Orange, Théâtre Antique, saison 2025
“LA FORZA DEL DESTINO”
Opéra en 4 actes, livret de Francesco Maria Piave
Version concert
Musique Giuseppe Verdi
Il Marchese di Calatrava / Padre Guardiano MICHELE PERTUSI
Donna Leonora di Vargas ANNA PIROZZI
Don Carlo di Vargas ARIUN GANBAATAR
Don Alvaro RUSSELL THOMAS
Preziosilla MARIA BARAKOVA
Fra Melitone AMBROGIO MAESTRI
Curra JULIE PASTOURAUD
Un alcade / un chirurgo LOUIS MORVAN
Mastro Trabuco RODOLPHE BRIAND
Orchestre et Chœur de l’Opéra de Lyon
Direction musicale Daniele Rustioni
Chef des Choeurs Benedict Keanrs
Lumières Vincent Cussey
Lumières Vincent Cussey
Orange, le 20 juillet 2025
Une autre soirée dédiée au compositeur Giuseppe Verdi aux Chorégies d’Orange. Après “Il Trovatore” au succès éclatant, “La Forza del destino” et sa très belle distribution promettait, elle aussi, de grands moments musicaux. Le ciel allait-il être clément ou le Destin allait-il frapper ? Pas de mise en scène encore mais une mise en espaces agrémentée de quelques vidéos dans les lumières conçues par Vincent Cussey. Cet ouvrage, faisant suite à une commande du tsar Alexandre II début 1861, connut aussitôt quelques problèmes obligeant le compositeur à reporter d’un an répétitions et
représentations. Finalement, “La Forza del destino” sera créé à Saint-Pétersbourg le 10 novembre 1862 et avec de nombreuses modifications encore pour la 1ère milanaise donnée au Teatro alla Scala le 27 février 1869; ce sera la version définitive. Le livret, modifié lui aussi, n’est pas simple et l’histoire est assez alambiquée mais les nombreux airs et l’ouverture, reconnaissable entre toutes, sont des promesses d’immenses moments musicaux. Dès l’ouverture, Daniel Rustioni semblait vouloir défier le destin avec ces 3 accords à faire trembler l’empereur Auguste sur son socle. De belles nuances, des contrastes saisissants et une grande détermination sonore, nous immergent dans le drame qui va immanquablement suivre. La Leonora d’Anna PIrozzi, dans une belle présence, séduit dès les premières notes projetées dans un timbre velouté. Sa voix, montant au plus haut des gradins, offre des aigus vibrants et pleins jusque dans les pianissimi. Le long monologue de l’acte II nous laisse entendre sa prière “Son giunta !…Madre pietosa
Vergine” qui monte en intensité dans une voix dramatique sur les notes du thème de l’ouverture qui revient en réminiscence. Toujours dans l’acte II “La Vergine degli angeli” s’élève dans une voix céleste accompagnée par la harpe et le chœur d’une pureté toute religieuse. Dès l’acte I, dans son duo avec Alvaro, la soprano italienne laisse passer ses émotions avec fébrilité et des aigus sûrs et sonores. Une voix ductile, dramatique et émouvante avec un souffle qui s’étire jusque dans des aigus lumineux lors de son échange avec le Padre Guardiano. Une superbe interprétation où se conjuguent aisance vocale et scénique.
