Krzysztof Penderecki & Anthony Abel en concert a Marseille

Salle du Silo, Marseille, saison 2016 / 2017
Orchestre Philharmonique de Marseille
Direction musicale Krzysztof Penderecki
Trompette   Anthony Abel
Sir Andrzej Panufnik:Old Polish Suite
Krzysztof Penderecki: Concerto pour trompette et orchestre en mi bémol majeur
Anton Dvorak: Symphonie No 9 dite du “Nouveau Monde”
Marseille, le 21 avril 2017
Fidèle à sa démarche prise cette saison de nous présenter au fil des concerts des oeuvres contemporaines dirigées par le compositeur lui-même, Maurice Xiberras, directeur général de l’Opéra de Marseille, avait convié, en cette soirée du 21 avril 2017, une figure, que dis-je ! un monument de la musique du XXe siècle : Krzysztof Penderecki. En effet, nul ne pouvait espérer le voir diriger à Marseille l’Orchestre Philharmonique, qui a souvent, à une certaine époque, joué quelques unes de ses oeuvres. Certains des auditeurs du concert de ce soir se souviennent encore de cet opéra “Les Diables de Loudun” créé à Hambourg en 1969, et qui avait causé quelques remous dans la salle de l’Opéra de Marseille, lieu de sa création française le 4 février 1972. Certes avant-gardiste, cette oeuvre était néanmoins un très beau spectacle. C’est dire si des liens étroits lient l’Opéra de Marseille au compositeur. Krzysztof Penderecki avait choisi d’ouvrir le concert avec une page écrite par son compatriote Sir Andrzej Panufnik décédé en 1991 : Old Polish Suite, basé sur des oeuvres polonaises des XVIe et XVIIe siècles. Si Andrzej Panufnik laisse un nombre impressionnant de compositions (dont certaines ont été perdues), il est à noter sa brillante carrière de chef d’orchestre. Ses compositions sont modernes sans excès, mais narratives et imagées. Old Polish Suite est une succession de danses anciennes, médiévales même, d’une construction tout à fait classique, jouées avec beaucoup de charme sur des rythmes joyeux. Interlude et choral laissent les instruments résonner dans une ampleur de son où calme et élégance se côtoient. La carrière de Krzysztof Penderecki est, depuis 1959, jalonnée de nombreux prix. Etant allé très loin dans la recherche des sonorités, avec des idées très avant-gardistes qui le mèneront jusqu’à la musique sérielle, le compositeur reviendra tardivement aux traditions tonales. Bien que de construction classique, on retrouve dans son Concerto pour trompette et orchestre en mi bémol majeur cette recherche sur les sons qu’il concrétise par l’emploi en alternance de la trompette en ut et du bugle, dont le son est plus doux et plus rond. Krzysztof Penderecki a conçu ce concerto non comme une oeuvre virtuose, mais comme un dialogue entre le soliste et l’orchestre. Facile d’accès pour l’auditeur, il permet d’écouter ces deux instruments dans des pages qui font ressortir technique et musicalité. D’entrée, on conçoit l’originalité du compositeur qui fait entrer le soliste plus tard, venant des coulisses. Le son d’Anthony Abel, s’il est direct et percutant, n’en est pas moins velouté et rond dans le piano. Dialoguant avec l’orchestre, il se joue des difficultés, des notes hautes et des sauts d’intervalles. La présence renforcée de l’orchestre le soutient alors qu’il fait sonner son instrument de façon nostalgique avec des graves empreints de tristesse amenant une réponse plaintive des violons. Trilles percutants, crescendi sonores mais veloutés, Anthony Abel fait une démonstration de technique avec des sons clairs dans un tempo vif, où des aigus en points d’interrogations lancés avec humour font place à la vélocité. L’orchestre revient en force, comme au début, sur les sons affirmés de la trompette. Le public, venu nombreux écouter ce concerto composé il y a seulement deux ans par un jeune homme de 😯 printemps, a longuement ovationné le soliste qui a su, avec beaucoup de talent, le séduire, l’intéresser et le transporter musicalement par la voix d’un instrument que l’on aimerait écouter plus souvent en soliste. Un grand bravo ! Krzysztof Penderecki avait choisi la symphonie No 9 “Du Nouveau Monde” d’Anton Dvorak, pour terminer ce concert en apothéose. Monument de la musique symphonique moderne et musique descriptive, puissante, colorée, mais surtout évocatrice. Sans baguette, mais avec un bras dont le poids crée le son, un son large, profond, qui se retrouve dans chaque mouvement, dans chaque évocation. La pâte sonore est là, aussi bien dans les forte que dans les piani. Si les tempi changent selon les mouvements ou les discours, cette interprétation sera fortement marquée par la signature du Maestro. D’une époque où l’on prenait le temps de faire sonner chaque note, mais où l’on avait aussi le temps de les écouter sans hâte, Krzysztof Penderecki nous donne une vision solide de ce Nouveau Monde où les cuivres sonnent sans saturer, où le quatuor trouve une unité de son tout en laissant ressortir la petite harmonie. Admirablement écrite pour nous raconter un pays en musique, cette symphonie utilise les couleurs des divers instruments, et l’on ne peut que louer les pupitres de l’orchestre qui font ressortir chaque thème dans un grand investissement personnel et collectif. L’émotion est intense dans le deuxième mouvement avec des phrases musicales jouée dans un tempo large où chaque note a ses propres vibrations pour un long solo de cor anglais nostalgique. Sans geste inutile, le Maestro change les atmosphères, que ce soit dans un choral religieux de cuivres ou dans un staccato plus joyeux de hautbois. Cette symphonie aux couleurs de l’Ouest américain sait donner de la puissance  dans des forte cohérents pour une Amérique en marche, martelée par le son percutant des timbales. Chaque soli est joué avec homogénéité et atteint une éclatante lumière dans un immense crescendo progressif. Les thèmes se mêlent, se répondent sans jamais rompre la ligne musicale. Si nous avions apprécié le compositeur Krzysztof Penderecki, nous saluons avec enthousiasme le chef d’orchestre, solide, beau dans sa barbe blanche, qui a su faire passer sur un orchestre galvanisé, le formidable souffle de l’Amérique dans une grande cohésion de sonorités. Un moment de musique privilégié, de par le talent des artistes et la personnalité de son chef, salué par une standing ovation.

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