Opéra Municipal de Marseille: “La Favorite”

Opéra Municipal de Marseille: “La Favorite”

Marseille, Opéra municipal, saison 2017 / 2018
“LA FAVORITE”
Opéra en 4 actes, version originale en français, livret d’Alphonse Royer et Gustave Vaëz, d’après le drame de François-Thomas-Marie de Baculard d’Arnaud Les amants malheureux ou le comte de Comminges. Musique de Gaetano Donizetti
Leonor CLEMENTINE MARGAINE
Ines JENNIFER MICHEL
Fernand PAOLO FANALE
Alphonse XI JEAN-FRANCOIS LAPOINTE
Balthazar NICOLAS COURJAL
Gaspard LOÏC FELIX
Un Seigneur JEAN-VITAL PETIT
Orchestre et Choeur de l’Opéra de Marseille
Direction musicale Paolo Arrivabeni
Chef de Choeur Emmanuel Trenque
Version concertante
Marseille, le 13 octobre 2017
Après Le Dernier jour d’un condamné, l’Opéra de Marseille proposait aux amateurs de belcanto, en cette soirée du 13 octobre, ” La Favorite ” de Gaetano Donizetti  dans sa version originale en français, mais en version concertante. C’est le quatrième opéra que Donizetti écrit en langue française depuis qu’il s’est installé à Paris ; il avait quitté Naples suite à une désillusion artistique. Cette oeuvre est l’une de celles de ses dernières années. Tout en cédant aux exigences du grand opéra à la française, le compositeur réutilise des éléments d’un de ses anciens opéras, L’Ange de Nisida, faisant même quelques emprunts à Maria Stuarda. Dans cette partition il va tendre vers le lyrisme italien, oubliant quelque peu le flamboyant style rossinien. Le livret s’inspire d’une page d’histoire qui  remonte au XIVe siècle espagnol, alors que l’église s’oppose au pouvoir, et que le roi Alphonse XI repousse les maures hors les murs avec l’aide de Fernand. Ce dernier ayant quitté les ordres religieux par amour, le sujet reste assez sensible pour la censure qui voit s’opposer l’amour au devoir. Mais fi de ces considérations, et concentrons-nous sur les voix et la musique. le pari est risqué de jouer sans la mise en scène qui, si elle est bien adaptée, donne plus de rythme et de force à l’ouvrage, mais réjouissons-nous de n’avoir pas à subir une mise en scène dérangeante et souvent hors de propos. C’est hélas ! souvent le cas. Un plateau jeune, avec des voix vaillantes, allait soutenir l’attention d’un public conquis au point d’avoir oublié la légère frustration du début, pour finir sur des bravi éclatants et de nombreux rappels. C’est peu de dire que cet opéra est rarement joué ; à Marseille, la dernière représentation remonte à 1968, avec Tony Poncet dans le rôle de Fernand, Rita Gorr interprétant Léonor. Rôle épuisant pour le ténor, dit-on. Et ici, en français, sans l’aide des légers portamenti, et des appuis que procure la langue italienne, la tessiture haute et tendue rend la prestation encore plus périlleuse. Paolo Fanale, très apprécié par le public marseillais qui l’avait déjà applaudi dans le rôle de Tito, (La Clemenza de Tito) en 2013, et ovationné pour son interprétation de Nemorino (L’Elisir d’Amore) en 2014 est ici Fernand. Il aborde ce rôle avec vaillance et investissement, dans une voix claire aux inflexions d’une grande souplesse. Si l’on retrouve au début de l’ouvrage le Némorino touchant de l’Elisir d’Amore, la colère donne à son Fernand une vigueur toute particulière qui n’altère jamais l’émission et la justesse du chant. Dans ce rôle physique, le jeune ténor italien arrive à s’exprimer dans un phrasé et une ligne de chant jamais interrompus. Les forte laissent place aux piani subito et espressivo sur une longueur de souffle jamais mise en difficulté. Cette musicalité de chaque instant fera dire à un spectateur à la fin de son air : “Quelle leçon de chant !”. Car en plus de toutes les qualités que l’on reconnaît à Paolo Fanale, et elles sont nombreuses : projection de la voix, aigus solides et puissants avec contre ut et ut dièse lancés avec facilité dans un investissement total, c’est la musicalité, la sensibilité et la technique du souffle qui lui permet des nuances extrêmes, qui feront de cette interprétation un moment tout à fait privilégié ; quelle beauté que son “ange si pur” ! Mais cette oeuvre n’est pas dédiée à la seule voix de ténor, une grande voix de mezzo-soprano est nécessaire pour interpréter Léonor, et quoi de mieux qu’une voix française ? Ce sera la jeune Clémentine Margaine, remarquée par Maurice Xiberras au concours de chant de Marmande, puis Révélation Artiste lyrique de l’année aux Victoires de la musique classique en 2011. Elle fait montre ici des qualités spécifiques à ce rôle qui