Aix-en-Provence, Grand Théâtre de Provence, Festival de Pâques 2026
Münchner Philharmoniker
Direction musicale Lahav Shani
Violon Renaud Capuçon
Dmitri Chostakovitch: Concerto pour violon n° 1 en la mineur, op. 77; Johannes Brahms: Symphonie n° 4 en mi mineur, op. 98
Aix-en-Provence, le 12 avril 2026
Chostakovitch et Brahms pour clore cette 13ème édition du Festival de Pâques. Puissance et flamboyance dans des interprétations à marquer les esprits. Témoin d’une certaine époque et homme intègre, Dmitri Chostakovitch est un compositeur qui ne laisse personne indifférent. Sa force de résistance aux pressions d’un régime qui n’autorisait aucune contestation se retrouve dans toutes les notes de sa musique et notamment dans ce concerto pour violon n°1 qui a dû attendre près de 3 ans après la mort de Staline pour
être enfin joué le 29 octobre 1955 à Leningrad par David Oïstrakh le dédicataire. Composé juste après la deuxième guerre mondiale, ce concerto contient les souffrances passées mais prévoit aussi celles à venir. N’y-t-il aucun espoir ? C’est sans doute ce que nous dit l’immense cadence. Dans une technique époustouflante qui ne laisse rien au hasard, solidité de main gauche et d’archet qui permettent toutes les audaces, Renaud Capuçon, armé simplement de son violon et de son archet diabolique tient tête à l’orchestre, superbement dirigé par Lahav Shani, jusqu’à cette immense cadence aux sentiments exacerbés. Cette cadence finale démoniaque est l’acmé de ce concerto commencé par un Nocturne calme, dans une sorte d’immobilité pessimiste où l’archet à la corde et le vibrato plus ou moins intense dans des démanchés délicats nous emmènent dans une introspection proche du recueillement, sorte de souffrance solitaire. On retrouve l’énergie et l’écriture de Chostakovitch dans la danse sarcastique du deuxième
mouvement où le violoniste semble se débattre contre les démons. Tuba, contrebasses, cors et cor anglais ouvrent un Andante en choral assez sombre. Sans trop de lenteur et avec un vibrato intense le violoniste, dans une longue réflexion, semble contempler avec tristesse un monde dévasté où les notes grinçantes en doubles cordes donnent une couleur particulière. Vélocité de main gauche pour le Presto final mais pureté de sons malgré la puissance dans un burlesque endiablé avec pizzicati de main gauche. Comme possédé, emporté par l’orchestre, Renaud Capuçon emporte aussi le public médusé. Quelle démonstration et quel éclat d’applaudissements ! Après ce déferlement de puissance le soliste offre en bis Daphné, une étude de Richard Strauss, dans une grande maîtrise d’archet et des sons plus apaisés. La symphonie n°4 de Johannes Brahms est une sorte de monument pour cette musique d’écriture classique restée romantique avec ces envolées et ces changements de sentiments propres au compositeur. Le Münchner
Philharmoniker, dirigé depuis des décennies par des chefs d’orchestre qui ont su transmettre le style et les traditions, est certainement un des meilleurs orchestres pour interpréter cette musique. Lahav Shani, à la tête de cette phalange munichoise depuis peu de temps, a su garder les sonorités et la profondeur de sons qui lui sont propres, utilisant les couleurs de chaque instrument dans les fortissimi aussi bien que dans les pianissimi. Dirigeant sans partition et sans baguette le maestro a fait naître ce souffle particulier au compositeur de la première note au dernier accord. Elégant, aéré l’Allegro, avec des accents dans le son, rythme les phrases qui laissent entendre les trompettes comme venues de loin. Les respirations relancent le discours avec délicatesse et les archets accompagnent les sons jusqu’à la dernière vibration pour un tutti marqué par les timbales qui donnent le frisson. Flûtes et cor solo sans lenteur dans un recueillement syncopé sur un long souffle. Sentiments intériorisés pour cet Andante qui
monte en puissance tout en gardant la qualité d’un son qui passe d’un instrument à un autre. Sans doute le reflet de l’âme de Brahms…et quelle délicatesse pour finir avec une clarinette mystérieuse. Brillant, joyeux et dansant, l’Allegro garde le caractère enjoué malgré cette puissance qui vient des profondeurs. Energico e passionato, L’Allegro du dernier mouvement appelle le solo de flûte avant un choral de trombones quasi religieux ou un tutti aux accords puissants qui laissent résonner les couleurs de l’orchestre. Peut-on rester insensible à un Brahms d’une telle intensité dans une orchestration aussi pleine ? Enorme, est l’adjectif qui vient en écoutant la fin de cette symphonie, superbe aussi et monumental ! Lahav Shani a su laisser éclater toutes les qualités de ce fabuleux orchestre mais aussi toutes celles d’un Brahms incomparable. Vous avez sans doute compris, avec le public nous aimons Brahms et celui-là en particulier. Une Danse Hongroise en bis pour finir sur les envolées d’un Brahms plus folklorique ? Après ce dernier concert, nous attendons la 14ème édition qui nous promet encore ce fabuleux orchestre avec Lahav Shani toujours. Un immense bravo ! Photo Caroline Doutre
Aix-en-Provence, Festival de Pâques 2026: Lahav Shani, Renaud Capuçon et Münchner Philharmoniker