Marseille: L’Orchestre Philharmonique de Marseille en ouverture de la saison de concerts 2021/2022

Auditorium du Pharo, Marseille, saison 2021/2022
Orchestre Philharmonique de Marseille
Direction musicale Michael Schonwandt
Violon Da-Min Kim
Igor Stravinsky:  Le baiser de la Fée; Maurice Ravel: Sonate pour violon et piano (Orchestration de Yan Maresz), Ma mère l’Oye
Marseille, le 21 novembre 2021
Un après-midi d’un charme tout musical en ce dimanche 21 novembre pour une ouverture de saison des concerts de l’Orchestre Philharmonique de Marseille réussie. Une salle remplie jusqu’aux derniers fauteuils et qui ovationne musiciens, soliste et chef d’orchestre pendant de longues, très longues minutes ; un public qui reste assis voulant profiter sans bouger de ces instants de grâce, ponctués de bravi sonores, jusqu’au départ des derniers musiciens. Des bravi qui font chaud au cœur ! Sommes-nous revenus aux temps bénis où la musique s’écoutait, se savourait religieusement, loin des standing ovations avant même que les derniers accords aient laissé vibrer leurs harmoniques ? Tous les espoirs sont permis ! Un programme modifié pour cause d’obligations sanitaires. Pas de symphonie de Tchaïkovski ; trop de musiciens sur cette scène de l’Auditorium du Pharo pas assez vaste, mais un programme bien choisi par le maestro Michael Schonwandt dans une continuation harmonique. Stravinski-Ravel ? Oui, même si Igor Stravinski est plus expressionniste que Ravel, son aîné de quelques années, dont la musique imagée est considérée comme impressionniste. Oui, car l’œuvre ici choisie : le ballet “Le Baiser de la fée” est un hommage au compositeur Piotr Ilitch Tchaïkovski, que Stravinski admirait, et qui réutilise des thèmes de chansons populaires ou de pièces pour piano jamais orchestrées. Bien entendu reprises avec la patte rythmique et harmonique de Stravinski, mais moins prononcée pour ce conte onirique d’Andersen “La Reine des neiges“. Quatre mouvements, quatre scènes : Berceuse dans la tempête, Une fête au village, Un moulin, Berceuse des demeures éternelles. Michael Schonwandt, très apprécié par les musiciens de l’orchestre qu’il retrouve après quelques années d’absence, dirige ce concert. Les pieds bien ancrés sur le podium, les jambes légèrement flexibles, ce solide chef d’orchestre conduit cette musique imagée avec beaucoup de délicatesse et une grande précision, faisant ressortir les instruments dans un tempo allant mais avec une certaine mélancolie et sans grands effets de baguette. Dès les premières notes l’on retrouve le travail qui caractérise le maestro : unité de son, couleurs et instruments solistes qui ressortent tout en se fondant dans ces ambiances sonores. Les changements de tempi sans brutalité nous entraînent dans des airs de folklore russe, une valse lente dans le phrasé des violons ou des moments de poésie avec le solo de clarinette. Précision, certes, mais souplesse et élégance où les respirations donnent le temps aux harmoniques de s’exprimer. Quelques notes qui se frottent dans un joyeux grincement mettent une touche d’humour dans une musique qui ne se prend pas au sérieux. Certains instruments s’opposent, se répondent ; la belle sonorité des cordes longs d’archets, les pizzicati en opposition aux sons des bassons dans l’aigu, le mystère des tremolos. Chaque instrument soliste, de la harpe aux trombones, de la flûte au tuba ou au violoncelle aura gardé son timbre particulier sans jamais détruire cette architecture sonore. Une musique distrayante dans laquelle évoluent des danseurs imaginaires virevoltant plus ou moins langoureusement sous la baguette d’un chef inspiré. La Sonate pour violon et piano de Maurice Ravel dans l’orchestration de Yan Maresz restera dans cette veine de musique délicate aux notes qui se frottent, aux sonorités qui s’opposent avec une certaine élégance. Da-Min Kim, le jeune super soliste de l’orchestre à l’allure juvénile, prend son violon et s’affronte avec autorité aux instruments de l’harmonie pour une longue phrase musicale dans un vibrato intense mais maîtrisé. Grande force ou murmure d’un petit détaché, le violoniste impose son discours dans une pureté de son que l’on écoute religieusement. Longue