Aix-en-Provence, Grand Théâtre de Provence, Festival de Pâques 2026
Orchestre de Chambre de Lausanne
Direction musicale et violon Renaud Capuçon
Violoncelle Gautier Capuçon
Violoncelle Gautier Capuçon
Johannes Brahms: Concerto pour violon et violoncelle en la mineur, op. 102 “Double concerto”; Sérénade n° 1 en ré majeur, op. 11
Aix-en-Provence, le 4 avril 2026
Il y a des moments rares en musique comme en toutes choses, des moments habités et qui touchent à la perfection. Le Festival de Pâques nous en offre un ce soir avec le “Double concerto” de Brahms dans l’interprétation de Renaud et Gautier Capuçon accompagnés par l’Orchestre de chambre de Lausanne que dirige Renaud Capuçon de son archet. Cette œuvre composée en 1887, après la IVème Symphonie, sera
la dernière page symphonique de Johannes Brahms. Brahms n’est pas le premier compositeur à écrire des œuvres pour instruments concertants. Il y a eu les Concertos grosso, la Symphonie concertante Violon/Alto de Mozart, qui a beaucoup été jouée, puis le Triple concerto De Beethoven… Johannes Brahms s’est depuis fort longtemps affranchi de l’ombre de Beethoven lorsqu’il se lance dans cette composition avec l’idée de se réconcilier avec Joseph Joachim, son ami et violoniste de référence, qui la créera d’ailleurs avec Robert Hausmann au violoncelle, Brahms étant lui-même à la baguette. On a reproché à ce concerto d’être une œuvre cérébrale, ne laissant que peu de liberté aux interprètes et il est vrai que les deux solistes s’écoutent, se répondent dans un schéma assez écrit. Mais ici, la liberté se joue à deux. Renaud et Gautier ont joué ensemble ce Double concerto de nombreuses fois, et sans doute depuis leur jeune âge, ils
connaissent donc chaque inflexion, chaque respiration et chaque nuance, ils les vivent ensemble et semblent jouer sur un seul instrument aux octaves infinies, avec un seul archet long, très long. Adolf Busch et son frère Herman ont joué cette partition avant eux, ainsi que Pascal Tortelier, son père Paul étant au violoncelle. Une histoire de famille, donc, ce concerto ? Pour avoir plusieurs fois écouté Renaud et Gautier dans cette œuvre, nous sommes à chaque fois surpris et séduits. Loin de tomber dans la routine chaque interprétation est différente, question de maturité peut-être. L’interprétation de ce soir est éblouissante. Il se dégage une grande puissance de sonorités et d’émotions tout en restant musicale et sans aucune dureté. Le violoncelle prend le premier la parole dans un son plein pour une sorte d’introduction. Après avoir donné le tempo à l’orchestre, le violoniste engage la discussion avec le violoncelliste. Cet Allegro joué sans lenteur laisse les deux solistes discourir dans une même esthétique musicale au jeu aéré où les phrases
s’enchaînent avec des archets à l’aise qui laissent s’épanouir une légère nostalgie, les démanchés nous emmenant en plein romantisme. Sur les notes des cors, l’Andante s’écoule dans un tempo modéré où les deux solistes semblent jouer dans un unisono aux sonorités suaves. Dans cette exposition d’idées où chacun avance son propos avec musicalité dans un vibrato maîtrisé et sans jamais vouloir dominer, l’orchestre chante librement. Le Vivace du troisième mouvement, plus joyeux, plus marqué aussi aux attaques nettes reste sonore avec toujours cette belle aisance d’archets et une grande sûreté de mains gauches pour des bariolages en souplesse avant le tutti final. Epoustouflant de technique et de musicalité ! En bis, la Passacaille de Johan Halvorsen avec variations sur des thèmes de Haendel met en valeur les deux solistes dont les
archets à la corde semblent faire résonner des orgues. Nostalgie et vélocité. Superbe de délicatesse et de musicalité. La Sérénade n°1 de Johannes Brahms, encore considérée comme une œuvre de jeunesse, sera même appelée sérénade-symphonie par Joseph Joachim, le compositeur n’ayant pas encore écrit d’oeuvre symphonique. Tout d’abord pensée pour deux quintettes, cordes et vents, cette Sérénade prendra plus tard la forme d’une composition orchestrale en six mouvements, Brahms étant encore sous l’influence de ses prédécesseurs. Renaud Capuçon prend son orchestre à bras le corps et laisse sonner les divers pupitres dans des phrases musicales où le compositeur semble avoir déjà trouvé le souffle et les élans qui seront sa signature. Dès l’entrée les cors nous entraînent dans un Allegro bucolique où la flûte crée les lumières. Si le Scherzo du
deuxième mouvement est joué avec souplesse et légèreté dans des enchaînements aux harmonies joyeuses, l’Adagio, dirigé avec aisance sans lenteur laisse les instruments de la petite harmonie s’exprimer dans une sorte de gravité intériorisée pour de longues phrases sur les sonorités moelleuses du quatuor. Joyeux, dans un tempo de valse, le basson pique ses notes dans un Menuetto dirigé avec élégance où Brahms semble proche de Schubert. Folklorique, en forme de Trio, les cors nous faisant participer à une partie de chasse, le Scherzo affirmé marque les temps sans dureté dans un tempo allant. Le Rondo du dernier mouvement qui s’appuie sur les basses est, dans une tout autre atmosphère, enthousiaste et dansant. Renaud Capuçon a su exploiter toutes les possibilités de son orchestre avec les changements de couleurs qui ont rendu cette interprétation imagée très attrayante. Passant de la jeunesse du compositeur à sa dernière œuvre symphonique, ce concert Brahms fut un moment d’intense plaisir. Un immense succès ! Photo Caroline Doutre
