Bayerische Staatsoper: “Die Meistersinger von Nürnberg”

Munich, Nationaltheater, Opernfestspiele 2016
“DIE MEISTERSINGER VON NÜRNBERG”
Opéra en trois actes, livret de Richard Wagner.
Musique de Richard Wagner
Hans Sachs  WOLFGANG KOCH
Veit Pogner  CHRISTOF FISCHESSER
Kunz Vogelgesang  KEVIN CONNERS
Konrad Nachtigall CHRISTIAN RIEGER
Sixtus Beckmesser MARTIN GANTNER
Fritz Kothner EIKE WILM SCHULTE
Balthasar Zorn  ULRICH RESS
Augustin Moser  THORSTEN SCHARNKE
Hermann Ortel  FRIEDEMANN RÖHLIG
Hans Schwarz  PETER LOBERT
Hans Foltz DENNIS WILGENHOF
Walther von Stolzing JONAS KAUFMANN
David BENJAMIN BRUNS
Eva  SARA JAKUBIAK
Magdalene OKKA VON DER DAMERAU
Nachtwächter TAREQ NAZMI
Bayerisches Staatsorchester
Choeur und Extrachor der Bayerischen Staatsoper
Direction musicale Kirill Petrenko
Chef du choeur Sören Eckhoff
Mise en scène   David Bösch
Décor   Patrick Bannwart
Costumes   Meentje Nielsen
Vidéo   Falko Herold
Lumières   Michael Bauer
Dramaturgie   Rainer Karlitschek
Munich, le 28 juillet 2016
Créé au Nationaltheater de Munich le 21 juin 1868, “ Les Maîtres chanteurs de Nuremberg ” est le septième opéra de Richard Wagner sur les dix que comportent ses oeuvres de maturité. Mais fait plus rare, c’est le second qui soit une comédie après ” Das liebesverbot  ( La défense d’aimer ) “, un peu à  l’image de ce que fera Giuseppe Verdi avec Falstaff. Est-ce une étude de société, un conflit de générations comme le disent certains, ou tout simplement une façon d’exprimer ses propres sentiments pro-culturels, pro-allemands ? Une comédie, certes, mais néanmoins assez longue, l’opéra durant plus de quatre heures, dans une musique où traditions et chants populaires vont s’enchaîner ; et cela dès le prélude où le côté pompeux sera vite effacé par l’ambiance vivante et joyeuse des villages bavarois.
C’est au travers de sa musique, que Richard Wagner transcrira les sentiments et les caractères des personnages. Dans cette production, présentée au mois de mars et reprise pour ce Festival d’été, David Bösch revisite complètement l’oeuvre de Richard Wagner, tout en ne changeant rien à la trame. Du XVIème siècle, nous passons allègrement au XXème, tout en restant en Allemagne, Nuremberg certainement ? Dans les années 1950/60, et une reconstruction d’après guerre ? Mais alors, que font les antennes paraboliques aux fenêtres, les tags sur les murs ? Toujours est-il que le quartier est plutôt miteux avec échafaudages et immeubles HLM en béton. Passons, et entrons dans le jeu du metteur en scène pour une comédie, où un concours de chant style Eurovision est organisé. Les personnages sont les mêmes  et jouent avec aisance dans une bonne direction d’acteurs. C’est d’ailleurs sur ce plan que David Bösch fait le meilleur travail. Dans cette conception, chaque chanteur est à sa place. Patrick Bannwart a imaginé un décor un peu surchargé, avec des détails à foison comme c’est souvent le cas : Hans Sachs, toujours cordonnier tient boutique dans une vieille fourgonnette Citroën, Sixtus Beckmesser, encore amoureux d’Eva, cherche à gagner le concours et se rend ridicule en montant sur un élévateur archaïque pour lui chanter sa sérénade, un podium style ring de boxe tient lieu de scène avec un fauteuil électrique trônant au milieu pour éjecter les candidats malchanceux, plus une foule de gags et de vidéos au dernier acte avec lancer de confettis argentés à l’américaine. Tout ceci est bien réglé dans un bon tempo, mais assez confus. Bouffonneries ? Bataille rangée avec passage à tabac de Beckmesser, pour finir sur une image Hollywoodienne : Walther von Stolzing  refusant la coupe du vainqueur part avec sa guitare et Eva, son seul trophée. Il vaut mieux connaître la langue allemande pour aborder un ouvrage aussi long où les monologues sont nombreux, sous peine de passer à côté des subtilités du texte. Les costumes de Meentje Nielsen, vont des robes seyantes, blanche à fleurs ou rose à pois pour Eva et Magdalene, des costumes stricts marron ou gris de Sixtus Beckmesser ou de David, aux costumes traditionnels bavarois du choeur au troisièmes acte, les hommes portant la lederhose et les femmes le dirndl, sans oublier le costume blanc de Veit Pogner, fumant cigare, et la tenue de Walther von Stolzing : blouson de cuir, baskets, mi-rocker, mi-routard.
