Festival de Pâques d’Aix-en-Provence 2017: Charles Dutoit & Royal Philharmonic Orchestra

Le Grand Théâtre, Aix-en-Provence, saison 2017
Royal Philharmonic Orchestra
Direction musicale Charles Dutoit
Violon   Renaud Capuçon
Hector Berlioz: Ouverture du Carnaval romain op. 9
Felix Mendelssohn-Bartholdy:  Concerto pour violon en ré mineur
Antonin Dvorak:  Symphonie No 9 en mi mineur, op. 95 “Du Nouveau Monde”
Aix-en-Provence, le 23 avril 2017
Menu Royal pour le dernier concert du Festival de Pâques d’Aix-en-Provence 2017 : le Royal Philharmonic Orchestra dirigé par Charles Dutoit avec en soliste le violoniste Renaud Capuçon, fondateur du festival, et “chouchou” des festivaliers. Un programme des plus alléchants avec en inversant un peu : entrée, dessert et plat de résistance. Hector Berlioz compose le Carnaval romain à partir de son opéra Benvenuto Cellini qui n’avait eu, en France, aucun succès. Cette ouverture – n’est-ce pas plutôt une pièce symphonique de concert ? – très structurée en un Allegro, un Andante et un Allegro vivace, fait ressortir les harmonies propres au compositeur. Exécutée pour la première fois en février 1844, cette pièce a du panache. Des rythmes, et une certaine grandiloquence donnent à cette partition beaucoup relief. Très bien interprétée par le Royal Philharmonic Orchestra, cette ouverture offre une mise en bouche des plus spectaculaires. Charles Dutoit sait d’emblée comment faire sonner cet orchestre royal avec des attaques incisives, des phrasés amples, joués par un quatuor aux archets largement déployés dans un tempo sans lenteur. Avec une gestuelle claire et néanmoins élégante, le Maestro fait retentir les cuivres sans saturer les sons. Trompettes, cornets, cors et trombones donnent de l’éclat ou se font plus discrets ; les nuances toujours maîtrisées enlèvent le côté “pompier” que l’on trouve parfois dans certaines interprétations moins soignées. Rien de cela ici, Berlioz s’impose avec ses harmonies particulières et ces sonorités qui n’appartiennent qu’à lui. Le second concerto pour violon composé par Felix Mendelssohn mettra quelques années avant de prendre sa forme définitive. Offert à l’illustre violoniste Ferdinand David, c’est lui qui l’interprètera pour la première fois à Leipzig le 13 mars 1845. Ecrit de façon peu traditionnelle, ce concerto est le reflet de la personnalité du compositeur où transparaissent sa fougue, sa jeunesse et ses émotions souvent passionnées. Renaud Capuçon est ici au violon et à l’archet. Etonnant Renaud Capuçon qui fait preuve d’une maîtrise époustouflante. Son Guarneri del Gesù “Panette” veut-il échapper à son contrôle dans le début du premier mouvement où le soliste joue dès les premières notes ? Il le dompte, le plie à ses désidératas immédiatement et le fait sonner avec une maîtrise qui force l’admiration. Non, rien ne déstabilisera ce violoniste qui peut jouer différentes musiques sous diverses formes et dans des styles distincts au fil des soirées, pour le plus grand plaisir des auditeurs. Soutenu par un orchestre dont le chef est à l’écoute dans chaque phrase et chaque nuance, Renaud Capuçon impose sa vision du concerto sans mièvrerie, faisant ressortir la fougue contenue dans la partition dans de longs phrasés soutenus. Son grand contrôle de l’archet n’ôte rien au charme des démanchés ni à l’agilité de main gauche, mais autorise des attaques franches  dans une cadence brillante où trilles et harmoniques sonnent avec justesse. Cette technique d’archet se retrouve dans l’Andante avec un soutien du son, du talon à la pointe, et un vibrato intense qui fait ressortir la tendresse contenue dans cette page, soutenu par le quatuor de l’orchestre qui joue dans un seul son, un seul archet. L’Allegro du final sonne molto vivace tout en laissant résonner les notes jouées dans une