Bayreuther Festspiele 2023: “Die Walküre”

Bayreuth, Festspielhaus saison 2023
“DIE WALKÜRE”
Opéra en 3 actes, livret de Richard Wagner
Musique Richard Wagner
Siegmund KLAUS FLORIAN VOGT
Hunding GEORG ZEPPENFELD
Wotan TOMASZ KONIECZNY
Sieglinde ELISABETH TEIGE
Brünnhilde CATHERINE FOSTER
Fricka CHRISTA MAYER
Gerilde KELLY GOD
Ortlinde BRIT-TONE MÜLLERTZ
Waltraude CLAIRE BARNETT-JONES
Schwertleite CHRISTA MAYER
Helmwige DANIELA KÖHLER
Siegrune STEPHANIE HOUTZEEL
Grimgerde MARIE HENRIETTE REINHOLD
Rossweisse SIMONE SCHÖDER
Grane IGOR SCHWAB
Orchestre du Festspielhaus
Direction musicale Pietari Inkinen
Régie Valentin Schwarz
Décors Andrea Cozzi
Costumes Andy Besuch
Dramaturgie Konrad Kuhn
Lumières Reinhard Traub
Adaptations lumières 2023 Nicol Hungsberg
Bayreuth, le 22 août 2023
Heureusement il y a la musique et les voix Walküre (Walkyrie) première journée de cette Tétralogie qui en comporte 3, après le prologue vu hier, et toujours dans la conception de Valentin Schwarz d’où les dieux sont exclus et où Wotan règne en patriarche sur sa famille. Le premier acte se partage entre la maison de Hunding où Siegmund s’est réfugié, une maison sombre et endommagée, et l’intérieur cossu de la demeure de Wotan. Dans cette mise en scène qui se veut réaliste, une foule de détails; un cercueil blanc se trouve au milieu du salon, celui de Freia morte à la suite d’une dépression due à son enlèvement, selon l’idée de Valentin Schwarz. Fricka, gardienne des bonnes mœurs et de la fidélité conjugale obligera son époux Wotan à punir Sieglinde et Siegmund, le couple incestueux, malgré l’affection qu’il leur porte. Il devra annoncer à Brünnhilde, sa fille préférée, qu’elle ne pourra pas sauver Siegmund, le condamnant ainsi à la mort. Ces affrontements, ces introspections font partie des plus belles pages musicales composées par Richard Wagner. Le troisième acte nous plongera dans une laideur incompréhensible. Nous sommes vraisemblablement dans la salle d’attente d’un cabinet médical pour chirurgie esthétique. Les Walkyries, dans des costumes rose flashy, la tête et le visage entourés de pansements nous laissent perplexes. Viennent-elles ici pour faire soigner leurs blessures ou tout simplement tenter de rajeunir ? Toujours est-il que ce que nous voyons n’a rien d’esthétique, et se trouve très éloigné de la musique et de la chevauchée des Walkyries qui perd ici de sa force et de sa grandiloquence. Après avoir fait mourir Freia, Valentin Schwarz rajoute un personnage, Grane, le cheval de Brünnhilde sous les traits de son fidèle serviteur ; c’est d’ailleurs lui qui emmènera Sieglinde et son bébé (car elle a maintenant accouché) loin de la colère de Wotan. Tout cela, très nébuleux, n’apporte rien à l’ouvrage et emporte malheureusement l’auditeur parfois très loin de la musique. La fin de l’ouvrage nous montre un Wotan accablé, il a tué Siegmund et banni Brünnhilde qui lui a désobéi. Mais point de cercle de feu ici, seule Fricka fête son triomphe en ouvrant une bouteille de champagne qu’elle pense partager avec Wotan. Dans cette version, et dès le premier acte, Sieglinde apparaît enceinte, moulée dans une robe bleue peu seyante. Hunding est-il le père ? Une scène du plus mauvais goût nous montre Wotan couché sur elle, serait-ce donc lui ? Le metteur en scène ne s’expliquera pas sur ses intentions. Si la mise en scène ôte le dramatique et l’émotion de certaines scènes il faudra faire abstraction et se concentrer sur les voix remarquables des chanteurs et leur grand investissement. Le Wotan de Tomasz Konieczny a gardé la puissance et le phrasé appréciés dans L’Or du Rhin, Mais c’est ici, dans Walkyrie, qu’il exprime ses sentiments avec le plus de force dans des colères à faire s’ébranler le Walhalla, ou avec beaucoup de sensibilité dans ses adieux à Brünnhilde où sont palpables les hésitations et la souffrance d’un père face à ses prises de décisions fatales. Le