Marseille, Opéra municipal, saison 2025/2026
“IL BARBIERE DI SIVIGLIA”
Opéra en 2 actes, livret de Sterbini, d’après Beaumarchais
Musique de Gioachino Rossini
Rosina ELEONORE PANCRAZI
Berta ANDREEA SOARE
Le Comte Almaviva SANTIAGO BALLERINI
Figaro VITO PRIANTE
Le Docteur Bartolo MARC BARRARD
Don Basilio ALESSIO CACCIAMANI
Fiorello GILEN GOICOECHEA
Orchestre et Chœur de l’Opéra de Marseille
Direction musicale Alessandro Cadario
Chef de Chœur Florent Mayet
Mise en scène, décors, costumes Pierre-Emmanuel Rousseau
Lumières Gilles Gentner
Marseille, le 28 décembre 2025
Les Fêtes de Noël, et de nouvel an se passeront colorées et dans la bonne humeur à l’Opéra de Marseille. Exit l’hôpital de Falstaff, Séville et son Barbier mettent en joie le
public. On en avait besoin ! C’est donc avec bonheur que Maurice Xiberras, directeur général de l’Opéra de Marseille, mise sur cette production du Barbier de Séville signée par Pierre-Emmanuel Rousseau. Du rythme, des couleurs, des clins d’oeil et de l’humour. Nous laisserons de côté les quelques esprits chagrins qui trouveront trop de ceci, pas assez de cela pour applaudir ces décors dès l’ouverture du rideau. Certes, Figaro est ici un peu étrange, sa boutique n’a pas pignon sur rue, il la promène dans son grand sac celui dans lequel il enfouit aussi quelques menus larcins. Mais peu importe, le rythme nous emporte et l’on adhère. Le metteur en scène Pierre-Emmanuel Rousseau signe aussi costumes et décors. Décor unique, une place à Séville qui se transforme avec ingéniosité et nous fait entrer chez le Docteur Bartolo, intérieur qui garde le style sévillan, portes en fer forgé, jalousies qui s’ouvrent et de ferment, et sortes de zelliges héritage de l’Art arabo musulman. Cette place, où habitent Rosina et son barbon de tuteur, qui voit passer une procession religieuse et résonner les roucoulades du Comte amoureux nous laisse entrer dans un élégant patio avec petit bassin et Madone dorée. Peu de mobilier mais des couleurs vives
qui meublent et séduisent l’oeil. Ce spectacle, basé sur les rythmes soutenus du jeu des acteurs, doit aussi son succès à l’orchestre dirigé par Alessandro Cadario qui met toute son énergie à faire sonner la musique de Rossini, garder son souffle et soutenir les chanteurs sans jamais les couvrir avec les nuances et les respirations qui ponctuent d’humour la partition. Les sonorités diverses des instruments, les battuto des archets ou leurs grincements imageant l’air de la Calomnie, les timbales qui font gronder l’orage ou les solos plus langoureux du hautbois ou de la clarinette…font que ces pages musicales reflètent le génie d’un Rossini qui n’a mis que deux semaines pour écrire cet ouvrage. Certes il use du réemploi, le compositeur en est le maître, mais tout de même… Les costumes font partie du plaisir visuel, les robes seyantes coupées dans de beaux tissus que porte Rosina la mettent en valeur tout en gardant le côté sévillan assorti d’un joli peigne flamenco. Plutôt désinvolte, Figaro se
contente d’un tricot de peau alors que le Comte, avec son boléro des jours de fête ressemblerait plutôt à un toréador. Bartolo porte avec élégance la redingote alors que la tunique noire de Don Basilio impressionne ; et que dire de Berta, omniprésente sur scène, qui promène son costume amusant au chapeau démodé digne d’une BD pour enfants ? Le metteur en scène joue sur les multiples apparitions des personnages au gré des rythmes musicaux avec clins d’oeil aidé en cela par les lumières conçues par Gilles Gentner qui mettent en relief certaines scènes. Mais cela ne suffirait pas sans un cast des plus brillants. Dans une prise de rôle très
