Opéra de Toulon:”Aida”

Opéra di Toulon, Stagione Lirica 2012/2013
“AIDA”
Opera in quattro atti di Antonio Ghislanzoni.
Musica di Giuseppe Verdi
Il Re d’Egitto PAOLO BATTAGLIA
Amneris ENKELEJDA SHKOSA
Aida MARDI BYERS
Radames CARL TANNER
Amonasro CARLOS ALMAGUER
Ramfis WOJTEK SMILEK
Un messaggero VINCENT ORDONNEAU
Una sacerdotessa AURELIE LIGEROT
Coro, Orchestra e corpo di ballo dell’Opéra di Toulon
Direttore  Alberto Hold-Garrido
Regia  Paul Emile Fourny
Scene e costumi Jean-Pierre Campeyron
Luci Jacques Chatelet
Coreografia   Erick Margouet
Allestimento dell’Opéra de Nice.
7 Avril 2013
En ce dimanche après-midi l’Opéra de Toulon nous présentait Aïda, une des oeuvres maîtresse de Giuseppe Verdi, qui fût Créée au Caire en 1871 dans des décors et costumes supervisés par l’égyptologue Ferdinand Mariette. C’est une production venue de Nice et légèrement modifiée pour les besoins de la scène que nous voyons aujourd’hui. Le metteur en scène Paul-Emile Fourny en accord avec Jean-Pierre Campeyron à qui sont confiés les décors et costumes, voulant représenter l’Egypte telle qu’on l’imagine, nous donne ici, une version “kitschissime” avec profusion de détails relatifs à la mythologie égyptienne et nombre de clichés tirés de films plus anciens.
Rien n’est oublié dans la représentation des dieux, Le disque solaire pour le dieu Râ en fond de scène, Anubis et sa tête de chacal, la déesse Sobek à tête de crocodile, la coiffe de la déesse Athor, ou les plumes du dieu Amon. Le pharaon tel qu’il est représenté sur les bas-reliefs porte la double couronne de basse et haute Egypte et tient dans ses mains les attributs de la royauté, la crosse et le flabellum. Mais les détails ne s’arrêtent pas là et nous aurons tout loisir de visiter l’Egypte ancienne tout au long de l’opéra.
Dès le début nous sommes transportés quelques millénaires plus tôt. Des ouvriers travaillent à l’élaboration de monuments et de statues, plus tard nous verrons des esclaves occupées à leurs tâches journalières, un Sphinx servant de torchère où la barque sacrée transportant maintenant Amnéris. Les costumes ne sont pas somptueux mais suivent les clins d’oeil du metteur en scène en accord avec les décors. Le costume de Radamès, mélange de cuirasse romaine et de manteau long ne choque pas bien qu’il ne soit pas très seyant, les esclaves éthiopiens étant vêtus de peaux de bêtes. Plus classiques sont les robes des chanteuses et des esclaves, longues tuniques plissées. De jolis tableaux tout de même avec des lumières qui vont du blanc laiteux des colonnes en forme de lotus aux couleurs pastel qui font penser à ces aquarelles art nouveau où le figuratif était souvent représenté sans trop de relief. C’est inattendu mais tout à fait charmant; et que demande-t-on à un spectacle si ce n’est de nous faire passer quelques heures agréables? Point n’est toujours besoin d’avoir des chocs émotionnels.
La surprise viendra des chanteurs avec un couple Amnéris,Radamès de tout premier ordre qu’il est rare de rencontrer sur des scènes de villes de province considérées comme assez petites.
Le ténor américain Carl Tanner s’est produit sur la plupart des grandes scènes à travers le monde où il interprète les grands rôles adaptés à sa voix, passant d’Otello à Manrico (Il Trovatore), de Dick Johnson (La Fille du Far-West), à Cavaradossi (Tosca)… avec toujours un très grand succès. Il est ici un Radamès remarquable, par sa présence déjà mais aussi par sa voix qui est la voix du rôle; puissante, claire, sans faille, avec des attaques nettes et guerrières sans forcer qui gardent la beauté du timbre et des aigus qui conservent rondeur du son et musicalité. Dès son Air “Celesta Aïda”, on est convaincu d’entendre un Radamès dont il faudra se souvenir. Modulant sa voix, il saura chanter avec souplesse dans les “duo” ou dans les “quintet”.
