Opéra Royal de Wallonie-Liège: “Lucrezia Borgia”

Opéra Royal de Wallonie-Liège, saison 2025/2026
“LUCREZIA BORGIA
Opéra en un prologue et deux actes sur un livret de Felice Romani, d’après Victor Hugo

Musique de Gaetano Donizetti
Lucrezia Borgia JESSICA PRATT

Gennaro DMITRY KORCHAK
Alfonso d’Este MARKO MIMICA
Maffio Orsini JULIE BOULIANNE
Don Apostolo Gazella LUCA DALL’AMICO
Jeppo Liverotto ROBERTO COVATTA
Oloferno Vitellozzo MARCO MIGLIETTA
Rustighello LORENZO MARTELLI
Gubetta FRANCESCO LEONE
Astolfo WILLIAM CORRÒ
Ascanio Petrucci ROCCO CAVALLUZZI
Un Usciere JONATHAN VORK
Un Coppiere MARC TISSONS
Opéra Royal de Wallonie-Liège Orchestre & Chœur
Direction musicale Giampaolo Bisanti
Mise en scène Jean-Louis Grinda
Décors et lumières Laurent Castaingt
Costumes Françoise Raybaud
Vidéo Arnaud Pottier
Liège, 10 avril 2026

L’Opéra Royal de Wallonie – Liège propose une nouvelle production de Lucrezia Borgia, réalisée par Jean-Louis Grinda, ancien directeur général et artistique de la maison entre 1996 et 2007. La scénographie consiste principalement en un grand escalier central, flanqué de panneaux latéraux où sont projetées des images vidéo, avec tout en haut Venise en ombre chinoise au prologue, puis une photo de Ferrare pour le premier acte. L’escalier disparait au second acte et un grand tulle prend place, qui montre la Madone donnant le sein à Jésus, avant qu’une grande table ne matérialise le banquet final au palais de la princesse Negroni. On peut au moins avoir quelques réserves quant au lien direct que fait le metteur en scène entre la Madone et Jésus d’une part et Lucrezia Borgia et Gennaro d’autre part, à la vue des reproductions de peintures et sculptures de la Nativité, ainsi que de la Déposition de la Croix au dernier tableau de la représentation. Ces deux mères sont tout de même assez différentes par le caractère, l’humanité et l’universalité de l’une, qui contrastent fortement avec la cruauté de l’autre. La distribution vocale est dominée par la soprano colorature Jessica Pratt dans le rôle-titre, qui fait son entrée en bateau en haut du grand escalier, puis le descend… mais faut-il vraiment, à Venise, descendre d’un canal pour accéder à une terrasse ? Après une petite désynchronisation avec l’orchestre sur le début de sa cantilène « Com’è bello », la voix enchante par sa musicalité, ses subtils et purs piani, ainsi que les petites variations chantées dans la reprise. La rarissime cabalette « Si voli il primo a cogliere » enchaîne, avec de très longues séries de vocalises, notes piquées et autres grands sauts d’intervalle, le tout conduit avec une rare maîtrise. Le volume reste cependant réduit, la chanteuse se faisant plus tard presque couvrir par un orchestre qui joue fort. Elle gagne toutefois en projection en fin de représentation, au cours du dernier duo avec Gennaro, puis pour sa cabalette finale « Era desso il figlio mio », aux aigus extrapolés dans la reprise et dont la dernière note, en limite de cri, est particulièrement glaçante. Dmitry Korchak assure un Gennaro surtout sonore, ténor au son bien concentré et aux accents volontaires. Il finit tout de même par montrer des signes de fatigue pendant son air de début de second acte « Partir degg’ io… T’amo qual s’ama un angelo », les aigus en force et significativement tendus du premier couplet précédant une deuxième strophe où l’utilisation abondante de la voix de tête fait du bien au chanteur, ainsi qu’à l’auditeur. En Alfonso d’Este, la basse Marko Mimica fait valoir une profondeur et noirceur de timbre qui confèrent autorité et cruauté au personnage. Mais certains sons fixes lui donnent un caractère vocal monolithique et le chanteur perd souvent la parfaite intonation. Julie Boulianne chante Maffio Orsini avec probité mais manque de largeur pour véritablement marquer, la mezzo-soprano québécoise étant plus à l’aise dans l’aigu que dans son registre grave, où plusieurs notes deviennent très discrètes. Le brindisi du second acte « Il segreto per esser felici » est assez révélateur, le rôle étant de toute façon écrit pour un contralto. Les nombreux comprimari complètent, avec plus ou moins de bonheur. Sous la direction animée mais régulièrement excessive en décibels de Giampaolo Bisanti, l’Orchestre de l’Opéra Royal de Wallonie-Liège se montre solide techniquement et expressif dans l’interprétation de cette pépite belcantiste. Les chœurs font en revanche une moindre impression, vaillants, mais d’un collectif pas toujours très homogène et qui donne un côté un peu prosaïque à certaines de leurs interventions. Photos © ORW-Liège/J.Berger