Aix-en-Provence, Festival de Pâques 2026: “Messa da Requiem” de Verdi

Aix-en-Provence, Grand Théâtre, Festival de Pâques 2026
Orchestre et Chœur de l’Opéra de Zurich
Direction musicale Gianandrea Noseda
Chef de chœur Ernst Raffelsberger
Soprano Marina Rebeka
Alto Agnieszka Rehlis
Ténor Joseph Calleja
Basse Alexander Vinogradov
Giuseppe Verdi: Messa da Requiem, per soli coro e orchestra
Aix-en-Provence, le 29 mars 2026
Après le concert d’ouverture le Festival de Pâques d’Aix-en-Provence nous proposait, en cette deuxième soirée, un monument de la littérature symphonique du XXe siècle, en écho avec la journée de mémoire au Camp des Milles, la Messa da requiem de Giuseppe Verdi sous la direction de Gianandrea Noseda que certains trouveront “opératique”. Et pourtant, l’idée de Verdi n’a jamais été de composer un énième opéra. Cette composition, qui suit directement celle d’Aïda avait pris forme bien antérieurement avec un Liberame composé après le décès de Gioacchino Rossini mais qui n’avait jamais été joué. Ce n’est qu’à la mort du poète italien Alessandro Manzoni survenue en mai 1873, qui ébranle profondément le compositeur, que ce requiem prend forme. Offert à la ville de Milan, il sera interprété pour la première fois le 22 mai 1874 dans l’église San Marco de cette ville avec Giuseppe Verdi à la baguette pour le premier anniversaire de la mort du poète. C’est dire combien la dimension religieuse basée sur la liturgie catholique est omniprésente dans cette musique, certes théâtrale, mais jamais scénique. Il y a eu nombre d’inteprétations plus ou moins rapides, plus ou moins sonores mais toujours en rapport avec cette liturgie et les divers moments référents à une messe. Gianandrea Noseda, qui dirige ici l’orchestre et le chœur de l’Opéra de Zurich dont il est le directeur musical depuis 5 années déjà, n’en est pas à son premier Requiem qu’il vient juste de proposer à La Philharmonie de Paris faisant suite à une tournée.  Rien de religieux dans sa proposition, aucun recueillement non plus. Dirigeant sans baguette nous sommes en plein Jugement dernier, lui-même se démenant avec fougue pour diriger l’orchestre ; un orchestre qui mérite certainement mieux que ce résultat. Le Chœur, composé de 80 chanteurs aux voix homogènes, très bien préparé par Ernst Raffelsberger, laisse éclater les fortissimi dans des attaques précises, ainsi dans le Dies irae qui annonce ce jugement dernier, mais sait aussi être plus joyeux dans un Sanctus lumineux en fugato alors que dans le Liberame final il tente de se libérer de ses angoisses dans un long murmure. Le chef d’orchestre n’a-t-il pas voulu homogénéiser les voix des 4 solistes, est-ce vraiment sa volonté ? Pleines voix, fortissimo ; Alexander Vinogradov, remplaçant au pied levé David Leigh, échappe à cette volonté de la puissance à tout prix. Sa voix de basse homogène dans chaque registre lui permet de faire résonner librement les graves profonds, ainsi dans les Mors, mors stupebit  projetés avec intensité. Le timbre chaleureux et coloré vibre dans le phrasé élégant d’un Confutatis sensible et lors des échanges avec la mezzo dans le Lacrimosa où les deux voix s’unissent dans des couleurs suaves. La mezzo Agneieszka Rehlis aux graves d’alto réussit, elle aussi, à ne jamais chanter en force et coule son phrasé dans le souffle et le legato d’un Lux aeterna  avec des aigus projetés sans forcer ou se fait entendre dans l’Agnus Dei sensible en duo avec la soprano et des respirations qui amènent l’introspection. Marina Rebeka  est cette soprano au timbre riche et plein qui emplit la salle mais dont le volume domine par moments. Son Liberame incisif impressionne par la facilité à passer au pianissimo dans un souffle et par ces “Requiem” d’une grande sensibilité dans la pureté d’un aigu tenu presque en demi-teinte. Après un Sanctus tonitruant, Marina Rebeka laisse épanouir son vibrato dans l’Agnus Dei acappella chanté avec la mezzo dans un duo sensible accompagné par un trio de flûtes en contre chant. Pour avoir déjà écouté le ténor Joseph Calleja dans cette partition dirigée par le chef d’orchestre Tugan Sokhiev, une interprétation lumineuse empreinte de religiosité dans un legato abouti, nous nous demandons si son interprétation de ce soir chantée à pleine voix dans un forte continuel était à la demande du chef d’orchestre selon sa propre vision de l’ouvrage. Celui-ci ne devrait-il pas harmoniser le volume des voix ? Ceci dit, nous pensons que les défauts d’intonation regrettés sont sans doute dus à cette force de projection dans un registre tendu et son Ingemisco, toujours très attendu, n’atteint certainement pas le but recherché. Si Gianandrea Noseda nous a livré ici une version très personnelle de cette Messa da requiem loin, très loin du recueillement et d’une prière pour le repos du défunt il a soulevé l’enthousiasme d’un public conquis. Photo Caroline Doutre