène Peter Sellars
Costumes Camille Assaf
Lumières James F. Ingalis
Artiste plasticienne Julie Mehretu
Création mondiale
Aix-en-Provence, le 13 juillet 2025
En cet après-midi du 13 juillet le Théâtre du Jeu de Paume prenait les couleurs de l’Inde. En effet, la création 2025 pour le Festival d’Art Lyrique d’Aix-en-Provence “The Nine Jewelled Deer” est un conte merveilleux où sanscrit, tamoul et anglais se mélangent en tirant les enseignements des Jatakas indiens (Les vies antérieures du Bouddha). Cet opéra de chambre n’est pas un opéra dans le style où nous l’entendons actuellement mais le fruit d’un long travail de traditions, d’échanges pour un enseignement métaphorique en partant du conte indien “La Biche aux neuf joyaux”. Peter Sellars a imaginé cette œuvre plus dans une mise en espace que dans une mise en scène construite. La scène, ouverte sur les coulisses devient un lieu où évoluent musiciens, chanteuses et narratrices. Des panneaux éclairés jouent cette mise en espace pour des changements d’atmosphères, sans s’éloigner d’une sorte de méditation. Nous sommes dans un intérieur indien, mi-cuisine, mi-salon où grand-mère et petite-fille, dans une musique traditionnelle récit et chant, échangent, faisant même participer le public, dans une ambiance qui porte à l’introspection. Partant du conte “La Biche aux neuf joyaux” nous abordons la compassion mais aussi la cupidité et la trahison de cet homme qui, sauvé par la Biche, la livre au roi qui fera tout pour s’en emparer. N’attendez aucune réponse à ce conte. Cette œuvre n’essaie pas de résoudre les contradictions, nous dit-on, car tout finit par des questions. N’est-ce pas le propre d’un chemin initiatique, la beauté aura-t-elle raison des mauvais penchants ? La Biche tient une grande place dans la vie de Siddhartha Gautama, n’est-ce pas dans le Parc aux biches que Bouddha prononce son premier sermon après avoir atteint l’éveil ? Avec les lumières de James F. Ingalis et les oeuvres peintes de Julie Mehretu l’ambiance aux ombres chinoises éphémères est créée. Les musiciens faisant partie intégrante du récit improvisent ou suivent des partitions accompagnant un chant monocorde ou illustrant l’énumérations des fameux joyaux. Dans ce conte poétique le mridangam, tambour traditionnel indien, côtoie dans de jolis mélanges la musique électronique mais aussi la clarinette, le saxophone, le violoncelle ou le violon et l’alto accompagnant les voix dans des formules lancinantes ou des sortes de litanies donnant même à entendre un duo violon/petite-fille dans la voix de Ganavya Doraiswamy. L’on pense toujours à cette Biche merveilleuse, haletante avec cette musique où tous se déchaînent dans un fortissimo insupportable. Meurt-elle dans ce lent glissando ? La Grand-mères’adressant à sa petite-fille dans la voix d’Aruna Sairam, plaint les femmes et leur condition dans un long monologue sur le souffle, chanté d’une voix grave dans une sorte d’initiation, habillée par Camille Assaf d’un sari couleurs feuilles mortes, finissant dans une union de vibrations sur un chant bouches fermées. L’atmosphère à la fois sereine ou plus pesante nous entraîne dans un autre continent tout en continuant notre voyage intérieur. C’est un superbe travail d’ensemble et de chacun dont le résultat, s’il ne nous a pas changés, nous a fait découvrir un ailleurs…sûrement meilleur.  Le public est conquis et salue les artistes avec ferveur. A méditer ! Photo Ruth Walz