exige puissance et sensibilité. Si la voix demande encore à s’élargir, sa puissance colorée qui garde les harmoniques, et son homogénéité dans chaque registre n’ont rien à envier aux grandes mezzo-soprano du moment. Si les piani sont sensibles, ils conservent à la voix ses inflexions dramatiques. Des graves qui résonnent sans les appuyer et un vibrato intense, juste et mesuré permettent des duos sensibles en accord avec les voix des partenaires ; des duos d’une grande intensité musicale. Dans son air”O ! mon Fernand”, Clémentine Margaine chante avec une voix pleine qui fait écho au solo de cor dans un legato coloré. Des notes posées avec délicatesse, une grande maîtrise du souffle et une puissance contrôlée donneront à cette Léonor, une belle dimension émotionnelle. Dans ce trio où l’amour amène le drame, nous retrouvons la voix profonde de Jean-François Lapointe dans le rôle parfois ambigu du roi Alphonse XI. Un homme amoureux, déçu, en colère, magnanime ou manipulateur. Comme toujours, ce  baryton très aimé du public marseillais qui se souvient encore de son interprétation d’Hamlet, nous donne une leçon de chant et de musicalité ; si ce musicien dans l’âme, capable aussi de diriger un opéra, a la voix du rôle, il en a aussi l’autorité et la prestance. Jamais à court de souffle, il respire avec le chef d’orchestre, laissant passer ses émotions au travers de la voix. Dans une diction impeccable, se jouant des difficultés de la langue française, il peut être tendre ou plus guerrier, avec des aigus sûrs et puissants, ainsi dans son affrontement avec Balthazar, le légat du pape. “Jardins de l’Alcazar” “Léonor viens” sont chantés avec souplesse et clarté dans un phrasé de toute beauté. Le sens du phrasé est-il inné ? Sans doute vient-il d’une élégance naturelle. Toujours est-il que l’élégance fait partie des qualités que nous reconnaissons à ce chanteur aux prises de notes toujours délicates. Superbe duo avec Léonor chanté dans une même esthétique musicale. Le Balthazar de Nicolas Courjal impose son autorité dès le premier échange avec Fernand, et sa voix profonde de basse n’a aucune difficulté à s’imposer. Avec des aigus sonores, tenus, et la couleur sombre qui caractérise ses graves, Nicolas Courjal possède toutes les qualités qu’exige une grande voix de basse. Si la puissance n’est pas un problème pour lui, c’est dans les Piani que l’on apprécie la rondeur et le velouté de la voix, et l’on se prend à espérer qu’il puisse nuancer cette puissance pour arriver à une ligne musicale plus homogène et à plus de souplesse dans le phrasé. Balthazar est un beau rôle de basse qui offre au chanteur la possibilité de s’exprimer avec caractère jusque dans son échange avec le roi pour un superbe duo de voix graves. Jennifer Michel prête ici sa voix fraîche à Ines la confidente de Léonor. Dans une belle diction et des vocalises à l’aise, la jeune soprano arrive à imposer son personnage avec un joli phrasé sur une belle longueur de souffle. Loïc Félix, souvent apprécié pour la vaillance de son chant et la clarté de sa voix est ici un Gaspard à la hauteur d’un plateau homogène en tous points qui remportera tous les suffrages. Participant au succès, Le Choeur de l’Opéra de Marseille, toujours dans un grand investissement vocal, bien qu’en fond de scène, offre des attaques précises et sonores dans des ensembles d’une grande musicalité. Homogénéité des voix d’hommes dans un chant religieux sotto voce. Un grand bravo à Emmanuel Trenque pour la belle tenue de son choeur. Les versions concertantes nous procurent toujours le plaisir de voir l’orchestre et d’apprécier la direction de son  chef. Paolo Arrivabeni dirige avec l’élégance qu’on lui connaît une phalange toujours à son écoute. Avec des tempi allant, il ôte tout ennui et tient, d’une baguette ferme, aussi bien les musiciens que les chanteurs tout en leur laissant l’aisance des respirations, ou en leur imposant un rythme plus prononcé. Cette rondeur de son, spécifique à sa direction, se retrouve encore ici, avec des cordes en tapis sonore, ou des cuivres au choral religieux. Avec un staccato précis, des oppositions de nuances rapides et des inflexions qui passent de la joie au dramatique, l’orchestre a fait plus qu’accompagner les chanteurs. Une soirée musicale réussie, avec un plateau de grande qualité qui a enthousiasmé un public marseillais qui, comme on le sait, est amateur de belles voix. Un grand bravo ! Photo Christian Dresse

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