Festival d’Aix-en-Provence 2021: “I due Foscari”

Grand Théâtre de Provence, saison 2021
I DUE FOSCARI
Opéra en trois actes, livret de Francesco Maria Piave, d’après la pièce de Lord Byron
Musique Giuseppe verdi
Francesco Foscari LEO NUCCI
Jacopo Foscari FRANCESCO MELI
Lucrezia Contarini MARINA REBEKA
Jacopo Loredano JEAN TEITGEN
Barbarigo VALENTIN THILL
Pisana ADELE CHARVET
Orchestre et Chœur de l’Opéra de Lyon
Direction musicale Daniele Rustioni
Chef de Chœur Roberto Balistreri
Aix-en-Provence, le 16 juillet 2021
En ce 16 juillet, au Grand Théâtre de Provence et pour une unique représentation, le Festival d’Aix-en-Provence nous présentait l’opéra de Verdi “I due Foscari”. Sans mise en scène et avec encore un plateau d’exception, nous étions sûrs de passer une soirée mémorable. Bien que peu joué, ce sixième opéra composé par Giuseppe Verdi est d’une grande force et d’une grande portée, aussi bien musicale que vocale, avec une partie importante dédiée au chœur. L’Orchestre de l’Opéra de Lyon dirigé par son chef Daniele Rustioni allait nous en donner une version des plus remarquables. Nous les avions applaudis il y a quelques jours dans “Falstaff” où l’énergie, la pertinence des tempi, la musicalité et la connaissance de cette œuvre de Verdi un peu particulière nous avaient séduits ; nous allions, ce soir, être emportés par la puissance et la profondeur de l’interprétation de cet opéra éminemment dramatique. Dans des tempi affirmés et des sonorités puissantes, sombres, mais toujours homogènes, le chef d’orchestre nous livre une version très réaliste, musicalement parlant, proche des sentiments de chacun, soutenant les chanteurs, laissant respirer la musique ou faisant ressortir les côtés dramatiques. Une interprétation qui participe pour une grande part à l’énorme succès de ce soir. Du côté des voix, un cast de rêve avec un Leo Nucci encore au sommet de son art. Nous l’avions écouté dans ce rôle à Marseille en novembre 2015 où il avait déjà soulevé l’enthousiasme du public. En cette soirée, ce sera du délire. La voix n’a pas pris une ride et ne vacillera pas malgré les ans et les peines qui accablent le vieux Doge. Il arrive, et déjà, la magie opère. L’âge du rôle, et le poids du malheur ployant ses épaules. Monsieur Nucci commence à chanter, la voix est là, puissante, timbrée, avec son style, son phrasé qui n’appartiennent qu’à lui. Tous les sentiments s’expriment dans les couleurs de sa voix. Les graves sombres résonnent dans un chant très humain. Partagé entre les fonctions de sa charge et l’amour et la douleur d’un père, sa voix nous donne des frissons. Quelle puissance dans la colère, quelle couleur dans la douleur. Celli et alti l’accompagnent dans une sorte de complainte et l’on souffre avec lui. Chanteur accompli, acteur né, il est ici ce Foscari qui trouve la force dans le malheur. Aigus sonores, vigueur dans l’émission, et toujours cette énergie qui ne le quitte jamais. Touchant alors qu’il chante “O vecchio cor, che batti…”, il nous fait trembler en réclamant son fils et pleurer lorsqu’il chante “Saro Doge nel volto e padre in core…” En plus que l’intelligence de son chant, la sincérité du chanteur, de l’homme amènent les louanges. D’immenses bravi monsieur Nucci pour votre carrière, la qualité de celle-ci, mais aussi pour le plaisir que vous nous avez procuré depuis des années, celles déjà où vous triomphiez à l’Opéra de Marseille en duo avec le maestro Michelangelo Veltri. A bientôt ! Marina Rebeka est une Lucrezia Contarini somptueuse. Dans cette partition difficile à la tessiture toujours tendue, la soprano lettone nous livre une version sonore mais sensible aussi dans sa souffrance. De l’allure et une belle présence dans ses phrases musicales. Sa voix au métal tranchant nous offre des aigus somptueux, assurés, puissants et timbrés dans des sortes d’imprécations mais aussi de belles vocalises et beaucoup de tendresse dans son duo avec Jacopo Foscari. Avec de belles prises de notes, des nuances sensibles et un vibrato soutenu, Marina Rebeka superbe, drapée dans sa longue étole rouge, nous fait entendre une Lucrezia de toute beauté ; force et musicalité. Pour ce trio de haut vol, Francesco Meli proposait un Jacopo Foscari à la voix puissante et colorée. Pas moins de 3 Arias pour ce rôle qui demande force, souffle et musicalité dans de nombreux changements de sentiments. Si la voix est vaillante, elle peut se faire suave ou plus sensible en implorant “Pieta”. Le chant est soutenu dans un vibrato toujours maîtrisé avec des aigus d’une grande force sur une belle longueur de souffle. Investi, des graves jusqu’aux aigus le ténor italien impose une ligne de chant très musicale avec des demi-teintes bien amenées. Très crédible dans ses hallucinations sa voix s’impose aussi dans les duos ou trios. Une prestation remarquable par l’intensité de la voix et la compréhension du personnage. Autre voix remarquable, celle de la basse française Jean Teitgen. Applaudi il y a peu de temps dans un concert à l’Opéra de Marseille alors qu’il interprétait le rôle de Méphistophélès, (Faust, de Charles Gounod), il est ici un Jacopo Loredano à la voix grave, forte et projetée dont le timbre et la couleur sombre impressionnent. Utilisant des graves profonds, Jean Teitgen rend encore plus réel cet homme méchant et antipathique. Avec aisance et dans une émission naturelle, il projette ses aigus et nous présente une belle ligne de chant. Remarquable basse que l’on voudrait entendre dans un rôle plus conséquent. Valentin Thill est un ténor français à la voix claire. Projetant ses aigus, il se fait remarquer dans le rôle assez court de Barbarigo. Rôle assez court aussi, celui de Pisana interprété par une Adèle Charvet dont la voix de mezzo-soprano bien placée fait résonner un timbre chaleureux. Puissance de projection et ligne de chant. Une mention toute spéciale pour le Chœur de l’Opéra de Lyon très bien préparé par Roberto Balistreri. Des attaques franches et précises. Chœur d’hommes, aux voix homogènes, chœur de femmes pour plus de clarté, mais masse vocale pour le chœur mixte, dans des rythmes vifs ou des phrases lyriques. Déluge d’applaudissements, ovation debout, triomphe d’un Leo Nucci qui a laissé son manteau de vieux Doge et retrouve toute sa vigueur et son sourire éclatant. Une soirée à garder en mémoire et un immense bravo !

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