Opéra municipal de Marseille, saison 2025/2026
Orchestre Philharmonique de Marseille
Chœur de l’Opéra de Marseille
Direction musicale Michele Spotti
Chef de Chœur Florent Mayet
Soprano Camille Schnoor
Baryton Philippe-Nicolas Martin
Marseille, le 27 février 2026
Après “Ermione” de Rossini, Michele Spotti, à la tête de l’Orchestre Philharmonique de Marseille dont il est le directeur musical, nous propose “Ein deutsches requiem” œuvre magistrale et première véritable composition symphonique de Johannes Brahms. Autant dire que le style totalement différent, nous présentera une autre facette de la musicalité du maestro. Très marqué par la disparition de son ami Robert Schumann le compositeur pense à écrire une œuvre dédiée à la paix des âmes. Après de longues années de gestation, c’est au décès de sa propre mère que l’écriture prend forme. Ce requiem n’est pas une œuvre liturgique, elle s’en détache même ; venant de la Cantate et maintenant Oratorio, c’est une œuvre sacrée de consolation écrite pour soulager les souffrances des vivants. Johannes Brahms compose lui-même le texte pris dans les écrits de l’Ancien et Nouveau Testament selon la Bible traduite par Martin Luther, non pas en latin mais en langue allemande, dont la structure musicale est largement inspirée par celles de Jean-Sébastien Bach. Johannes Brahms voulait composer une œuvre œcuménique qu’il aurait aimé appeler Requiem humain tant cette immense page est pour lui une suite de prières pour tous, même si la force dramatique n’en est pas exclue. C’est dans un grand recueillement que l’on écoute, dans un tempo sans lenteur, la première phrase du chœur “Bien heureux ceux qui souffrent car ils seront consolés” chantée mezza voce après une introduction des cordes graves. Dans une gestuelle large le maestro amène le souffle de Brahms dans une progression souple et inspirée alors que les voix homogènes du chœur laissent transparaître une lueur d’espoir sur des notes égrenées par la harpe. Assez sombre le début de la deuxième partie des sept qui composent ce requiem s’éclaircit par moments dans les phrases d’un chœur au timbre plus clair. Avec souplesse Michele Spotti pose les sons dans une continuité sans rupture malgré les longueurs d’archets qui marquent les temps dans un crescendo rythmé. Tout Brahms est là déjà dans cette écriture que l’on retrouvera dans chacune de ses œuvres, le souffle, large et sans rupture malgré les nombreux changements de dynamique et d’intensité. Brahms ne peut se confondre avec aucun autre compositeur. Dans sa voix au timbre chaleureux, Philippe-Nicolas Martin laisse résonner ses doutes “Seigneur que dois-je attendre ? Mon espérance est en toi“. Voix aux attaques précises sans aucune brutalité dans un vibrato homogène, le baryton français laisse entendre un legato, en contraste avec un orchestre aux sonorités intenses, dans des phrases sonores sans grand optimisme avant l’éclat des trompettes et d’un chœur puissant. “Comme sont aimables tes demeures Seigneur des armées ! Nous dit le chœur dans un tempo de valse ; moment de légèreté bien venu dans une orchestration qui le fait discourir avec le quatuor en pizzicati dans la souplesse d’une direction où plane une note d’espoir. Camille Schnoor est la soprano qui vient consoler et apaiser les doutes exprimés par le baryton. “Femmes je vous consolerai comme une mère console son enfant”. Dans un tempo allant sa voix claire et néanmoins puissante laisse apparaître un rayon de lumière avec des prises de notes délicates dont le souffle amène des crescendi expressifs dans une poésie toute brahmsienne. Aucune faiblesse dans la voix au timbre généreux qui laisse s’épanouir des aigus à l’aise dans un vibrato homogène aux vibrations harmoniques. Superbe moment de douceur dans la conduite des phrases musicales accompagnées par le chœur et la petite harmonie dans un pianissimo homogène. La partie VI est sans doute plus dramatique avec la voix du baryton au legato sonore dans une sombre autorité, avec toutefois une note d’espoir “La trompette sonnera et les morts ressusciteront” très marqué et repris par le chœur dans un grand tutti avant un immense Fugato avec réponse à l’orchestre sous la baguette affirmée et sans concession du chef italien. La battue s’élargit pour un chœur plus lumineux “heureux les morts qui meurent dans le Seigneur“. Brahms est-il enfin apaisé ? Les longues phrases nostalgiques de la dernière partie le laissent penser. Les notes sont prises avec précaution dans une intensité contenue. Les belles couleurs du quatuor se fondent laissant survoler la flûte et les dernières notes de la harpe dans un long recueillement. Dans cette interprétation le Chœur, qui a su garder l’homogénéité des voix tout en faisant ressortir les émotions, est remarquable de souplesse et de précision. Mais c’est à Michele Spotti que revient le succès de ce concert. Canalisant sa fougue il a su trouver le souffle et le style de l’oeuvre tout en gardant la puissance, la force même, dans des tutti souvent dramatiques, pour revenir à des sonorités plus douces, faisant ressortir quelques brefs chorals de trombones ou des interventions de timbales, dans des tempi adaptés. Une interprétation habitée qui a séduit un public plus qu’enthousiaste.