Marseille, Opéra municipal saison 2025/2026
“FALSTAFF”
Opéra en 3 actes, livret de Arrigo Boito d’après Shakespeare, Les Joyeuses Commères de Windsor
Musique Giuseppe Verdi
Alice SALOME JICIA
Nanetta HELENE CARPENTIER
Mrs Page HELOÏSE MAS
Mrs Quickly TERESA IERVOLINO
Sir John Falstaff GIULIO MASTROTOTARO
Fenton ALBERTO ROBERT
Ford FLORIAN SEMPEY
Docteur Caïus RAPHAËL BREMARD
Bardolfo CARL GHAZAROSSIAN
Pistola FREDERIC CATON
Orchestre et Chœur de l’Opéra de Marseille
Direction musicale Michele Spotti
Chef de Chœur Florent Mayet
Mise en scène Denis Podalydès
Scénographie Eric Ruf
Costumes Christian Lacroix
Lumières Pierre Loof
Marseille, le 15 novembre 2025
Pour l’ouverture de la saison 2025/2026, l’Opéra de Marseille avait programmé Falstaff dans la production de l’Opéra de Lille. A 80 ans, Giuseppe Verdi signe son ultime opéra et veut que son œuvre testamentaire se termine sur un grand éclat de rire. Falstaff sera donc une farce. Comme souvent maintenant, avec les revisites des metteurs en scène, c’est à la musique, au talent des chanteurs, à la qualité de l’orchestre
et de son chef que nous devrons l’immense succès de ce spectacle. Denis Podalydès situe ce chef d’oeuvre de finesse et d’humour teinté de profondeur dans un hôpital ou un sanatorium et là aussi nous disons “Encore” ! Les hôpitaux sont à la mode et pauvre est la vision des metteurs en scène qui enferment les spectateurs dans des hôpitaux ! Ceci dit, il faut reconnaître que le jeu des acteurs est parfaitement réglé épousant les rythmes, les intentions qui donnent vie au spectacle. Point d’auberge ici, nos trois compères, grands buveurs, assouvissent leur travers avec des poches de perfusion remplies de vin. Si Falstaff est cet homme vaniteux jusqu’à la naïveté dont le tour de taille annonce ses excès, il est voulu ici franchement ridicule se grattant la fesse rebondie ou découvrant
ses formes généreuses de celluloïd, son sexe pendant tristement. Nous sommes donc dans cet espace clos où les intriguent se nouent. Quelques tables et des lits où l’on discute, se fait soigner, Falstaff les voit même évoluer en songe après une injection, où on l’opère aussi, sortant des livres de son ventre important. Falstaff est un érudit ! Nous devons la scénographie à Eric Ruf. Tout est gris, les murs, les hautes fenêtres, la buanderie où sèchent des draps, Alice y reçoit son amoureux Falstaff juchée sur une table. La forêt du dernier acte sera donc une salle de chirurgie ; tous s’y retrouvent pour une scène enjouée alors que Falstaff qui a perdu ses kilos nous dit que tout dans le monde est farce, jouant avec un ballon lumineux. Représentation de la
mappemonde de Charlie Chaplin dans son film “Le Dictateur” ? On attendait mieux d’un Christian Lacroix pour les costumes. Des blouses d’infirmières, des pyjamas rayés pour les patients, des robes années 1950 assez seyantes pour nos commères. Seul le smoking d’un Falstaff séducteur est amusant. Les éclairages de Pierre Loof n’ont rien de remarquable si ce n’est le jeu de lumières qui anime nos commères en ombres chinoises alors qu’elles découvrent la duplicité de Falstaff. L’on pourrait imaginer que tout fonctionne mais tout repose sur le talent des acteurs. Encore une fois Maurice Xiberras, directeur général de l’Opéra de Marseille, a su réunir une distribution qui emporte l’adhésion. Dans une prise de rôle Giulio Mastrototaro crée