phrase ponctuée de notes piquées à la trompette ou d’un phrasé en contre chant des violons. Précision de la baguette qui laisse jouer les instruments sur un son tenu du soliste joué sur un crin de l’archet. Mode blues commencé par les pizzicati du violoniste qui pince ses cordes comme celles d’un banjo. Avec charme Da-Min Kim joue sur un rythme chaloupé avec de jolis glissandi en clin d’œil. Dans un bel équilibre de sonorités, trompette bouchée et petite harmonie répondent en mode piqué et avec à-propos aux phrases du violonistes jouées dans les belles longueurs d’un archet à la corde. Puissance, force rythmée dans des sons jamais saturés, pizzicati sonores qui laissent place à une phrase en réminiscence en accord avec la clarinette nostalgique, dissonances et léger glissando pour finir sur une note d’humour ; un joli moment de musique. Sans transition le “Perpetuum mobile” lance le violoniste dans une vélocité perpétuelle où les accents dans l’archet ponctuent avec précision les rythmes en conte temps qui nous emmènent vers le concerto en sol du même compositeur. Archet réglé comme une mécanique qui s’affole avec des trompettes qui semblent vouloir arrêter cette course endiablée. Mais l’archet du soliste est lancé avec une main gauche qui suit sans s’essouffler vers un crescendo sonore où, de petit détaché, l’archet s’allonge avec détermination entraînant tout l’orchestre pour un tutti fortissimo. Un chef qui maîtrise instruments et instrumentistes même s’il paraît emporté par la virtuosité du violoniste. Une interprétation éblouissante où fougue, musicalité et technique sans faille ont créé ce moment de musique enthousiasmante. Da-Min Kim qui, habituellement, entraîne son orchestre depuis son pupitre de super soliste, aura fait ici la démonstration d’une autre facette de son immense talent, celle d’un concertiste qui, avec virtuosité, donne le souffle ou s’envole, seul, dans un feu d’artifice d’archet et de notes. Avec la fougue de la jeunesse et après de nombreux rappels, Da-Min Kim revient avec son violon pour nous interpréter, dans une belle maîtrise d’archet et une grande vélocité de main gauche, le final de la sonate No 4 d’Eugène Yssaÿe. Doubles cordes plus langoureuses dans un grand développement d’archet et une musicalité qui laisse ressortir la pureté des sonorités. Ce mouvement écrit pour faire ressortir la virtuosité du soliste dans des tempi vivacissimo laisse aussi le temps d’apprécier une technique d’archet qui permet les oppositions de nuances avec des accords joués sans dureté. Musicalité et justesse parfaite ont appelé les bravi et les nombreux rappels. Ravel encore avec “Ma mère l’Oye” d’après les contes de Charles Perrault cette fois. Cette œuvre écrite pour piano à quatre mains pour les enfants de son ami Godebski, Maurice Ravel l’orchestrera un an plus tard. Beaucoup de couleurs dans ces scènes où les atmosphères changent au fil des récits : Danse du rouet, Les Entretiens de la Belle et la Bête, un Petit Poucet qui laisse place à la  Laideronnette, impératrice des pagodes pour finir dans Un jardin féerique. Michael Schonwandt joue le mystère avec l’harmonie et les cors alors que la flûte fait ressortir le côté bucolique. Bruissement des archets en tremolo ou précision des pizzicati. Chaque instrument fait découvrir une large palette de couleurs et les tempi s’apaisent pour quelques notes de harpe suspendues. Chaloupé de la valse où le contrebasson inquiétant s’efface devant les harmonies délicates du violon solo. Atmosphères exotiques pour cette impératrice des pagodes dans un léger balancement où xylophone et tamtam aux sonorités de gong s’en donnent à cœur joie. Cor lointain et phrase aiguë du violon solo. Pour ces moments quasi religieux, le maestro pose sa baguette et laisse s’épanouir le son de l’alto solo dans la continuité du beau solo de violon. Musique enchantée qui, après une légère respiration finit en Apothéose dans un énorme roulement de timbales. Un concert magnifique par la musique, son interprétation et la qualité des interprètes entraînés par un chef sobre et habité et qui laisse le public comme emporté sur un petit nuage. Un immense Bravo !

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