Opéra de Marseille:”Orphée aux enfers”

Opéra de Marseille:”Orphée aux enfers”

Marseille, Opéra Municpal, Season lyrique 2013/2014
ORPHÉE AUX ENFERS”
Opéra-féerie, en 2 actes, livret d’Hector Crémieux & Ludovic Halévy.
Musique de Jacques Offenbach
Eurydice  BRIGITTE HOOL
L’Opinion Publique MARIE-ANGE TODOROVITCH
Cupidon  CHLOÉ  BRIOT
Diane  JENNIFER MICHEL
Vénus DELIA NOBLE
Junon  ANNE-MARGUERITE WERSTER
Minerve JENNIFER COURCIER
Orphée  PHILIPPE  TALBOT
Aristée /Pluton LOÏC FÉLIX
Jupiter FRANCIS DUDZIAK
Mercure  FRANCK CASSARD
John Styx  YVES COUDRAY
Mars  JEAN-MICHEL MUSCAT
Fortune  JEANNE ROCCHESANI
Flore PASCALE  BONNET-DUPEYRON
Pomone  BRIGITTE HERNANDEZ
Cérès  CORINNE  BROSSAIS
Orchestre et Choeur de l’Opéra de Marseille
Direction musicale   Samuel Jean
Chef de Choeur Pierre Iodice
Mise en scène  Claire Servais
Décors  Dominique Pichou
Costumes Jorge Jara
Lumières  Jacques Chatelet
Chorégraphie  Barry Collins
Marseille, 3 janvir 2013