réussie Eléonore Pancrazi fait vivre une Rosina de rêve. Vive, fraîche et jolie dans un jeu de scène éblouissant, elle laisse sa voix s’exprimer avec légèreté dans un registre de mezzo-soprano où vocalises et ornementations font merveille. Quel humour et quelle musicalité dans cette interprétation qui laisse résonner la puissance et le velouté de la voix. Una voce poco fa est chanté avec beaucoup d’assurance avec des vocalises agiles, des notes piquées qui projettent ses aigus et le charme qu’elle déploie dans chaque phrase musicale. Comme Bartolo nous sommes abasourdis, mais comme le Comte nous sommes séduits. Dans une prise de rôle aussi, Santiago Ballerini est ce Comte joyeux, virevoltant et amoureux qui pousse la canzonetta dans une voix claire et projetée en s’accompagnant d’une guitare dans un style crooner aux nuances subtiles. Véloce dans son duo avec Figaro, amusant en soldat éméché mais puissant dans ses airs son jeu de scène est des plus réussis. Vito Priante est un Barbier très aguerri. Les roublardises il les connaît,
surtout lorsqu’elles emplissent sa bourse. Très à l’aise dans son jeu et sa voix sonore de baryton, sa cavatine d’entrée Largo al factotum est un feu d’artifice de mots, de notes qui virevoltent et nous entraînent avec panache. Sa voix grave et projetée est au service d’un jeu fluide et fort à propos qui séduira tout au long du spectacle. Marc Barrard fait du Docteur Bartolo un personnage de premier plan qui n’hésite pas à esquisser quelques pas de danse. Amusant certes, aux mimiques bien pensées dans un jeu à l’aise mais jamais ridicule. Sa voix sonore, projetée et timbrée donne une belle dimension à son air A un dottor della mia sorte où force et vélocité se côtoient. Un seul air pour Basilio chanté par la voix de basse profonde d’Alessio Cacciamani. Très bien interprété, cet air de la Calomnie toujours attendu sera très applaudi. Un seul air aussi pour Andreea Soare qui marque le rôle de Berta dans une voix sonore et projetée dont chaque intervention est juste et bien venue. Le Fiorello de Gilen Goicoechea ainsi que l’Officier de Norbert Dol sont aussi très en place et bien dans leur rôle. Toujours très bien préparés par Florent Mayet, le chœur d’hommes se montre très efficace dans chaque intervention avec rythmes et projection. Une représentation très longuement applaudie qui a fait l’unaniùité d’un public conquis. Photo Christian Dresse
public. On en avait besoin ! C’est donc avec bonheur que Maurice Xiberras, directeur général de l’Opéra de Marseille, mise sur cette production du Barbier de Séville signée par Pierre-Emmanuel Rousseau. Du rythme, des couleurs, des clins d’oeil et de l’humour. Nous laisserons de côté les quelques esprits chagrins qui trouveront trop de ceci, pas assez de cela pour applaudir ces décors dès l’ouverture du rideau. Certes, Figaro est ici un peu étrange, sa boutique n’a pas pignon sur rue, il la promène dans son grand sac celui dans lequel il enfouit aussi quelques menus larcins. Mais peu importe, le rythme nous emporte et l’on adhère. Le metteur en scène Pierre-Emmanuel Rousseau signe aussi costumes et décors. Décor unique, une place à Séville qui se transforme avec ingéniosité et nous fait entrer chez le Docteur Bartolo, intérieur qui garde le style sévillan, portes en fer forgé, jalousies qui s’ouvrent et de ferment, et sortes de zelliges héritage de l’Art arabo musulman. Cette place, où habitent Rosina et son barbon de tuteur, qui voit passer une procession religieuse et résonner les roucoulades du Comte amoureux nous laisse entrer dans un élégant patio avec petit bassin et Madone dorée. Peu de mobilier mais des couleurs vives
