Parc du Château de Florans, La Roque d’Anthéron, le 22 juillet 2025
Orchestre Philharmonique de Marseille
Direction musicale Lawrence Foster
Violon Liya Petrova
Piano Alexandre Kantorov
Ralph Vaughan Williams: “The Lark Ascending” pour violon et orchestre; Johannes Brahms: Concerto pour piano et orchestre N°1; Anton Dvorak: Symphonie N°8
La Roque d’Anthéron, le 22 juillet 2025
De grands moments de musique en cette soirée du 22 juillet au Festival international de Piano de La Roque d’Anthéron avec la venue d‘Alexandre Kantorow en compagnie de la violoniste bulgare Liya Petrovna sous la direction de Lawrence Foster à la tête de l’Orchestre Philharmonique de Marseille. Soirée idyllique, sans un souffle d’air où même les cigales s’étaient tues, subjuguées par les notes envolées du violon Rovelli, un Guarnéri
del Gesù de 1742. Liya Petrova allait magnifier les sons dans The Lark Ascending, pièce écrite par Vaughan Williams. Le compositeur britannique ne sera reconnu que tardivement en Angleterre car, bien que marqué par la musique allemande alors très jouée il tentera de s’en éloigner ce qui, en ce début du XX° siècle, était considéré comme un peu révolutionnaire. Parmi ses nombreuses compositions, The Lark Ascending est une œuvre originale bucolique, basée sur les sons et les chants d’oiseaux aux accents cinématographiques. Sur les longues tenues du quatuor jouées piano, le jeu de la violoniste aux trilles perlés est là pour évoquer le chant de l’alouette. Le cor langoureux ou la petite harmonie plus animée l’accompagnent avec délicatesse sous la direction extatique de Lawrence Foster tombé sous le charme de ce chant à la fois nostalgique et léger qui s’anime dans de belles longueurs d’archet laissant sonner les doubles cordes avec finesse. Cette pièce d’une grande pureté esthétique fait entendre de légers portamenti exécutés avec grâce, dans
une cadence qui n’en manque pas, où l’on perçoit un léger bruissement à envol de l’alouette. Liya Petrovna, avec sa grande maîtrise de la technique et du vibrato, a su charmer mais aussi transporter l’auditoire sur les ailes enchantées d’une alouette. Dans une grande intelligence musicale, le maestro a maintenu les inflexions de l’orchestre laissant toute liberté d’expression à la violoniste dans des envolées sonores ou des trilles évanescents qui terminent l’œuvre. Au calme de Vaughan allait suivre la fougue de Brahms. Alexandre Kantorow, sorte de Pierrot lunaire vêtu de noir s’assied devant son piano sous les applaudissements. Le jeu sobre et habité du jeune pianiste allait subjuguer l’auditoire pendant près de 50 minutes. Cette œuvre, interprétée pour la première fois par le compositeur lui-même en 1859, sera jugée sévèrement par la critique, “musique
incompréhensible – trop de fusion avec l’orchestre-“. Ce concerto est pourtant un monument musical d’une grande intériorité avec cette longue introduction jouée avec force par un orchestre aux sonorités éclatantes. Les longs doigts effilés du pianiste parcourent le clavier avec élégance allant jusqu’à des doubles trilles précis. Après la cadence très musicale et la douceur des échanges avec le cor solo, le puissant final laisse place à une grande extériorisation sonore. Calme le deuxième mouvement, quasi religieux, est un long dialogue avec l’orchestre sous le toucher délicat du pianiste. Dans la recherche d’une même esthétique musicale le maestro laisse sonner la petite harmonie pour de longues phrases répondant à un piano mystérieux. Enchaîné avec énergie par Alexandre Kantorow, le troisième mouvement laisse apprécier la fermeté de ses doigts dans la souplesse de la ligne musicale où la force des cors s’oppose à la fluidité de son jeu. Tout Brahms est contenu dans ce concerto dont les sentiments contrastés s’enchaînent avec
