Chorégies d’Orange: Gustav Holst, “The Planets”

Théâtre Antique d’Orange, saison 2017
Orchestre National de France
Avec la participation des voix féminines du Choeur d’Angers-Nantes Opéra, de l’Opéra Grand Avignon, de l’Opéra de Monte-Carlo, de l’Opéra de Toulon
Direction musicale  Jesko Sirvend
Coordinateur des choeurs  Stefano Visconti
Images inédites prises par la NASA
Gustav Holst: “Les Planètes” Suite pour grand orchestre en sept mouvements
Orange, le 4 août 2017
La dernière représentation des Chorégies d’Orange était dédiée à l’oeuvre orchestrale de Gustav Holst, Les Planètes, jouée sous les étoiles, et qui devait se terminer sous les éclats d’une lune presque pleine. Cette oeuvre, la plus connue sans doute du compositeur, Gustav Holst la compose pendant la première guerre mondiale ; il a alors quarante ans. Terminée en temps de guerre, cette partition ne sera présentée qu’en septembre 1918. Le côté astrologique apportera à chaque planète du système solaire un caractère différent. Jouée tout d’abord pour une soirée privée, le succès sera immédiat dès sa première exécution publique. Le contraste entre les différentes planètes et si saisissant qu’il fera dire à Imogen, la fille du compositeur, “Si les clameurs de Mars furent presque insupportables alors que la guerre se poursuivait, les voix féminines s’évanouissant au loin jusqu’à ce que l’imagination ne pût faire la différence entre le son et le silence fut un moment inoubliable”. les sept planètes sont ici représentées avec des titres. Mars, celui qui apporte la guerre, s’avance inexorablement dans une marche crescendo dominée par les cuivres qui mélangent les sonorités tonitruantes des trompettes à celles plus graves des bassons. Le jettato au talon des violons et le son puissant des six timbales rythment cette avancée ; puis, comme une vague déferlante stoppée par des accords puissants, les vibrations s’attardent. Vénus qui apporte la paix apparaît pianissimo telle une lumière au loin sur les notes ascendantes du cor solo à la sonorité ronde. Les sons éthérés du violon solo viennent confirmer ces atmosphères  de calme et de plénitude dans un joli vibrato emporté sur de belles longueurs d’archet. Le long legato du quatuor vient ajouter cette impression de paix annoncée par le son clair du hautbois. Les nuances et les sonorités rondes et homogènes se fondent dans les couleurs de chaque instrument. Mercure, le messager ailé et zélé arrive sur un tempo rapide, et les harmoniques des violons accentuent cette impression de brise déplacée par des pieds agiles. Il court, il court Mercure sur les note du célesta et le vif détaché des violons dans le murmure du vent. Jupiter et sa gaîté rayonnante fait résonner l’harmonie dont les six cors, dans une belle rondeur de sonorités et un bel ensemble, impriment le tempo enlevé. Le legato du quatuor accompagne les cuivres qui entonnent une mélodie aux accents d’un nouveau monde, et trompettes joyeuses et archets endiablés emportent l’orchestre dans une superbe envolée. Saturne et son vieil âge apporte mystère et inquiétude au son des harpes et des contrebasses dans un tempo large où les trombones font résonner de vibrantes sonorités. Avec sobriété, la marche du temps fait disparaître la jeunesse aux vibrations du contrebasson, avec une inquiétude qui s’apaise dans une totale acceptation. Uranus, le magicien et ses effets avec des timbales impressionnantes sur une introduction de cuivres. Dans un tempo allant, les atmosphères et la chorégraphie instrumentale nous renvoient à l’Apprenti sorcier de Paul Dukas. Le mystère des bassons et l’impertinence du Piccolo nous laissent admirer les tours de passe-passe d’un Uranus enchanteur. Un xylophone insolent et des cordes haut perchées donnent la réplique aux trombones et tubas tout en participant à cette avancée inexorable. Neptune le mystique laisse errer les instruments dans un vide interplanétaire avec des cuivres pianissimo aux sons liés. Les sonorités célestes de la harpe et mystérieuses du basson créent ces atmosphères où dieu paraît régner du haut des cieux. la musique arrive en vagues douces pour accompagner un choeur féminin sans parole qui semble flotter sous les étoiles. Une interprétation magistrale pour cette Suite pour grand orchestre. Un Orchestre National de France au grand complet avec un quatuor vif, réceptif, aux sonorités pleines et homogènes, aussi bien dans les fortissimi que dans des murmures ultimes. Chaque pupitre fait ressortir la sonorité propre à son instrument dans certains éclats, telles les timbales, mais il faudrait les citer tous, trombones, tubas aux sonorités larges, mais hautbois clairs et percutants ou flûtes et clarinettes plus voilées et cors majestueux… A la baguette, nous découvrons Jesko Sirvend. Dirigeant sans partition, il peut ainsi se consacrer à chaque instrument, chaque nuance, dans une communion précise avec les musiciens de cet orchestre qu’il connaît bien ; et cela donne une interprétation brillantissime où les reliefs de la partition s’écoutent, se devinent, mais sont surtout évidents. Un chef d’orchestre aux gestes courts, précis ou plus larges pour des éclats de sonorités. Elegance, souplesse sont des qualités qui laissent place à une grande détermination. L’Orchestre National de France a trouvé ici un maestro qui le transcende, et nous espérons pouvoir retrouver très vite ce chef d’orchestre qui sait si bien saisir les couleurs d’une partition. Le Choeur féminin a su, lui aussi, trouver les atmosphères d’un pianissimo céleste évanoui dans le cosmos. Les images inédites de la NASA nous laissent un peu sur notre faim. Nous nous attendions à plus de beauté compréhensible, mais quelques belles images tout de même, avec certaines couleurs splendides ; le must étant bien sûr Saturne et ses anneaux. L’éclat des bravos a donné envie au chef et à son orchestre de nous offrir un bis dont le choix est on ne peut plus pertinent. Clair de lune de Claude Debussy. La lune, ce satellite du système solaire est proposé ici dans la version orchestrale. Rayon de lune posé sur le Théâtre Antique, dans un tempo sans lenteur qui laisse le temps d’apprécier les harmonies de Claude Debussy. Un régal de musicalité et d’intelligence. Un concert qui touche au merveilleux.

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