qui meublent et séduisent l’oeil. Ce spectacle, basé sur les rythmes soutenus du jeu des acteurs, doit aussi son succès à l’orchestre dirigé par Alessandro Cadario qui met toute son énergie à faire sonner la musique de Rossini, garder son souffle et soutenir les chanteurs sans jamais les couvrir avec les nuances et les respirations qui ponctuent d’humour la partition. Les sonorités diverses des instruments, les battuto des archets ou leurs grincements imageant l’air de la Calomnie, les timbales qui font gronder l’orage ou les solos plus langoureux du hautbois ou de la clarinette…font que ces pages musicales reflètent le génie d’un Rossini qui n’a mis que deux semaines pour écrire cet ouvrage. Certes il use du réemploi, le compositeur en est le maître, mais tout de même… Les costumes font partie du plaisir visuel, les robes seyantes coupées dans de beaux tissus que porte Rosina la mettent en valeur tout en gardant le côté sévillan assorti d’un joli peigne flamenco. Plutôt désinvolte, Figaro se
contente d’un tricot de peau alors que le Comte, avec son boléro des jours de fête ressemblerait plutôt à un toréador. Bartolo porte avec élégance la redingote alors que la tunique noire de Don Basilio impressionne ; et que dire de Berta, omniprésente sur scène, qui promène son costume amusant au chapeau démodé digne d’une BD pour enfants ? Le metteur en scène joue sur les multiples apparitions des personnages au gré des rythmes musicaux avec clins d’oeil aidé en cela par les lumières conçues par Gilles Gentner qui mettent en relief certaines scènes. Mais cela ne suffirait pas sans un cast des plus brillants. Dans une prise de rôle très
réussie Eléonore Pancrazi fait vivre une Rosina de rêve. Vive, fraîche et jolie dans un jeu de scène éblouissant, elle laisse sa voix s’exprimer avec légèreté dans un registre de mezzo-soprano où vocalises et ornementations font merveille. Quel humour et quelle musicalité dans cette interprétation qui laisse résonner la puissance et le velouté de la voix. Una voce poco fa est chanté avec beaucoup d’assurance avec des vocalises agiles, des notes piquées qui projettent ses aigus et le charme qu’elle déploie dans chaque phrase musicale. Comme Bartolo nous sommes abasourdis, mais comme le Comte nous sommes séduits. Dans une prise de rôle aussi, Santiago Ballerini est ce Comte joyeux, virevoltant et amoureux qui pousse la canzonetta dans une voix claire et projetée en s’accompagnant d’une guitare dans un style crooner aux nuances subtiles. Véloce dans son duo avec Figaro, amusant en soldat éméché mais puissant dans ses airs son jeu de scène est des plus réussis. Vito Priante est un Barbier très aguerri. Les roublardises il les connaît,
surtout lorsqu’elles emplissent sa bourse. Très à l’aise dans son jeu et sa voix sonore de baryton, sa cavatine d’entrée Largo al factotum est un feu d’artifice de mots, de notes qui virevoltent et nous entraînent avec panache. Sa voix grave et projetée est au service d’un jeu fluide et fort à propos qui séduira tout au long du spectacle. Marc Barrard fait du Docteur Bartolo un personnage de premier plan qui n’hésite pas à esquisser quelques pas de danse. Amusant certes, aux mimiques bien pensées dans un jeu à l’aise mais jamais ridicule. Sa voix sonore, projetée et timbrée donne une belle dimension à son air A un dottor della mia sorte où force et vélocité se côtoient. Un seul air pour Basilio chanté par la voix de basse profonde d’Alessio Cacciamani. Très bien interprété, cet air de la Calomnie toujours attendu sera très applaudi. Un seul air aussi pour Andreea Soare qui marque le rôle de Berta dans une voix sonore et projetée dont chaque intervention est juste et bien venue. Le Fiorello de Gilen Goicoechea ainsi que l’Officier de Norbert Dol sont aussi très en place et bien dans leur rôle. Toujours très bien préparés par Florent Mayet, le chœur d’hommes se montre très efficace dans chaque intervention avec rythmes et projection. Une représentation très longuement applaudie qui a fait l’unaniùité d’un public conquis. Photo Christian Dresse