Siegmund de Klaus Florian Vogt est d’une grande crédibilité bien qu’il ne doive plus éprouver ici que des sentiments fraternels ; le physique et la voix du rôle ! Une voix claire dans une diction projetée qui n’enlève pas le lyrisme à ses phrases musicales avec des graves qui restent timbrés. Dans ce concept loin de l’émerveillement du coup de foudre, Klaus Florian Vogt réussit à transmettre les émotions contenues dans les paroles, écrites sous forme de poèmes, à travers ses chants en parfaite communion avec la musique. Vaillance, sensibilité, musicalité jusque dans ses appels sonores “Wälse ! Wälse ! ” ou “Nothung ! Nothung !” appelant son épée, sont les qualités du ténor allemand dont l’interprétation marquera ce rôle. Même si la scène ne se prête pas aux émois amoureux, alors que Valentin Schwarz a ôté toute attirance physique entre les deux héros, la Sieglinde d‘Eilsabeth Teige réussit à nous émouvoir malgré son apparence de femme enceinte sur le point d’accoucher. Une ligne de chant souple ou vigoureuse aux aigus puissants et timbrés sculpte ce personnage assez déterminé dont les sentiments changeants percent au travers de sa voix. Un couple superbe réuni dans une même esthétique musicale. Christa Mayer est une Fricka au caractère affirmé dans une voix solide et chaleureuse. Dans son long manteau noir, elle impose sa prestance.
Ses aigus pleins et sonores dans la violence de la colère impressionnent jusqu’à Wotan lui-même. Somptueuse Fricka qui passe du piano aux forte dans une technique sans faille. Le Hunding de Georg Zeppenfeld est sobre, loin de certaines interprétations plus rudes, plus rugueuses. Il garde toujours une certaine élégance, comme une certaine retenue dans l’expression et dans la façon de poser sa voix de basse. Loin de la représentation du chasseur, il porte un pantalon bleu marine et une cravate. Voix forte au souffle soutenu dans une voix grave au timbre chaleureux. Sans être impressionnant, on peut lire ses sentiments sur son visage expressif. Superbe la Brünnhilde de Catherine Foster. Dès son entrée elle projette ses “Hojotoho !” puissants jusqu’au contre ut dans une insolence joyeuse. Mais elle sait aussi consoler Wotan dans une voix plus suave, ou laisser éclater sa colère et ses rébellions dans des éclats toujours timbrés. Une Brünnhilde dont les sentiments changeants se perçoivent dans sa voix homogène aux piani sensibles. C’est une Walkyrie vive, vaillante rebelle et enfin soumise. Kelly GogBrit-Tone MüllertzClaire Barnett-JonesChrista Mayer, Daniela Köhler, Stephanie Houtzeel, Marie Henriette Reinhold, Simone Schröder les Walkyries, ses sœurs aux voix inégales, ne sont pas servies par cette mise en scène assez débraillée ; cette agitation nuit à l’unité des voix dominées par les voix aigües, les voix graves équilibrant un peu l’ensemble. Si les lumières conçues par Reinhard Traub traduisent assez bien l’intérieur sombre de la maison de Hunding, les néons à l’éclat blanc du salon médical nuisent à l’atmosphères musicale ainsi que les costumes imaginés par Andy Besuch qui manquent véritablement de cohérence et d’esprit d’esthétisme. Prenons pour exemple la robe bleue moulante d’une Sieglinde enceinte ou la veste de cuir noir aux franges style apache de Brünnhilde. Le couple en fuite fait-il halte dans ce salon tapissé de bois blond conçu par Andrea Cozzi ? Mettons un peu d’ordre dans tout ce visuel pour goûter cette musique si particulière, si imagée tellement en osmose avec les voix et le texte. Pietari Inkinen a su rendre ici toutes les subtilités et la force de ces sons venus de loin, des profondeurs de la fosse d’orchestre alors que Richard Wagner laisse ressortir les instruments graves, jusqu’aux tubènes conçus par lui uniquement pour cette Tétralogie. Que les Dieux nous conservent la musique de Wagner sans les interférences ! Superbe ovation pour les chanteurs, après les huées dédiées à la régie.