un Falstaff touchant. Avec souplesse et élégance il sait estomper les effets ridicules voulus par la mise en scène. Sa voix solide de baryton aux aigus tenus et timbrés, aussi large que son tour de taille, sait être aussi légère dans les changements de registres que ses quelques pas de danse esquissés. Drôle, précis dans ses rythmes mais musical dans ses phrasés, le baryton italien a su nous réjouir par son jeu et la couleur de sa voix à l’émission facile. Autre personnage interprété avec justesse dans une prise de rôle, le Ford de Florian Sempey; il déploie ici une plus large palette de jeu. La colère lui va bien et l’accablement le rend touchant dans son monologue aux humeurs changeantes mais à la diction projetée. Dans la puissance de son baryton coloré Florian Sempey nous
livre un Ford aux multiples facettes dont le jeu rythmé laisse la voix s’exprimer avec aisance et musicalité. Le Docteur Caïus de Raphaël Brémard est énergique dans sa voix de ténor projetée dès son entrée tenant les rythmes, seul ou dans un quatuor équilibré. Les voix de Carl Ghazarossian (Bardolfo) et Frédéric Caton (Pistola) s’unissent pour une interprétation juste en soutenant la cadence imposée. Remarquable le Fenton d’Alberto Robert dont le chant sonne rond et mélodieux dans un ténor lumineux accompagné par le cor anglais. Touchant, volubile et romantique dans son air il est sensible dans le duo avec la Nanette d’Hélène Carpentier dont la fraîcheur du timbre ressort dans un phrasé délicat. Charme et musicalité pour une très jolie Reine des fées. Quand les femmes se vengent cela donne une Alice à la voix harmonieuse dans le soprano affirmé
d’une Salome Jicia brillante au jeu affirmé, ne cédant rien à la musicalité jusque dans ses aigus colorés. Autre femme énergique et manipulatrice, Mrs Quickly avec la voix forte de mezzo de Teresa Iervolino aux graves de contralto dans un jeu approprié et malicieux. Joli timbre de mezzo aussi pour la Mrs Page d’Héloïse Mas qui fait montre d’une réelle présence dans un style affirmé. Peu sollicité dans cet ouvrage, le Chœur fait montre d’une belle souplesse dans les phrases de coulisse quasi religieuses, mais d’une grande précision dans des rythmes piqués et véloces pour une fugue finale endiablée. C’est à Michele Spotti que revient la tâche de tout coordonner, ce qu’il fait avec maestria, relevant le défi de soutenir l’attention de bout en bout dans un feu d’artifice de rythmes et d’humour musical ; les nuances, les intentions, les couleurs de l’orchestre sans couvrir les voix, le spiccato des bois, la vélocité des cordes, l’appui des basses dans des tempi enlevés. Un grand bravo ! Une mention particulière au cor solo de coulisse dont la sonorité veloutée a fait résonner la forêt…imaginaire. Photo © Christian Dresse
et de son chef que nous devrons l’immense succès de ce spectacle. Denis Podalydès situe ce chef d’oeuvre de finesse et d’humour teinté de profondeur dans un hôpital ou un sanatorium et là aussi nous disons “Encore” ! Les hôpitaux sont à la mode et pauvre est la vision des metteurs en scène qui enferment les spectateurs dans des hôpitaux ! Ceci dit, il faut reconnaître que le jeu des acteurs est parfaitement réglé épousant les rythmes, les intentions qui donnent vie au spectacle. Point d’auberge ici, nos trois compères, grands buveurs, assouvissent leur travers avec des poches de perfusion remplies de vin. Si Falstaff est cet homme vaniteux jusqu’à la naïveté dont le tour de taille annonce ses excès, il est voulu ici franchement ridicule se grattant la fesse rebondie ou découvrant
ses formes généreuses de celluloïd, son sexe pendant tristement. Nous sommes donc dans cet espace clos où les intriguent se nouent. Quelques tables et des lits où l’on discute, se fait soigner, Falstaff les voit même évoluer en songe après une injection, où on l’opère aussi, sortant des livres de son ventre important. Falstaff est un érudit ! Nous devons la scénographie à Eric Ruf. Tout est gris, les murs, les hautes fenêtres, la buanderie où sèchent des draps, Alice y reçoit son amoureux Falstaff juchée sur une table. La forêt du dernier acte sera donc une salle de chirurgie ; tous s’y retrouvent pour une scène enjouée alors que Falstaff qui a perdu ses kilos nous dit que tout dans le monde est farce, jouant avec un ballon lumineux. Représentation de la
