Aix-en-Provence, Grand Théâtre de Provence, Festival de Pâques 2026
Orchestre “Les Siècles”
Orchestre “Les Siècles”
Direction musicale Jackob Lehmann
Piano Bertrand Chamayou
Richard Wagner: Tristan et Isolde (extraits): Prélude de l’acte I, Mort d’Isolde; Parsifal (extraits): Prélude de l’acte I, Musique de transformation, l’Enchantement du Vendredi Saint; Franz Liszt: Concerto pour piano n° 1 en mi bémol majeur, S. 124; Concerto pour piano n° 2 en la majeur, S. 125
Aix-en-Provence, le 5 avril 2026
Pour ce concert très attendu, deux compositeurs contemporains de styles très différents mais ayant des liens familiaux très forts. Franz Liszt défendra toujours la musique de son ami Richard Wagner, devenu plus tard son gendre et contribuera même à la faire connaître à une époque où, mis à part les salles de concerts, seul le piano pouvait mettre à l’honneur les compositeurs dans de belles transcriptions interprétées dans les salons de la bonne société. Ce soir c’est Bertrand Chamayou qui mettra Franz Liszt en lumière, avec ses deux concertos, accompagné par l’ensemble Les Siècles. Bertrand Chamayou,
dont l’interprétation de l’intégrale de l’oeuvre pour piano de Maurice Ravel avait marqué l’auditoire la saison dernière, allait encore une fois soulever l’enthousiasme du public avec ces deux compositions, de styles assez différents mais d’une grande difficulté. Jeune, énergique, le soliste domine son piano Pleyel et le soumet à ses désirs d’interprétation dans une technique époustouflante. Franz Liszt n’était-il pas comparé au diabolique Paganini dont il avait transcrit pour piano la Campanella de son deuxième concerto pour violon ? Ce concerto n°1 est dans cette veine qui demande une dextérité, une vélocité de mains dans des sauts d’intervalles que l’on pourrait qualifier de démoniaques. Quatre mouvements enchaînés dans un seul souffle. Mais cette œuvre n’est pas simplement cela. Au-delà de la technique qui rend hommage à la fougue du compositeur il y a le romantisme de Liszt et de son époque, certaines phrases jouées à la clarinette auxquelles répond le pianiste, avec ces notes qui se font attendre dans une mini cadence…et ce côté-là sera absent.
Privilégiant les contrastes de nuances, soutenu par un orchestre sonore, Bertrand Chamayou nous a livré une version très moderne et percussive de ce concerto, la direction de Jakob Lehmann ne jouant pas non plus la carte du romantisme. Franche et précise mais aux contrastes excessifs elle laisse toutefois ressortir le jeu perlé et plus doux d’un Bertrand Chamayou qui se voudrait parfois plus sensible. Une exécution brillantissime ! Le concerto n°2, plus intériorisé, modère un peu cette énergie et laisse sonner des phrases langoureuses jouées sans lenteur dans un toucher plus délicat. Surnommé Concerto symphonique par le compositeur, cette appellation trouve sa résonnance dès les premières mesures où l’orchestre s’exprime comme accompagné avec délicatesse par le soliste. Après des graves affirmés, une courte cadence expressive laisse entendre le violoncelle solo dans une phrase totalement lisztienne avec le piano en contre-chant. Dans une atmosphère calme, accompagné par le quatuor, le pianiste égrène ses gammes dans une sorte de bariolage avant un déferlement de puissance puis, reprenant le thème
avec maestria, Bertrand Chamayou laisse chanter le piano avant un final éblouissant de virtuosité. Après de nombreux rappels et dans un style tout différent, c’est une Berceuse, de Liszt toujours, que le pianiste offre en bis à un public électrisé. Dans le Prélude de l’opéra Tristan et Isolde les sons étirés arrivent de loin avec une intensité toute intérieure soulignée par les voix graves des violoncelles. Cette page, écrite par un Wagner amoureux dont l’amour ne peut s’exprimer librement, est l’expression d’un sentiment dont la puissance retenue monte à son paroxysme dans l’intensité d’un quatuor dont les archets sont le souffle, la puissance de l’amour mais aussi sa douleur. Une douleur oppressante portée par les sons graves du cor anglais et de la clarinette basse. Jakob Lehmann est-il encore trop jeune pour avoir éprouvé les douleurs de certaines amours ? Il embrasse l’orchestre avec une gestuelle large et le fait résonner avec trop de force peut-être oubliant cette douleur intérieure que l’on retrouve dans La mort d’Isolde (Liebestod) mais avec plus de
lumière, une lumière qui vous transcende et vous attire vers des sommets plus impalpables, vers l’au-delà. Dans les extraits de Parsifal, Prélude, Musique de transformation et L’Enchantement du Vendredi Saint nous touchons au sacré. Le culte du Graal a inspiré à Richard Wagner une musique à nulle autre pareille. Très imprégné par ce sentiment du divin il interdisait même les applaudissements entre les deux premiers actes de l’opéra afin de ne pas rompre la tension dramatique. Jakob Lehmann, dans un tempo assez lent et une gestuelle large nous entraîne dans un sentiment de plénitude, l’harmonie survolant les tenues du quatuor ou dans un choral de cuivres aux sonorités de cathédrale. Ce Prélude contient à lui seul toute la symbolique du Graal. Après la Musique de transformation et la marche grave des Chevaliers aux sons des cloches nous sommes, avec L’Enchantement du Vendredi Saint, à l’acmé des sentiments quasi religieux d’un Wagner qui utilise, dans des phrases étirées, ces modulations qui font ressortir les instruments de l’orchestre dans des sonorités pleines. Un concert aux contrastes multiples qui a enthousiasmé le public. Photo Caroline Doutre