délicatesse jusque dans la cadence plus douloureuse pour une conclusion en trilles portée par un immense crescendo. Superbe interprétation ! Après de nombreux rappels, Alexandre Kantorow revient avec Liya Petrova pour le deuxième mouvement de la sonate de Richard Strauss, langoureux et sentimental, donné en bis. L’on retrouve les qualités de ces deux artistes dans un long dialogue musical sur de belles longueurs d’archet ; une délicatesse qui s’anime dans des jettato au talon alors que le pianiste semble s’amuser. Délicatesse encore pour des propos aimables ou des souvenirs agréables dans une très belle entente musicale. Sous la direction de Lawrence Foster, la Symphonie N°8 d’Anton Dvorak, composée dans un village de Bohème, allait nous
procurer d’autres émotions musicales plus extériorisées dans des élans parfois folkloriques ou sentimentaux. Comme souvent dans la musique de Dvorak, cette symphonie reflète la joie, l’exaltation de la nature mais aussi la puissance de la vie dans des explosions de cuivres toujours sous contrôle malgré d’immenses crescendi. Le maestro a su exploiter les couleurs ainsi que les qualités de l’orchestre et de ses solistes. Dès les premières phrases le compositeur nous entraîne, dans un tempo allant, vers ces contrées slaves où le tutti sonore aux sonorités larges laisse la flûte s’exprimer avec clarté. Quatuor, petite harmonie ou cuivres retranscrivent les couleurs de ces paysages changeants sous la baguette d’un maestro inspiré, joyeux et précis. Folklore encore mais calme aux sons plus nostalgiques des clarinettes pour ce deuxième mouvement. Des
ambiances contrastées mais une réelle continuité musicale sous les doubles cordes du violon solo. La battue s’élargie sous l’impulsion des trompettes et laisse place à quelques accents dramatique, puis revient à la mélodie qui n’est jamais bien loin. Sans baguette mais avec élégance, l’Allegretto grazioso est dirigé par un maestro qui se prend à valser avec légèreté dans des sonorités équilibrées ou le relief des spiccati… L’appel des trompettes introduit avec panache l’Allegro final dans un tempo qui s’anime aux sons des flats sonores des cors pour cette marche joyeuse et triomphale aux atmosphères changeantes. Beauté, délicatesse d’un compositeur dont la nostalgie, même, est teintée d’optimisme. Lawrence Foster a su donner à cette symphonie le relief, les inflexions mais aussi la ligne musicale qui traverse les mouvements et qui culmine dans ce formidable crescendo des dernières mesures. Un immense bravo à cet orchestre aux couleurs contrastées et à son chef dont la jeunesse émotionnelle entraîne chaque musicien.
del Gesù de 1742. Liya Petrova allait magnifier les sons dans The Lark Ascending, pièce écrite par Vaughan Williams. Le compositeur britannique ne sera reconnu que tardivement en Angleterre car, bien que marqué par la musique allemande alors très jouée il tentera de s’en éloigner ce qui, en ce début du XX° siècle, était considéré comme un peu révolutionnaire. Parmi ses nombreuses compositions, The Lark Ascending est une œuvre originale bucolique, basée sur les sons et les chants d’oiseaux aux accents cinématographiques. Sur les longues tenues du quatuor jouées piano, le jeu de la violoniste aux trilles perlés est là pour évoquer le chant de l’alouette. Le cor langoureux ou la petite harmonie plus animée l’accompagnent avec délicatesse sous la direction extatique de Lawrence Foster tombé sous le charme de ce chant à la fois nostalgique et léger qui s’anime dans de belles longueurs d’archet laissant sonner les doubles cordes avec finesse. Cette pièce d’une grande pureté esthétique fait entendre de légers portamenti exécutés avec grâce, dans
une cadence qui n’en manque pas, où l’on perçoit un léger bruissement à envol de l’alouette. Liya Petrovna, avec sa grande maîtrise de la technique et du vibrato, a su charmer mais aussi transporter l’auditoire sur les ailes enchantées d’une alouette. Dans une grande intelligence musicale, le maestro a maintenu les inflexions de l’orchestre laissant toute liberté d’expression à la violoniste dans des envolées sonores ou des trilles évanescents qui terminent l’œuvre. Au calme de Vaughan allait suivre la fougue de Brahms. Alexandre Kantorow, sorte de Pierrot lunaire vêtu de noir s’assied devant son piano sous les applaudissements. Le jeu sobre et habité du jeune pianiste allait subjuguer l’auditoire pendant près de 50 minutes. Cette œuvre, interprétée pour la première fois par le compositeur lui-même en 1859, sera jugée sévèrement par la critique, “musique