Le rôle d’Amnéris est souvent interprété par des “Mezzo” qui ont certes une belle voix puissante mais qui sont scéniquement et physiquement pas très agréables. Enkelejda Shkosa qui interprète ici le rôle campe une belle Amnéris. Féminine, elle a beaucoup d’allure et joue avec sensibilité; elle ne veut pas à tout prix se rendre antipathique et pour la première fois on se prend à avoir de la sympathie pour cette femme malheureuse. Sa voix chaude et directe nous fait entendre des graves  timbrés et des aigus amples et sonores sans agressivité. On apprécie sa musicalité dans les “duo” avec Radamès ou Aïda et  sa diction parfaite lui permet de projeter ses notes sans dureté. La justesse de son jeu donne même un peu de poids à une Aïda un peu timide. C’est une Amnéris somptueuse sans affectation, à la ligne de chant nuancée.
La Soprano américaine Mardi Byers qui chante Aïda semble un peu empruntée avec une voix assez faible au début surtout dans les graves mais elle prend de l’assurance et dans on Air “Numi Pietà” sa voix s’affirme et ses aigus sont plus percutants tout en restant délicats. Malgré son manque apparent d’émotion elle s’anime au contact d’Amnéris pour former avec cette dernière un “duo” très musical, mais reste un peu en retrait dans le “duo” final avec Radamès malgré une voix agréable sans trop de projection. Le Baryton mexicain Carlos Almaguer qui chante les rôles les plus importants des opéras italiens sur les grandes scènes interprète ici le rôle d’Amonastro. Apprécié à Marseille la saison dernière dans “Il Trovatore”, il semble avoir arrondi sa voix et réduit sa puissance pour gagner en intensité dramatique. Grâce à son jeu sobre et son interprétation musicale, il est un Amonastro de grande qualité faisant de ce rôle assez court, un personnage de premier plan. Son “duo” avec Aïda est chanté avec souplesse et détermination avec le souci constant de ne pas couvrir sa partenaire. Très applaudi il obtient un grand succès très mérité. Wojtek Smilek fait entendre sa voix profonde de basse en chantant ici le rôle de Ramfis. Les qualités reconnues lors de son interprétation de Callistène (Poliuto) chanté en novembre à Marseille se confirment. Sa belle prestance prend ici, dans le rôle du grand prêtre, toute sa dimension. Sa voix est chaude, large et ses aigus sonores passent sans forcer. Son manque de projection regretté alors semble s’être estompé et les notes articulées sont émises avec netteté. Il fait partie des rôles qui feront le succès de cette représentation. La Basse Paolo Battaglia qui chante le rôle du roi était malade et de ce fait on lui pardonne son manque de puissance vocale dans son interprétation. La voix de la prêtresse chantée par Aurélie Ligerot est pure et légère et apporte un peu de fraîcheur. On écoute avec plaisir la voix du messager chanté par Vincent Ordonneau.
Avec peu de danseurs, le chorégraphe Erick Margonet arrive à nous présenter un ballet tout à fait dans le style voulu par le metteur en scène, sobre et intelligent dansé avec grâce et précision. Les artistes du Choeur ont fait une prestation remarquable. Ensemble, couleur des voix, nuances et homogénéité sont les qualités que l’on retiendra, dirigés ainsi que l’orchestre par Maître Alberto Hold-Garrido. Très célèbre dans les pays scandinaves son répertoire est assez éclectique. Il dirige ici Aïda avec beaucoup de précision et de fermeté avec les gestes nécessaires sans ostentation. Les tempi sont vifs mais permettent à la sensibilité de s’exprimer dans les passages plus lents ou en accompagnement des chanteurs que l’orchestre ne couvre jamais. les rythmes sont nets et les attaques sont précises. La marche triomphale jouée avec les “trompettes d’Aïda” est interprétée sans “flon-flon” avec une jolie sonorité. Il faudra se souvenir aussi de ce chef d’orchestre peu connu en France. Très applaudie par le public enthousiaste, cette représentation d’Aïda est un succès, un moment musical où l’on pouvait remarquer la générosité de chaque interprète.

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