Impétueuse, énergique et très musicale la voix de Maria Barakova dans le rôle de Preziosilla. Une révélation qui séduit aussi par le timbre chaleureux de la voix projetée qui emplit cet immense théâtre avec aisance, sans forcer et dans un jeu scénique très vivant. Remplaçant Brian Jagde initialement programmé, il revient à Russel Thomas de défendre le rôle de Don Alvaro, personnage aux sentiments contrastés face à son destin qui demande de ce fait une grande souplesse de voix. C’est en puissance que le ténor américain aborde ce rôle. Le duo de l’acte I avec Leonora est impétueux avec toutefois tristesse et douceur dans des aigus solides et “La vita è inferno…” à l’acte III, entonné piano, accompagné par la clarinette, prend plus d’intensité au son du basson; l’on remarque le legato musical “Oh tu che mi seno agli angeli”. Si la voix manque un peu
de charme par moments, Russel Thomas fait une belle prestation sans le support de la mise en scène sur cet immense plateau avec un très beau duo chanté dans une même esthétique musicale avec Don Carlo. Plus à l’aise scéniquement est Ariun Ganbaatar proposant un Don Carlo à la voix sonore au timbre coloré et homogène dans chaque tessiture. Ligne de chant parfaite et diction projetée dans son monologue “Morir ! tremenda cosa !” où doutes, culpabilité et colère vengeresse animent ses sentiments contrastés. Avec une voix aux aigus puissants et une diction projetée, le baryton mongol fait une grande impression aussi dans le duo avec Alvaro où il ne ménage ni sa force, ni sa rage dans une belle aisance scénique. Michele Pertusi est un Marchese di
Calatrava très présent, mais c’est dans le rôle du Padre Guardiano que l’on apprécie le plus sa voix, profonde et bien placée, aux inflexions musicales dont la noblesse du timbre nous laisse apprécier un émouvant échange avec Leonora. Ambrogio Maestri est un Fra Melitone haut en couleur dont la présence scénique est remarquée. Julie Pasturaud est un Curra dynamique à la voix claire et projetée que l’on remarque également. Louis Morvan est à la fois Un alcade et un chirurgien qui impose sa voix sonore dans un style impeccable. Rodolphe Briand, toujours très en place dans les rôles qu’il interprète, est un Trabuco énergique et pétulant à la voix projetée. Le Chœur de l’Opéra de Lyon, très sollicité dans cet ouvrage, très bien préparé par Benedict Kearns, est très en place dans les attaques et fait entendre de belles couleurs de voix dans la puissance aussi bien que dans les évocations religieuses. Dans sa direction vive et énergique, sans jamais
couvrir les voix, Daniele Rustioni laisse ressortir les instruments solistes, belles phrases à la clarinette, au violoncelle ou à la flûte… ou les pupitres de cuivres et de timbales jamais trop puissants. Un orchestre à son meilleur que l’on a plaisir à écouter. Hélas, le Destin se manifestera sous forme d’orage à la fin de l’acte III, nous privant du Rataplan mais aussi du très beau “Pace, Pace, pace mio Dio!” de Leonora. Peut-être la mise en espace était-elle moins réussie que celle de “Il Trovatore” avec des vidéos moins élégantes. Toujours est-il que même sans la fin, cette représentation a été très appréciée par un public qui, malgré la pluie, hésitait à partir. Le destin, le destin toujours ! Photo Gromelle
représentations. Finalement, “La Forza del destino” sera créé à Saint-Pétersbourg le 10 novembre 1862 et avec de nombreuses modifications encore pour la 1ère milanaise donnée au Teatro alla Scala le 27 février 1869; ce sera la version définitive. Le livret, modifié lui aussi, n’est pas simple et l’histoire est assez alambiquée mais les nombreux airs et l’ouverture, reconnaissable entre toutes, sont des promesses d’immenses moments musicaux. Dès l’ouverture, Daniel Rustioni semblait vouloir défier le destin avec ces 3 accords à faire trembler l’empereur Auguste sur son socle. De belles nuances, des contrastes saisissants et une grande détermination sonore, nous immergent dans le drame qui va immanquablement suivre. La Leonora d’Anna PIrozzi, dans une belle présence, séduit dès les premières notes projetées dans un timbre velouté. Sa voix, montant au plus haut des gradins, offre des aigus vibrants et pleins jusque dans les pianissimi. Le long monologue de l’acte II nous laisse entendre sa prière “Son giunta !…Madre pietosa
Vergine” qui monte en intensité dans une voix dramatique sur les notes du thème de l’ouverture qui revient en réminiscence. Toujours dans l’acte II “La Vergine degli angeli” s’élève dans une voix céleste accompagnée par la harpe et le chœur d’une pureté toute religieuse. Dès l’acte I, dans son duo avec Alvaro, la soprano italienne laisse passer ses émotions avec fébrilité et des aigus sûrs et sonores. Une voix ductile, dramatique et émouvante avec un souffle qui s’étire jusque dans des aigus lumineux lors de son échange avec le Padre Guardiano. Une superbe interprétation où se conjuguent aisance vocale et scénique.