incompréhensible – trop de fusion avec l’orchestre-“. Ce concerto est pourtant un monument musical d’une grande intériorité avec cette longue introduction jouée avec force par un orchestre aux sonorités éclatantes. Les longs doigts effilés du pianiste parcourent le clavier avec élégance allant jusqu’à des doubles trilles précis. Après la cadence très musicale et la douceur des échanges avec le cor solo, le puissant final laisse place à une grande extériorisation sonore. Calme le deuxième mouvement, quasi religieux, est un long dialogue avec l’orchestre sous le toucher délicat du pianiste. Dans la recherche d’une même esthétique musicale le maestro laisse sonner la petite harmonie pour de longues phrases répondant à un piano mystérieux. Enchaîné avec énergie par Alexandre Kantorow, le troisième mouvement laisse apprécier la fermeté de ses doigts dans la souplesse de la ligne musicale où la force des cors s’oppose à la fluidité de son jeu. Tout Brahms est contenu dans ce concerto dont les sentiments contrastés s’enchaînent avec
délicatesse jusque dans la cadence plus douloureuse pour une conclusion en trilles portée par un immense crescendo. Superbe interprétation ! Après de nombreux rappels, Alexandre Kantorow revient avec Liya Petrova pour le deuxième mouvement de la sonate de Richard Strauss, langoureux et sentimental, donné en bis. L’on retrouve les qualités de ces deux artistes dans un long dialogue musical sur de belles longueurs d’archet ; une délicatesse qui s’anime dans des jettato au talon alors que le pianiste semble s’amuser. Délicatesse encore pour des propos aimables ou des souvenirs agréables dans une très belle entente musicale. Sous la direction de Lawrence Foster, la Symphonie N°8 d’Anton Dvorak, composée dans un village de Bohème, allait nous
procurer d’autres émotions musicales plus extériorisées dans des élans parfois folkloriques ou sentimentaux. Comme souvent dans la musique de Dvorak, cette symphonie reflète la joie, l’exaltation de la nature mais aussi la puissance de la vie dans des explosions de cuivres toujours sous contrôle malgré d’immenses crescendi. Le maestro a su exploiter les couleurs ainsi que les qualités de l’orchestre et de ses solistes. Dès les premières phrases le compositeur nous entraîne, dans un tempo allant, vers ces contrées slaves où le tutti sonore aux sonorités larges laisse la flûte s’exprimer avec clarté. Quatuor, petite harmonie ou cuivres retranscrivent les couleurs de ces paysages changeants sous la baguette d’un maestro inspiré, joyeux et précis. Folklore encore mais calme aux sons plus nostalgiques des clarinettes pour ce deuxième mouvement. Des
ambiances contrastées mais une réelle continuité musicale sous les doubles cordes du violon solo. La battue s’élargie sous l’impulsion des trompettes et laisse place à quelques accents dramatique, puis revient à la mélodie qui n’est jamais bien loin. Sans baguette mais avec élégance, l’Allegretto grazioso est dirigé par un maestro qui se prend à valser avec légèreté dans des sonorités équilibrées ou le relief des spiccati… L’appel des trompettes introduit avec panache l’Allegro final dans un tempo qui s’anime aux sons des flats sonores des cors pour cette marche joyeuse et triomphale aux atmosphères changeantes. Beauté, délicatesse d’un compositeur dont la nostalgie, même, est teintée d’optimisme. Lawrence Foster a su donner à cette symphonie le relief, les inflexions mais aussi la ligne musicale qui traverse les mouvements et qui culmine dans ce formidable crescendo des dernières mesures. Un immense bravo à cet orchestre aux couleurs contrastées et à son chef dont la jeunesse émotionnelle entraîne chaque musicien.