vélocité élégante et une pointe d’humour qui fait voler le staccato. Jetato au talon, accents sonores dans l’archet et rallentando fait avec finesse, démontrent encore l’aisance et la musicalité dont fait preuve Renaud Capuçon dans chacune de ses interprétations. Soulevant l’enthousiasme du public, celle ci sera suivie par la mélodie d’Orphée de Gluck donnée en Bis. Ce chant intérieur, joué en posant les notes dans un vibrato qui ne commence pas immédiatement, à la manière baroque, laisse entendre sa plainte dans une interprétation d’une grande maturité aux sons éthérés. La symphonie No 9 en mi mineur d’Antonin Dvorak “Du Nouveau Monde”, composée aux Etats-Unis en 1893 et créée le 15 décembre de la même année au Carnegie Hall, est certes la symphonie la plus connue du compositeur mais aussi du répertoire symphonique moderne. Qui n’a jamais entendu le fameux thème du dernier mouvement, générique d’une émission médicale de l’ORTF ? Dvorak se sert des couleurs des divers instruments de l’orchestre, utilisant le piccolo ou le trombone basse pour des sons extrêmes, tout en donnant la parole au cor anglais pour des phrases mélancoliques. Si le compositeur se défend d’avoir utilisé des mélodies indiennes, il avoue s’être inspiré de certains thèmes, les modernisant par des rythmes et des couleurs orchestrales. Avec cette symphonie monumentale, Charles Dutoit, à la tête du Royal Philharmonic Orchestra était sûr d’obtenir un immense succès. Avec un quatuor fourni, au top niveau, des cuivres aux sons pleins, ouverts et généreux, et une petite harmonie précise, le Maestro disposait d’un matériau de choix. Après un entremet gourmand proposé par Renaud Capuçon, le plat de résistance terminait en apothéose ce menu royal. Charles Dutoit, qui ne compte plus les décorations et les récompenses, sait comment faire sonner l’orchestre, dont il est le directeur artistique et le chef principal, dans toutes les couleurs qui composent cette partition. Les tempi toujours justes donnent les atmosphères et font ressortir les dynamiques. La puissance sans dureté des trombones ou la couleur apaisante de la flûte nous font entrer dans un Nouveau Monde impressionnant. Avec justesse, et dans une gestuelle élégante, le Maestro nous emmène à travers les plaines, au son nostalgique du con anglais dans des nuances piani aux lenteur pesantes. C’est par l’émission des sons que Charles Dutoit nous donne une approche particulière de l’Amérique. Les rythmes du troisième mouvement apportent une certaine luminosité dans un tempo modéré pour une sorte de danse et de longues phrases lyriques où les cordes font ressortir des attaques précises. L’énorme puissance du dernier mouvement évoque une Amérique altière aux accents sonores mais ronds dans un déferlement de sons où les altos rappellent une machine en marche dans une sorte d’ostinato. Rythmes, changements d’atmosphères, ruptures de tempi, un peu maniérés peut-être, nous font ressentir la force de cette Amérique aux pouvoirs infinis. Non, rien ne résiste à ce continent qui, dans un crescendo énorme, avec un quatuor à son paroxysme, tenant tête aux cuivres, nous  impose sa vision du Nouveau Monde. Charles Dutoit, en technicien expérimenté, ne laisse aucune note au hasard et entraîne avec maestria l’orchestre et la salle sur les traces des chercheurs d’or pour finir en une glorieuse apothéose. Un orchestre monumental guidé par un maître incontesté de la baguette. Un concert d’exception  qui a soulevé d’enthousiasme une salle conquise. En cette soirée de clôture de ce Festival de Pâques 2017, nous applaudissons cette recherche de l’excellence pour les concerts programmés, qui a su entraîner 22 000 spectateurs pour 22 concerts donnés dans diverses salles. Une réussite. Photo Caroline Doutre

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