Impétueuse, énergique et très musicale la voix de Maria Barakova dans le rôle de Preziosilla. Une révélation qui séduit aussi par le timbre chaleureux de la voix projetée qui emplit cet immense théâtre avec aisance, sans forcer et dans un jeu scénique très vivant. Remplaçant Brian Jagde initialement programmé, il revient à Russel Thomas de défendre le rôle de Don Alvaro, personnage aux sentiments contrastés face à son destin qui demande de ce fait une grande souplesse de voix. C’est en puissance que le ténor américain aborde ce rôle. Le duo de l’acte I avec Leonora est impétueux avec toutefois tristesse et douceur dans des aigus solides et “La vita è inferno…” à l’acte III, entonné piano, accompagné par la clarinette, prend plus d’intensité au son du basson; l’on remarque le legato musical “Oh tu che mi seno agli angeli”. Si la voix manque un peu
de charme par moments, Russel Thomas fait une belle prestation sans le support de la mise en scène sur cet immense plateau avec un très beau duo chanté dans une même esthétique musicale avec Don Carlo. Plus à l’aise scéniquement est Ariun Ganbaatar proposant un Don Carlo à la voix sonore au timbre coloré et homogène dans chaque tessiture. Ligne de chant parfaite et diction projetée dans son monologue “Morir ! tremenda cosa !” où doutes, culpabilité et colère vengeresse animent ses sentiments contrastés. Avec une voix aux aigus puissants et une diction projetée, le baryton mongol fait une grande impression aussi dans le duo avec Alvaro où il ne ménage ni sa force, ni sa rage dans une belle aisance scénique. Michele Pertusi est un Marchese di
Calatrava très présent, mais c’est dans le rôle du Padre Guardiano que l’on apprécie le plus sa voix, profonde et bien placée, aux inflexions musicales dont la noblesse du timbre nous laisse apprécier un émouvant échange avec Leonora. Ambrogio Maestri est un Fra Melitone haut en couleur dont la présence scénique est remarquée. Julie Pasturaud est un Curra dynamique à la voix claire et projetée que l’on remarque également. Louis Morvan est à la fois Un alcade et un chirurgien qui impose sa voix sonore dans un style impeccable. Rodolphe Briand, toujours très en place dans les rôles qu’il interprète, est un Trabuco énergique et pétulant à la voix projetée. Le Chœur de l’Opéra de Lyon, très sollicité dans cet ouvrage, très bien préparé par Benedict Kearns, est très en place dans les attaques et fait entendre de belles couleurs de voix dans la puissance aussi bien que dans les évocations religieuses. Dans sa direction vive et énergique, sans jamais
couvrir les voix, Daniele Rustioni laisse ressortir les instruments solistes, belles phrases à la clarinette, au violoncelle ou à la flûte… ou les pupitres de cuivres et de timbales jamais trop puissants. Un orchestre à son meilleur que l’on a plaisir à écouter. Hélas, le Destin se manifestera sous forme d’orage à la fin de l’acte III, nous privant du Rataplan mais aussi du très beau “Pace, Pace, pace mio Dio!” de Leonora. Peut-être la mise en espace était-elle moins réussie que celle de “Il Trovatore” avec des vidéos moins élégantes. Toujours est-il que même sans la fin, cette représentation a été très appréciée par un public qui, malgré la pluie, hésitait à partir. Le destin, le destin toujours ! Photo Gromelle