Richard Wagner: Tristan et Isolde (extraits): Prélude de l’acte I, Mort d’Isolde; Parsifal (extraits): Prélude de l’acte I, Musique de transformation, l’Enchantement du Vendredi Saint; Franz Liszt: Concerto pour piano n° 1 en mi bémol majeur, S. 124; Concerto pour piano n° 2 en la majeur, S. 125
Aix-en-Provence, le 5 avril 2026
Pour ce concert très attendu, deux compositeurs contemporains de styles très différents mais ayant des liens familiaux très forts. Franz Liszt défendra toujours la musique de son ami Richard Wagner, devenu plus tard son gendre et contribuera même à la faire connaître à une époque où, mis à part les salles de concerts, seul le piano pouvait mettre à l’honneur les compositeurs dans de belles transcriptions interprétées dans les salons de la bonne société. Ce soir c’est Bertrand Chamayou qui mettra Franz Liszt en lumière, avec ses deux concertos, accompagné par l’ensemble Les Siècles. Bertrand Chamayou,
dont l’interprétation de l’intégrale de l’oeuvre pour piano de Maurice Ravel avait marqué l’auditoire la saison dernière, allait encore une fois soulever l’enthousiasme du public avec ces deux compositions, de styles assez différents mais d’une grande difficulté. Jeune, énergique, le soliste domine son piano Pleyel et le soumet à ses désirs d’interprétation dans une technique époustouflante. Franz Liszt n’était-il pas comparé au diabolique Paganini dont il avait transcrit pour piano la Campanella de son deuxième concerto pour violon ? Ce concerto n°1 est dans cette veine qui demande une dextérité, une vélocité de mains dans des sauts d’intervalles que l’on pourrait qualifier de démoniaques. Quatre mouvements enchaînés dans un seul souffle. Mais cette œuvre n’est pas simplement cela. Au-delà de la technique qui rend hommage à la fougue du compositeur il y a le romantisme de Liszt et de son époque, certaines phrases jouées à la clarinette auxquelles répond le pianiste, avec ces notes qui se font attendre dans une mini cadence…et ce côté-là sera absent.
Privilégiant les contrastes de nuances, soutenu par un orchestre sonore, Bertrand Chamayou nous a livré une version très moderne et percussive de ce concerto, la direction de Jakob Lehmann ne jouant pas non plus la carte du romantisme. Franche et précise mais aux contrastes excessifs elle laisse toutefois ressortir le jeu perlé et plus doux d’un Bertrand Chamayou qui se voudrait parfois plus sensible. Une exécution brillantissime ! Le concerto n°2, plus intériorisé, modère un peu cette énergie et laisse sonner des phrases langoureuses jouées sans lenteur dans un toucher plus délicat. Surnommé Concerto symphonique par le compositeur, cette appellation trouve sa résonnance dès les premières mesures où l’orchestre s’exprime comme accompagné avec délicatesse par le soliste. Après des graves affirmés, une courte cadence expressive laisse entendre le violoncelle solo dans une phrase totalement lisztienne avec le piano en contre-chant. Dans une atmosphère calme, accompagné par le quatuor, le pianiste égrène ses gammes dans une sorte de bariolage avant un déferlement de puissance puis, reprenant le thème
avec maestria, Bertrand Chamayou laisse chanter le piano avant un final éblouissant de virtuosité. Après de nombreux rappels et dans un style tout différent, c’est une Berceuse, de Liszt toujours, que le pianiste offre en bis à un public électrisé. Dans le Prélude de l’opéra Tristan et Isolde les sons étirés arrivent de loin avec une intensité toute intérieure soulignée par les voix graves des violoncelles. Cette page, écrite par un Wagner amoureux dont l’amour ne peut s’exprimer librement, est l’expression d’un sentiment dont la puissance retenue monte à son paroxysme dans l’intensité d’un quatuor dont les archets sont le souffle, la puissance de l’amour mais aussi sa douleur. Une douleur oppressante portée par les sons graves du cor anglais et de la clarinette basse. Jakob Lehmann est-il encore trop jeune pour avoir éprouvé les douleurs de certaines amours ? Il embrasse l’orchestre avec une gestuelle large et le fait résonner avec trop de force peut-être oubliant cette douleur intérieure que l’on retrouve dans La mort d’Isolde (Liebestod) mais avec plus de
lumière, une lumière qui vous transcende et vous attire vers des sommets plus impalpables, vers l’au-delà. Dans les extraits de Parsifal, Prélude, Musique de transformation et L’Enchantement du Vendredi Saint nous touchons au sacré. Le culte du Graal a inspiré à Richard Wagner une musique à nulle autre pareille. Très imprégné par ce sentiment du divin il interdisait même les applaudissements entre les deux premiers actes de l’opéra afin de ne pas rompre la tension dramatique. Jakob Lehmann, dans un tempo assez lent et une gestuelle large nous entraîne dans un sentiment de plénitude, l’harmonie survolant les tenues du quatuor ou dans un choral de cuivres aux sonorités de cathédrale. Ce Prélude contient à lui seul toute la symbolique du Graal. Après la Musique de transformation et la marche grave des Chevaliers aux sons des cloches nous sommes, avec L’Enchantement du Vendredi Saint, à l’acmé des sentiments quasi religieux d’un Wagner qui utilise, dans des phrases étirées, ces modulations qui font ressortir les instruments de l’orchestre dans des sonorités pleines. Un concert aux contrastes multiples qui a enthousiasmé le public. Photo Caroline Doutre