Tout ceci reste dans l’idée un peu déjantée du metteur en scène qui n’hésite pas à vêtir Beckmesser d’un costume doré en paillettes lors du concours, Falko Herold présentant des vidéos très kitch des corporations : Boulangers avec bretzel, coiffeurs avec ciseaux, et même golden boys. Les lumières de Michael Bauer éclairant les scènes sans violence, restent assez sobres et sombres. Mais cette production, dont la mise en scène n’est pas toujours convaincante, est servie par un plateau plus qu’excellent. Faut-il commencer par Jonas Kaufmann, tant attendu dans cette prise de rôle, et dont la prestation est une réussite ? Certes, le ténor allemand a trouvé ici un rôle à sa mesure avec cette partition écrite dans des tessitures qui lui vont bien. Très à l’aise dans la musique de Richard Wagner, il fait ressortir avec un grand naturel le timbre de sa voix toujours bien placée, et des aigus projetés avec facilité. Si nous avions émis quelques réserves pour son interprétation de Don José ( Carmen, Orange 2015 ), on ne peut rêver mieux pour le rôle de Walther von Stolzing. Ici, sa voix barytonnante fait merveille sans enlever la brillance de ses aigus directs et puissants dans une belle longueur de souffle. Sa voix homogène lui permet un phrasé musical avec des nuances sensibles pour un chant de toute beauté. Jonas kaufmann le dit lui même, il aime jouer les anti-héros. Aussi, c’est avec un plaisir évident qu’il aborde ce rôle en jeune homme espiègle, boudeur, révolté, tout juste sorti de l’adolescence, en plein accord avec la mise en scène. Aussi juste dans la colère, alors qu’il casse le buste de Richard Wagner, que tendre dans ses duos avec Eva, Jonas Kaufmann investit avec brio le rôle de Walther von Stolzing. Pas de ” Maîtres chanteurs ” réussi sans un Hans Sachs de haute volée. Une voix solide et une grande résistance sont les premières qualités requises pour ce rôle. En cela, le baryton basse Wolfgang Koch est le cordonnier idéal. Avec une voix à la mesure de sa stature, il envahit la scène avec panache pour des monologues d’anthologie. Dans un chant profond aussi sensible qu’investi, il fait passer ses sentiments au travers de sa voix colorée, vocalisant même avec agilité. Quelle force tranquille, quelle assurance et quelle puissance ! Martin Gantner est un Beckmesser à la hauteur ; vif, drôle, investi, sa voix de baryton bien projetée passe avec netteté et facilité. Jouant les comiques aussi bien que les amoureux transis, il chante avec une voix homogène et percutante. Faisant montre d’une belle technique il est aussi à l’aise scéniquement que vocalement et sa prestation sera très appréciée jusque dans son duo avec Hans Sachs. Décidément, cette production nous propose un casting sans faille, avec un Benjamin Bruns très en forme. Que dire de cette interprétation à part que c’est un sans faute ? présence scénique, rythme, musicalité et intelligence de chant alliés à une belle technique sont à porter à son crédit. Aussi sensible que nerveux, amusant, ou agile lorsqu’il danse, la musicalité ressort dans son chant, seul ou dans le quintette à l’intonation délicate, chanté dans une même esthétique musicale. Christof Fischesser campe un Veit Pogner qui fait résonner sa voix de basse trempée dans un bronze solide. Doté d’une présence et d’une belle allure, il s’impose dans le rôle du père d’Eva ; chantant avec élégance, il projette ses aigus et fait résonner les graves avec nuances et musicalité. Une mention aussi pour Heike Wilm Schulte qui nous propose un Fritz Kothner à la voix de ténor percutante et au phrasé musical. Très en place dans chacune de ses interventions, il sera apprécié et très remarqué. C’est la soprano américaine Sara Jakubiak qui chante Eva. Fine, jolie, elle est une fiancée idéale pour Walther von Stolzing. Mais au-delà du physique, sa voix fraîche fait merveille. Elle utilise sa technique pour moduler la voix avec aisance, passant avec facilité des graves qui résonnent aux aigus puissants ou piano chantés falsetto. Avec un jeu naturel et une voix agréable et équilibrée, Sara Jakubiak est cette jeune fille sentimentale et déterminée. La mezzo-soprano Okka von der Damerau, que nous avions appréciée dans le rôle d’Ulrica ( Un ballo in maschera le 27 juillet ), est ici Magdalene. Ce rôle beaucoup plus court, ne nous empêche pas de retrouver la rondeur et la profondeur de sa voix grave qui se marie très bien avec celle d’Eva pour un duo équilibré. Ce casting est remarquable jusque dans la distribution des petit rôle, donnant à chaque chanteur bien choisi l’occasion de se faire remarquer.
C’est à Sören Eckhoff que revient le mérite d’avoir préparé le Choeur du Bayerischen Staatsoper. Quel ensemble, quel investissement aussi bien scénique que vocal ! Des attaques nettes, précises avec un impact sonore immense ; telles seront les qualités les plus remarquables de ce choeur. Mais c’est à Kirill Petrenko que nous devons la coordination du plateau et de l’orchestre. Si nous avions trouvé les sonorités de l’orchestre assez peu équilibrées sous la baguette de Daniele callegari dans ” Un ballo in maschera ” le 27 juillet, force est de constater qu’il n’en n’est rien ici. Dans des tempi allant, une battue claire et des envolées musicales, le Maestro ( Directeur musicale du Théâtre d’Etat de Bavière ), qui prendra ses fonctions à la tête du Berliner Philharmoniker dès 2019, impose son rythme et donne du relief à la partition avec d’énormes fortissimi ou des phrasés plus suaves. Si les cordes ont trouvé une rondeur de son, on aimerait des enchaînements plus délicats à la petite harmonie. Pas toujours en rapport avec la musique, cette mise en scène a le mérite de garder son rythme, de rester près du texte et de certaines intentions du compositeur. Une soirée réussie, où les voix et l’investissement scénique des chanteurs ont comblé nos attentes. Photo© Wilfried Hösl

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