Marseille Concerts 2025/26: “Leleu Brothers”

Palais du Pharo, Marseille, saison 2025/2026
Trompette Romain Leleu
Tuba Thomas Leleu
J.S. Bach: Invention n°1; Halvorsen: Passacaglia ; J.S. Bach: Aria de la suite n°3
Escaich: Hommage à Piazzolla; Piazzolla: Bordel 1900 – L’Histoire du Tango;
Moshberger:  Tears for Pachelbel; Botchinsky:  Interlude n°4; Bonfa Manha: de Carnaval; Piazzolla: Tango-Etude. Libertango; Thomas Leleu:  Mouvement libre
Marseille, le 6 décembre 2025
En cette fin d’après-midi du 6 décembre et dans les salons du Palais du Pharo, Marseille Concerts nous conviait à un moment musical très original. Deux instruments qui ont peu l’habitude de jouer ensemble en solistes et sans accompagnement : “Leleu Brothers Virtuosis“. Deux frères, deux lauréats “Victoires de la Musique Classique” chacun pour son instrument, allaient nous faire vibrer aux sons puissants ou veloutés de la trompette et du tuba. Si l’on a l’habitude, depuis des décennies déjà, d’entendre un trompettiste jouer en soliste, on se souvient de Maurice André, écouter un tubiste virtuose est très inhabituel, ce sera même pour certains une grande découverte. Romain Leleu considéré comme l’un des plus brillants trompettistes de sa génération se définit lui-même comme un passeur d’émotions. Sa formation classique et sa solide technique lui permettent d’aller vers des voies différentes plus originales, poussant des portes, mélangeant styles et instruments. Tout en laissant vagabonder son imagination il bouscule les frontières et se laisse aller à la fantaisie. Soliste international, Romain Leleu passe du baroque aux créations nouvelles avec des compositeurs contemporains tels Philippe Hersant, Jean Robin, Régis Campo… Il fonde l’ensemble Convergences devenu Leleu Sextet pour trompette et quintette à cordes, puis le duo Leleu Brothers avec son frère Thomas qui, par son originalité et sa virtuosité, a mis le tuba en vedette. Formation classique, tuba solo de l’Orchesttre Philharmonique de Marseille, Thomas Leleu promène son tuba dans des directions diverses mais toujours avec la fougue et le talent qu’on lui connaît. Surnommé le Paganini du tuba, le jeune tubiste va vers le jazz, la pop et les créations telles Fables of Tuba de Richard Galliano. Très fantaisiste il esquisse quelques pas de danse dans son show coloré Tuba’s Trip où malice rime avec professionnalisme. La musique sous toutes ses formes l’intéresse, ainsi son nouveau projet Back to Bach avec un trio jazz (piano, basse, batterie), mais businessman aussi avec sa société de production. Le programme de ce concert traverse trois siècles de musique dans des arrangements qui gardent l’esprit de la composition tout en faisant ressortir les couleurs et le timbres de ces deux instruments dans un même souffle. Dans Intervention n°1 de Jean-Sébastien Bach les instruments, dans un tempo allant, exposent, se répondent avec des sonorités qui s’accordent sur un contrepoint posé et sensible. La Passacaglia d’après Haendel de Halvorsen, fait converser les instruments, chacun reprenant le thème avec virtuosité pour des variations, ornements et bariolages qui laissent le chant s’exprimer dans des phrases langoureuses ou plus imagées avec une technique qui autorise la légèreté. C’est au son plus suave du bugle et dans un vibrato sensible, que Romain Leleu nous entraîne dans une Aria de Bach religieuse laissant la partie de continuo aux graves du tuba. Quand Thierry Escaich rend hommage à Astor Piazzolla les deux frères balancent les rythmes d’un tango sur des notes qui se frottent laissant résonner la trompette dans un solo mélancolique alors que le tuba fait sonner ses graves. Tango toujours avec Bordel 1900 de Piazzolla où rythmes riment avec humour. Notes piquées, chant, contrechant, agilité et phrases à deux voix dans un ensemble parfait. Dans Tears for Pachebel arrangé par Moshberger, assez lent et nostalgique, le tuba au son profond donne les assises au solo de trompette dans un léger balancement qui finit en majeur. Avec Interlude n°4 du trompettiste Botchinsky, les deux solistes dialoguent entre jazz et musique écrite où rythmes et phrases chantantes se succèdent dans un style décontracté, sorte de jazz en liberté où la trompette semble accompagner un tuba mis à l’honneur. Avec la chanson de Luiz Bonfa Manha de Carnaval la trompette bouchée de Romain Leleu chante sa nostalgie sur les notes graves du tuba. Piazzolla encore où Thomas Leleu rythme seul un Tango-Etude. Agilité, légèreté, vélocité, souffle et attaques précises mais aussi un tuba langoureux et chantant. Nostalgique Libertango de Piazzolla ? Les notes soutenues du tuba aux doubles sons amènent la trompette vers des thèmes qui se rejoignent, des sonorités qui s’accordent et mettent à l’honneur les deux instruments avec trille de trompette. Pour finir, Mouvement Libre  de Thomas Leleu laisse chacun s’exprimer dans des chants assez lents avec une certaine nostalgie. Un concert très apprécié qui soulève l’enthousiasme de l’auditoire non seulement pour la découverte de ces deux instruments jouant ensemble de façon inattendue mais par la virtuosité, la musicalité et la passion partagée que l’on perçoit dans chaque phrase. Un grand bravo !