Il y a des moments rares en musique comme en toutes choses, des moments habités et qui touchent à la perfection. Le Festival de Pâques nous en offre un ce soir avec le “Double concerto” de Brahms dans l’interprétation de Renaud et Gautier Capuçon accompagnés par l’Orchestre de chambre de Lausanne que dirige Renaud Capuçon de son archet. Cette œuvre composée en 1887, après la IVème Symphonie, sera
la dernière page symphonique de Johannes Brahms. Brahms n’est pas le premier compositeur à écrire des œuvres pour instruments concertants. Il y a eu les Concertos grosso, la Symphonie concertante Violon/Alto de Mozart, qui a beaucoup été jouée, puis le Triple concerto De Beethoven… Johannes Brahms s’est depuis fort longtemps affranchi de l’ombre de Beethoven lorsqu’il se lance dans cette composition avec l’idée de se réconcilier avec Joseph Joachim, son ami et violoniste de référence, qui la créera d’ailleurs avec Robert Hausmann au violoncelle, Brahms étant lui-même à la baguette. On a reproché à ce concerto d’être une œuvre cérébrale, ne laissant que peu de liberté aux interprètes et il est vrai que les deux solistes s’écoutent, se répondent dans un schéma assez écrit. Mais ici, la liberté se joue à deux. Renaud et Gautier ont joué ensemble ce Double concerto de nombreuses fois, et sans doute depuis leur jeune âge, ils
connaissent donc chaque inflexion, chaque respiration et chaque nuance, ils les vivent ensemble et semblent jouer sur un seul instrument aux octaves infinies, avec un seul archet long, très long. Adolf Busch et son frère Herman ont joué cette partition avant eux, ainsi que Pascal Tortelier, son père Paul étant au violoncelle. Une histoire de famille, donc, ce concerto ? Pour avoir plusieurs fois écouté Renaud et Gautier dans cette œuvre, nous sommes à chaque fois surpris et séduits. Loin de tomber dans la routine chaque interprétation est différente, question de maturité peut-être. L’interprétation de ce soir est éblouissante. Il se dégage une grande puissance de sonorités et d’émotions tout en restant musicale et sans aucune dureté. Le violoncelle prend le premier la parole dans un son plein pour une sorte d’introduction. Après avoir donné le tempo à l’orchestre, le violoniste engage la discussion avec le violoncelliste. Cet Allegro joué sans lenteur laisse les deux solistes discourir dans une même esthétique musicale au jeu aéré où les phrases
s’enchaînent avec des archets à l’aise qui laissent s’épanouir une légère nostalgie, les démanchés nous emmenant en plein romantisme. Sur les notes des cors, l’Andante s’écoule dans un tempo modéré où les deux solistes semblent jouer dans un unisono aux sonorités suaves. Dans cette exposition d’idées où chacun avance son propos avec musicalité dans un vibrato maîtrisé et sans jamais vouloir dominer, l’orchestre chante librement. Le Vivace du troisième mouvement, plus joyeux, plus marqué aussi aux attaques nettes reste sonore avec toujours cette belle aisance d’archets et une grande sûreté de mains gauches pour des bariolages en souplesse avant le tutti final. Epoustouflant de technique et de musicalité ! En bis, la Passacaille de Johan Halvorsen avec variations sur des thèmes de Haendel met en valeur les deux solistes dont les
archets à la corde semblent faire résonner des orgues. Nostalgie et vélocité. Superbe de délicatesse et de musicalité. La Sérénade n°1 de Johannes Brahms, encore considérée comme une œuvre de jeunesse, sera même appelée sérénade-symphonie par Joseph Joachim, le compositeur n’ayant pas encore écrit d’oeuvre symphonique. Tout d’abord pensée pour deux quintettes, cordes et vents, cette Sérénade prendra plus tard la forme d’une composition orchestrale en six mouvements, Brahms étant encore sous l’influence de ses prédécesseurs. Renaud Capuçon prend son orchestre à bras le corps et laisse sonner les divers pupitres dans des phrases musicales où le compositeur semble avoir déjà trouvé le souffle et les élans qui seront sa signature. Dès l’entrée les cors nous entraînent dans un Allegro bucolique où la flûte crée les lumières. Si le Scherzo du
deuxième mouvement est joué avec souplesse et légèreté dans des enchaînements aux harmonies joyeuses, l’Adagio, dirigé avec aisance sans lenteur laisse les instruments de la petite harmonie s’exprimer dans une sorte de gravité intériorisée pour de longues phrases sur les sonorités moelleuses du quatuor. Joyeux, dans un tempo de valse, le basson pique ses notes dans un Menuetto dirigé avec élégance où Brahms semble proche de Schubert. Folklorique, en forme de Trio, les cors nous faisant participer à une partie de chasse, le Scherzo affirmé marque les temps sans dureté dans un tempo allant. Le Rondo du dernier mouvement qui s’appuie sur les basses est, dans une tout autre atmosphère, enthousiaste et dansant. Renaud Capuçon a su exploiter toutes les possibilités de son orchestre avec les changements de couleurs qui ont rendu cette interprétation imagée très attrayante. Passant de la jeunesse du compositeur à sa dernière œuvre symphonique, ce concert Brahms fut un moment d’intense plaisir. Un immense succès ! Photo Caroline Doutre