mappemonde de Charlie Chaplin dans son film “Le Dictateur” ? On attendait mieux d’un Christian Lacroix pour les costumes. Des blouses d’infirmières, des pyjamas rayés pour les patients, des robes années 1950 assez seyantes pour nos commères. Seul le smoking d’un Falstaff séducteur est amusant. Les éclairages de Pierre Loof n’ont rien de remarquable si ce n’est le jeu de lumières qui anime nos commères en ombres chinoises alors qu’elles découvrent la duplicité de Falstaff. L’on pourrait imaginer que tout fonctionne mais tout repose sur le talent des acteurs. Encore une fois Maurice Xiberras, directeur général de l’Opéra de Marseille, a su réunir une distribution qui emporte l’adhésion. Dans une prise de rôle Giulio Mastrototaro crée
un Falstaff touchant. Avec souplesse et élégance il sait estomper les effets ridicules voulus par la mise en scène. Sa voix solide de baryton aux aigus tenus et timbrés, aussi large que son tour de taille, sait être aussi légère dans les changements de registres que ses quelques pas de danse esquissés. Drôle, précis dans ses rythmes mais musical dans ses phrasés, le baryton italien a su nous réjouir par son jeu et la couleur de sa voix à l’émission facile. Autre personnage interprété avec justesse dans une prise de rôle, le Ford de Florian Sempey; il déploie ici une plus large palette de jeu. La colère lui va bien et l’accablement le rend touchant dans son monologue aux humeurs changeantes mais à la diction projetée. Dans la puissance de son baryton coloré Florian Sempey nous
livre un Ford aux multiples facettes dont le jeu rythmé laisse la voix s’exprimer avec aisance et musicalité. Le Docteur Caïus de Raphaël Brémard est énergique dans sa voix de ténor projetée dès son entrée tenant les rythmes, seul ou dans un quatuor équilibré. Les voix de Carl Ghazarossian (Bardolfo) et Frédéric Caton (Pistola) s’unissent pour une interprétation juste en soutenant la cadence imposée. Remarquable le Fenton d’Alberto Robert dont le chant sonne rond et mélodieux dans un ténor lumineux accompagné par le cor anglais. Touchant, volubile et romantique dans son air il est sensible dans le duo avec la Nanette d’Hélène Carpentier dont la fraîcheur du timbre ressort dans un phrasé délicat. Charme et musicalité pour une très jolie Reine des fées. Quand les femmes se vengent cela donne une Alice à la voix harmonieuse dans le soprano affirmé
d’une Salome Jicia brillante au jeu affirmé, ne cédant rien à la musicalité jusque dans ses aigus colorés. Autre femme énergique et manipulatrice, Mrs Quickly avec la voix forte de mezzo de Teresa Iervolino aux graves de contralto dans un jeu approprié et malicieux. Joli timbre de mezzo aussi pour la Mrs Page d’Héloïse Mas qui fait montre d’une réelle présence dans un style affirmé. Peu sollicité dans cet ouvrage, le Chœur fait montre d’une belle souplesse dans les phrases de coulisse quasi religieuses, mais d’une grande précision dans des rythmes piqués et véloces pour une fugue finale endiablée. C’est à Michele Spotti que revient la tâche de tout coordonner, ce qu’il fait avec maestria, relevant le défi de soutenir l’attention de bout en bout dans un feu d’artifice de rythmes et d’humour musical ; les nuances, les intentions, les couleurs de l’orchestre sans couvrir les voix, le spiccato des bois, la vélocité des cordes, l’appui des basses dans des tempi enlevés. Un grand bravo ! Une mention particulière au cor solo de coulisse dont la sonorité veloutée a fait résonner la forêt…imaginaire. Photo © Christian Dresse