Pour les fêtes de fin d’année, l’Opéra de Marseille nous offrait l’Orphée aux Enfers de Jacques Offenbach, dans la production Opéra Royal de Walonie / Opéra de Metz, donnée en 2006 à l’Opéra Royal de Walonie.
Depuis sa création à Paris en 1858, cette oeuvre ne cesse d’être programmée sur les grandes scènes lyriques obtenant toujours un grand succès.
Mais à quoi doit-on ce succès? A sa musique enjouée tout d’abord, à sa légèreté qui distrait un public qui a toujours envie de s’amuser et pourquoi pas à ces clins d’oeil politiques qui traversent les divers régimes et restent d’actualité.
Déjà invitée en 2010 à l’Opéra de Marseille où elle avait signé une mise en scène d’Andréa Chénier sobre et de bon goût, Claire Servais revient pour une oeuvre plus légère où toutes les fantaisies sont permises. Même si Jacques Offenbach laisse la porte ouverte à beaucoup d’originalité, Claire Servais en use sans jamais en abuser. Des clins d’oeil, des gags, elle se sert de tout ce qu’offre le livret pour rendre la soirée amusante.
Confier le rôle de l’Opinion Publique à une animatrice de télévision est bien imaginé et tout à fait dans le ton actuel. Faire arriver Mercure pédalant sur un vélo accroché à plusieurs mètres de hauteur est une trouvaille, et que dire de l’idée de placer les dieux de l’olympe endormis dans l’hémicycle où les députés sommeillent quelquefois  pendant les séances et de les faire descendre aux enfers dans un boeing Air Oplympus?
Ici, rien n’est laissé au hasard, on sent la recherche mais aussi la finesse d’interprétation. Eurydice est dans la loge du théâtre dans lequel Orphée, son violoniste de mari officie pendant que l’Opinion Publique s’exprime à la télévision et tout l’ouvrage évolue ainsi entre vaudeville et actualité, traits d’esprit et références littéraire de l’époque; les cameramen et photographe suivant l’Opinion Publique, les tout jeunes violonistes ( jouant réellement du violon ) venus rendre hommage à leur professeur avant sont départ pour l’Olympe, la voiture du berger Aristée transformée à vue en une voiture rouge venue des enfers pour transporter Pluton et la belle Euridice, tout est bien imaginé, joué avec justesse et sans lourdeur.
Les décors sont confiés à Dominique Pichou, déjà venu à Marseille pour d’autres spectacles. On sent une grande connivence dans sa collaboration avec Claire Servais, de celles qui font les grandes réussites. C’est une partition jouée à quatre mains auxquelles il faut ajouter celles de Jorge Jara, tant ses costumes se coulent dans le moule de l’humour qui règne tout au long de l’ouvrage. Ici non plus rien n’est laissé au hasard, chaque détail a son importance du costume en satin rouge de Pluton, mi rocker mi mafioso, à la guêpière d’Eurydice qui la moule….comme un gant, aux costumes tous différents que portent les habitants des enfers; somptueux et d’une grande originalité ils semblent tout droit sortis du conte “Alice au pays des merveilles”. Jacques Chatelet nuance ses lumières au gré des atmosphères et Barry Collins signe des chorégraphies spirituelles qui finissent dans un “ Cancan ” endiablé dansé avec maestria.
Il ne faut pas s’attendre à trouver de grandes voix, ce serait inapproprié, mais des voix bien placées, qui se laissent apprécier et qui, très bien distribuées, enchantent le public.
La malicieuse soprano Brigitte Hool, aussi ravissante habillée qu’en tenue légère, nous emmène à sa suite jusque dans les enfers. Le voyage est agréable tant sa voix aux vocalises agiles et aux aigus percutants est empreinte de fraîcheur. Amusante et vive, son interprétation nous enchante.
Marie-Ange Todorovitch toujours étonnante dans le choix de ses rôles, habituée à faire le “grand écart” entre une Italienne à Alger irrésistible et une Clytemnestre d’un dramatique absolu est ici l’Opinion Publique, qu’elle interprète avec humour et sobriété. Sa voix bien placée est projetée avec nuance, laissant apprécier son timbre chaleureux aux aigus agréables. L’espiègle Cupidon est chanté par la jeune Chloé Briot, mutine, c’est du vif argent. Vocalement, scéniquement, dans un costume de jeune garçon fin XIXème siècle, elle est dans chacune de ses interventions un Cupidon qui met en joie.
Diane, Jennifer Michel, dont les trois chiens noirs interprétés par des danseurs sont d’un grand réalisme, est dans son costume de dompteuse, une superbe chasseresse. Sa belle voix qui porte fait raisonner son Air Tonton tontaine tonton. Sa belle prestance et son jeu percutant font d’elle un personnage marquant.
Anne-Marguerite Werster interprète sans exagération mais avec beaucoup d’humour le rôle de Junon, l’épouse trompée.
Delia Noble, Vénus, et Jennifer CourcierMinerve, sont aussi à remarquer tant par leurs voix agréables que par la justesse de leur jeu. Mais l’humour règne aussi chez les messieurs car toute cette distribution homogène en tous points, est réunie dans une bonne humeur contagieuse. Le maître de l’Olympe, Jupiter, mène sa troupe avec autorité, vocalement et scéniquement. souvent invité à l’Opéra de Marseille, Françis Dudziak nous a habitués à ses facéties jamais de mauvais goût et son interprétation de la Mouche est d’une grande drôlerie.
Philippe Talbot est tout à fait bien dans le rôle d’Orphée,ce mari qui ne veut pas retrouver sa femme; et c’est là tout le génie d’Offenbach, changer le personnage du tout au tout. Ce n’est plus le téméraire Orphée qui brave les enfers, mais l’artiste qui veut éviter tout problème. Le duo de la dispute est bien mené et sa parodie du chant d’Orphéede Glück est chanté avec beaucoup de sensibilité.
Loïc Félix, après avoir chanté Aristée  avec charme et voix de fausset, campe un Pluton qui s’impose par son style et son allure. Très à l’aise dans les rôles de composition, il se fait remarquer aussi bien par son jeu que par sa voix.
Autre rôle interprété avec beaucoup d’humour et d’intelligence, celui de Jhon Styx. Yves Coudray, déjà connu du public marseillais pour ses mises en scène, nous donne ici une version de Jhon Styx tout à fait touchante et de grande qualité tout en chantant sa complainte “Quand j’étais roi de Béotie” avec charme et justesse.
Franck Cassard est aussi un Mercure amusant malgré sa position dans les airs assez peu confortable. On apprécie l’homogénéité de la distribution jusque dans les seconds rôles, la touche d’humour dans chaque détail, la somptuosité du final par ses costumes et ses lumières et la chorégraphie qui laisse le public applaudir longuement sur un “Cancan” endiablé.
L’orchestre dirigé avec finesse et intelligence par Samuel Jean, laisse entendre des sonorités moelleuses avec des changements de rythmes toujours bien amenés. Le violon solo de l’orchestre nous fait entendre le chant du violon d’Orphée joué avec charme, teinté de notes spirituelles. Un grand bravo pour le choeur qui joue avec beaucoup de talent tout en participant à l’amusement général, ainsi que pour les danseurs très applaudis. C’est une année qui s’annonce joyeuse à l’Opéra de Marseille et nous la souhaitons ainsi à tous les artistes. Photo Christiane Dresse

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