Bruxelles, Théâtre de La Monnaie: “Benvenuto Cellini”

Bruxelles, Théâtre de La Monnaie, saison 2025/2026
BENVENUTO CELLINI
Opéra en deux actes et quatre tableaux sur un livret de Léon de Wailly & Auguste Barbier
Musique d’Hector Berlioz
Benvenuto Cellini JOHN OSBORN
Giacomo Balducci TIJL FAVEYTS
Fieramosca JEAN-SEBASTIEN BOU
Le Pape Clément VII ANTE JERKUNICA
Francesco LUIS AGUILAR
Bernardino LEANDER CARLIER
Pompeo GABRIELE NANI
Cabaretier YVES SAELENS
Teresa RUTH INIESTA
Ascanio FLORENCE LOSSEAU
Orchestre symphonique et chœurs de la Monnaie
Académie des chœurs de la Monnaie
Direction musicale Alain Altinoglu
Chef des Chœurs Emmanuel Trenque
Mise en scène, scénographie Thaddeus Strassberger
Costumes Giuseppe Palella
Éclairages Driscoll Otto
Vidéo Greg Emetaz
Reprise lumières Pascal Noël
Dramaturgie Sébastien Herbecq
Coordinateur Des Cascades Ran Braun
Bruxelles, 28 janvier 2026
Présenté en première scénique en Belgique, Benvenuto Cellini d’Hector Berlioz bénéficie ce 28 janvier 2026 à La Monnaie d’une nouvelle production qui cherche à concilier la luxuriance de la partition et une vision scénique résolument spectaculaire. Opéra rare et exigeant, l’ouvrage déploie une écriture musicale foisonnante, alternant élans héroïques, épisodes comiques, moments plus intimes et vastes scènes collectives, que la direction d’Alain Altinoglu met en valeur avec énergie et précision. Dès l’Ouverture, l’Orchestre de La Monnaie impose un souffle dramatique affirmé, révélant la richesse de l’orchestration berliozienne et la variété de ses climats. Cette vitalité musicale trouve un écho direct dans la mise en scène de Thaddeus Strassberger, qui transpose l’action dans une Rome des années 1970 foisonnante en images et actions parallèles. Le décor monumental, structuré autour d’une imposante construction blanche en mouvement sur la tournette, offre une multiplicité d’espaces de jeu, tandis que les projections vidéo de Greg Emetaz, accompagnent et prolongent la narration musicale. Le premier acte, dominé par l’effervescence du Carnaval romain, illustre pleinement l’art de Berlioz pour les grandes fresques chorales et les rythmes incisifs. La scène de la fête, transformée en garden-party éclatante, associe l’intervention très investie des chœurs à une animation visuelle constante, costumes colorés d’excellente facture, conçus par Giuseppe Palella, et tableaux vivants contribuant à la sensation de profusion voulue par le compositeur. Certaines interventions scéniques ajoutées, parlées ou symboliques, viennent ponctuer l’action et ralentissent ponctuellement l’élan dramatique, sans toutefois entamer la cohérence musicale de l’ensemble.
Le second acte privilégie une atmosphère plus concentrée, en accord avec une écriture musicale plus intériorisée, jusqu’à la scène finale aboutissant à la production de la statue de Persée. Dans l’atelier de Cellini, la tension dramatique s’appuie sur la progression orchestrale et sur l’engagement extrêmement vaillant du chœur, la réussite de la fonte devenant à la fois accomplissement musical et apothéose scénique. Les choix visuels – chaudière en forme de grande maquette du Colisée et autres références symboliques à Rome, ainsi que la figure finale du Persée tenu par un figurant – accompagnent efficacement la montée en puissance de la partition. Sur le plan vocal, John Osborn domine la distribution dans le rôle-titre, impressionnant par la maîtrise de la ligne, la clarté de la diction et la sûreté de l’aigu, notamment dans ses grands airs La gloire était ma seule idole et Sur les monts les plus sauvages. Ruth Iniesta offre à Teresa un chant lumineux et musicalement précis, tandis que JeanSébastien Bou campe un Fieramosca vigoureux et théâtralement engagé. Florence Losseau se distingue en Ascanio par l’homogénéité de son timbre, et Ante Jerkunica impose l’autorité vocale du Pape Clément VII grâce à la profondeur de sa basse. Portée par une direction musicale attentive aux chanteurs et par l’excellent niveau de l’Orchestre et des Chœurs de La Monnaie, cette production de Benvenuto Cellini parvient ainsi à articuler la richesse de la partition berliozienne et une proposition scénique foisonnante, soulignant la modernité, l’audace et la vitalité théâtrale de cet opéra singulier. Photo Simon Van Rompay